Sancta Maria de partu
CRD LE
charges qu’ils possédaient. Son père y remplissait même des fonctions importantes. Après la mort de celui-ci, Julite, sa veuve, éleva son fils dans les principes qu'une mère vertueuse peut inspirer à ses enfants, et le jeune Paterne fit de grands progrès dans la pratique de la loi chrétienne. Saint Fortunat, son historien, raconte que, dans son enfance, sa sainte mère, préparant à son fils une robe nouvelle, avait posé en dehors de sa maison l’étoffe destinée à ce vêtement. Un milan, dans son vol rapide, l’ayant enlevée, l’emporta dans son nid, où elle fut retrouvée, au bout d’une année, aussi neuve et aussi intacte qu’au premier jour. Le soleil, la pluie, les frimas n’avaient pu l’altérer. C'était un présage des vertus éminentes de cet enfant, dont le monde et ses mille tentations devaient respecter plus tard la sainteté.
Il avait ainsi atteint sa vingtième année, et alors cédant à une inspiration qui venait du ciel, il prit l’habit religieux au monastère d’Ansion, appelé depuis Saint-Jouin-de-Marnes. Son esprit d'ordre, sa discrétion, son amour de la régularité persuadèrent à son abbé qu’il remplirait bien la charge de cellérier, et en effet il s’en acquitta de manière à prouver qu'un jour il pourrait diriger des affaires autrement importantes.
Ou ces succès lui firent peur, ou l'attrait de la vie religieuse parla plus puissamment que la vaine gloire à son cœur toujours plein de Dieu : il voulut chercher une solitude plus retirée, afin d’y vivre dans une pratique plus parfaite de la mortification et de la pénitence. S'en étant ouvert à un de ses confrères nommé Scubilion, ils s’enfuirent tous deux en secret, et pour être moins importunés par des recherches, ce fut loin de leur pays qu'ils crurent devoir se fixer, et ils ne s’arrêtèrent qu'aux environs de Coutances, petite ville de Normandie, déjà pourvue alors d’un évêché. Ils n’y vécurent pas longtemps sans que le peuple, attiré vers eux par des vertus qui l’édifiaient, ne leur rendit bientôt importunes des visites journalières qui leur ôtaient la liberté de la prière et de leurs saints exercices.
Is y vécurent quelque temps comme des ermites, en un lieu fort solitaire ; enfin, un homme de bien de ce pays les pria d’aller à un village nommé Scicy, pour en convertir les habitants qui vivaient encore dans les ténèbres du paganisme. Ils y allèrent et y semèrent le bon grain de l’Evangile ; mais cette terre, n'étant pas disposée à le recevoir, ne produisit pas le fruit que l’on en pouvait attendre ; au contraire, les habitants, féroces comme des bêtes sauvages, les accablèrent d’outrages ; une femme porta même l’effronterie jusqu’à perdre toute pudeur en leur présence ; mais le châtiment ne se fit pas attendre : un tremblement de tout son corps, à l’hcure même, avec des douleurs étranges, la contraignit bientôt de reconnaître sa faute et d'en demander pardon à Dieu et aux Saints.
Cependant, ces deux saints personnages se retirèrent dans une caverne ; ils y vivaient plutôt comme des anges que comme des hommes chargés d’un corps corruptible, se nourrissant plus d’oraison que de pain. Paterne, n’en ayant un jour que la moitié d’un pour lui et son compagnon, la donna de bon cœur à un pauvre qui la lui demanda : cela fut si agréable à Dieu, qu’à l'heure du repas, il les pourvut miraculeusement de vivres ; et comme la boisson leur manquait, Paterne, ayant frappé la terre de son bâton, en fit sourdre aussitôt une belle fontaine d’eau vive qui a toujours continué de couler.
Ils passèrent trois ans en cette caverne ; au bout de ce temps, ces deux ermites furent visités par l’abbé d’Ansion, Générosus, qui, admirant l'excès de leur pénitence, essaya néanmoins de la modérer : il reconduisit Scubilion au