SAINT ANICET, PAPE ET MARTYR. A5E
nous occupe, la notoriété, l'illustration était pour Polycarpe, qui avait vu les Apôtres, qui avait vécu dans l'intimité de saint Jean et était l’oracle de l'Asie. Anicet, lui, n’avait pas vu saint Pierre ; ce n’était qu’un simple prêtre sorti d'une modeste colonie d'Athènes, et cependant du moment qu'il est évèque de Rome, c’est Polycarpe qui va vers Anicet. Il faut être aveugle pour ne pas voir là une preuve de la suprématie des Papes. Pour en revenir à la visite ad limina, on sait que l’on a retrouvé dans les catacombes la trace des évêques du premier siècle morts à Rome durant leurs voyages entrepris dans ce but.
Anicet et Polycarpe ne purent s'entendre sur la question de la pâque, qui ne fut décidée que sous le pape Victor. Ils se séparèrent en paix : et, en preuve de leur union, le Pape voulut, pour rendre hommage à Polycarpe, que ce dernier célébrât les saints mystères dans l’église de Rome. Ce voyage de saint Polycarpe à Rome a été raconté par saint Irénée, évêque de Lyon, son disciple. Le texte de saint Irénée : « Anicet voulut, pour rendre hommage à Polycarpe, que ce dernier célébrât les saints mystères dans l’église de Rome», a fort embarrassé les protestants ; car il établit d’une manière non moins victorieuse la suprématie des Papes, même les plus obscurs, sur les évêques même les plus illustres : la signification propre du mot grec est ordonna, exigea. Pour que Polycarpe célèbre, en présence du Pape, les divins mystères, il faut vaincre la résistance opposée par l’humilité du grand évêque de Smyrne. Quelle n’était donc pas la vénération profonde et la soumission filiale professées par les évêques de la primitive Eglise pour l’auguste siége de Pierre!
Dans une lettre adressée aux évêques des Gaules, notre saint Pape « défendit aux clercs de laisser croître et d’entretenir leur chevelure, et leur ordonna de couper leurs cheveux en forme de couronne sur le sommet de la tête », ce qui est la tonsure.
Cette décision, disons-nous, est contenue dans une lettre adressée aux évêques des Gaules; elle est de plus insérée, de par l’autorité des Papes et des Conciles, dans le corps du Droit Canon. Cela n’a pas empêché l’ancienne critique de la rejeter comme apocryphe. Cette exclusion tenait à tout un système d'erreurs historiques échafaudé par l'esprit de parti. Du moment que, d’après un texte falsifié de Grégoire de Tours et démenti par lui-même, on faisait arriver les premiers apôtres des Gaules vers l’an 250, comment admettre que saint Anicet eût, dès le milieu du n° siècle, écrit aux Eglises constituées de ces mêmes Gaules ? Dès lors périsse plutôt la décrétale d’Anicet, et l'autorité des autres Papes qui l’ont maintenue, et la décision des Conciles qui l’ont fait insérer au Droit Canon, le siége de la critique était fait. Nous le demandons à tous les hommes de bonne foi, n’est-il pas temps d’en finir avec ces tendances qui ont trop duré, et d'afficher enfin un véritable patriotisme chrétien? Oui, il y avait, en 150, d’autres Eglises que celle de Lyon, et voilà pourquoi saint Anicet a pu écrire collectivement aux évêques d’un pays, où rappeler une règle eccésiastique existant avant lui, était d'autant plus nécessaire que dans les Gaules c'était une mode, un honneur, et jusqu’à un certain point un besoin de porter les cheveux trèslongs.
Saint Anicet, dans son ordonnance, fait allusion à un précepte de saint Paul contenu dans un passage fort connu de la première épître aux Corinthiens ‘ et où l’Apôtre s'exprime ainsi : « La nature elle-même nous apprend que c’est une honte, pour un homme, de laisser croître sa chevelure »,