‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 222 sur 339 · SAINT PATERNE, ÉVÊQUE D AVRANCHES · texte numérisé non relu

SAINT PATERNE, ÉVÊQUE D AVRANCHES

monastère, et recommanda Paterne à l’évêque de Coutances, appelé Léontien. Ce prélat, connaissant les talents que Dieu lui avait donnés pour la prédication de l'Evangile, l’ordonna diacre et ensuite prêtre (512). Lorsque le serviteur de Dieu se vit honoré de ce caractère sacré, il fit bien profiter le talent du Seigneur ; assisté de son premier confrère, Scubilion, qui le vint rejoindre par l’ordre de ses supérieurs, il évangélisa la contrée de Scicy, arracha les restes de l’idolâtrie, et, parcourant le pays du Cotentin, du Bessin, du Mans, d’Avranches et de Rennes, en Bretagne, établit dans toutes ces provinces plusieurs monastères qu’il remplit de très-saints religieux dont il fut le supérieur et l’abbé.

Dieu l’honora par de si grands et de si fréquents miracles, que le bruit de sa sainteté se répandit bientôt à la cour de Childebert, roi de France ; ce prince l’envoya prier de venir à Paris. Ce ne furent que miracles durant tout le chemin : sans parler de la Neustrie, où il avait déjà rendu la vue aux aveugles, la parole aux muets et la santé à plusieurs malades, il ne se rencontra point de possédés, de frénétiques, ni de malades dans les lieux où il passa, qu'il ne délivrât et ne guérit par ses prières.

Après avoir satisfait à ce que le roi avait désiré de lui, il s’en retourna en sa première solitude du Cotentin, auprès de Scicy ; il y vécut paisiblement jusqu'à ce que Notre-Seigneur le voulant mettre sur le chandelier pour éclairer son Eglise, lui fit voir, durant le sommeil, trois saints évêques décédés depuis peu : Mélaine, Léontien et Vigor, qui le consacraient luimême évêque. Il prit d’abord cela pour un songe et ne le déclara à personne ; mais Dieu, qui révèle enfin ses secrets, fit bientôt connaître, par les événements, que la vision était réelle; en effet, l’évêque d’Avranches étant décédé, saint Paterne fut mis à sa place, à la prière de tout le clergé et de tout le peuple.

Saint Paterne gouverna cette église l’espace de treize ans avec tout le zèle et toute la sollicitude d’un vigilant prélat. Il assista au troisième Concile de Paris, célébré l’an 557 ; de retour en sa ville d’Avranches, il y tomba malade le lendemain de Pâques, lorsqu'il se disposait à rendre encore une visite à son monastère de Scicy. Se sentant en danger, il envoya prier saint Scubilion, son ancien collègue, de le venir assister en ce dernier passage ; mais son messager en rencontra un autre en chemin, qui venait de la part de re saint Abbé, aussi tombé malade, lui faire une semblable prière, Ainsi l’un et l’autre, l’évêque et l’abbé, saint Paterne et saint Scubilion, partirent de ce monde le même jour, pour se rencontrer ensemble à une même heure devant le tribunal de Dieu et dans la possession de l'éternité bienheureuse.

Ces deux Saints choisirent leur sépulture dans l’église du monastère de Scicy, qu'ils avaient sanctifiée par un si long séjour; maisil arriva que les convois, dont l’un était conduit par saint Laud, évêque de Coutances, et l’autre par Lascivius, évêque d’un autre siége, sans qu’on se fût donné parole, se rencontrèrent en même temps à la porte de l’église; ainsi, ceux qui s'étaient aimés d’une affection si sincère pendant leur vie, ne furent point séparés après leur mort. Leur décès arriva le 16 avril, vers l’an 565, le treizième du pontificat de saint Paterne, et de son âge le quatre-vingt-troisième.

Les reliques de saint Paterne se trouvent encore aujourd’hui dans l’église de Scicy, devenue paroissiale, et qui porte le nom de Saint-Pair-sur-Mer, Quelques parties de ces reliques furent transportées à Issoudun et à Orléans, où l’on bâtit des églises du nom de saint Paterne. Le nom de saint Paterne et le souvenir de ses bienfaits envers le diocèse ‘du Mars qu’il avait égale-

ment parcouru et où ses disciples s'étaient répandus, furent longtemps chers aux habitants de ces contrées. Au 1x° siècles, saint Aldric lui consacra un autel dans sa cathédrale ; au xtri° siècle, on fonda en son honneur un prieuré dans la paroisse qui porte encore son nom, et l’église de Saint-Poix, près le Cossé-le-Vivien, le reconnaît de nos jours pour son patron.

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