XVII JOUR D'AVRIL
MARTYROLOGE ROMAIN
A Rome, saint APOLLONIUS, sénateur, qui, sous l’empereur Commode et le préfet Pérennius, ayant été dénoncé comme chrétien par un de ses esclaves, et ayant recu l’ordre de rendre compte de sa foi, composa à cette occasion un livre remarquable qu'il lut dans le sénat, et fut néanmoins condamné par sentence de ce même sénat à avoir la tête tranchée pour Jésus-Christ. Vers 186. — A Messine, la naissance.au ciel des saints martyrs Eleuthère, évèque en Illyrie, et Anthie, sa mère. Ce prélat, qu’avaient déjà rendu illustre la sainteté de sa vie et la vertu de ses miracles, ayant été, sous l’empereur Adrien, couché sur un lit de fer ardent, puis sur un gril rougi au feu; de là jeté dans une chaudière pleine d'huile et de poix, résine bouillante, ensuite exposé aux lions sans en recevoir aucun mal, fut enfin égorgé avec sa mère 1. Vers 130. — Au même lieu, saint Corèbe, qui, converti par saint Eleuthère à la foi, fut frappé du glaive. — A Brescia, saint Calocer, martyr, qui, converti à Jésus-Christ par saint Faustin et saint Jovite, accomplit le glorieux combat de sa confession sous le même Adrien. 149. — À Cordoue, saint Parfait, prêtre et martyr, tué par les Maures, parce qu’il parlait avec zèle contre la secte de Mahomet 2. 850. — A Milan, saint GAUDIN, cardinal et évêque de la même cité, qui, après avoir achevé un sermon
1. Le culte de ces deux Martyrs, le fils et la mère, est célèbre chez les Grecs et les Latins; mais leurs Actes ont été corrompus, et on ne sait rien de certain à leur sujet. Leurs reliques sont à Rieti, en Ombrie. — Cf. AA. SS., t, 11 d'avril, p. 525 et suiv. (nouv. éd.).
2. Ajoutons aux données du martyrologe romain, qui en peu de mots fait toute son histoire, que le culte de ce courageux ministre du Seigneur a passé en France. Le 18 avril, on chantait autrefois une messe solennelle dans la Cathédrale de Paris. Le célèbre Père Commire, jésuite, a composé une belle hymne à sa louange. L'endroit où saint Parfait fut mis à mort s'appelle encore aujourd'hui le Champ de la Vérilé. Son attribut est le glaive ou cimeterre avec lequel il fut décapité.
contre les hérétiques, rendit son esprit à Dieu. 4176. — En Toscane, au mont Senario, le bienheureux Amidéi, l’un des sept fondateurs de l'Ordre des Servites, illustre par sa brülante charité envers Dieu. xXIII° s.
MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ
À l'abbaye de’ Dunes, entre Nieuport et Dunkerque, saint Idesbaud ou Idesbalde, abbé, de l'Ordre de Citeaux, dont le corps fut trouvé sain et entier quatre cent cinquante-sept ans après sa mort. Il avait d'abord été aumônier de la princesse Sybille, femme de Thierry, duc d'Alsace et comte de Flandre; puis chanoine de Sainte-Walburge, à Furnes. Ses reliques reposent maintenant à Bruges 1. 1167. — À Mons, sainte AYE, comtesse de Hainaut, femme de saint HIDULPHE, qu'on invoque dans les procès. vire s. — A Lyon, le décès du bienheureux JUBIN où GEBUIN, évêque, qui obtint de Grégoire VII la confirmation de sa primatie sur les métropoles de Rouen, de Tours et de Sens. On l'invoque contre la terrible maladie de la pierre dont il souffrit beaucoup. Il fut enterré dans l’église Saint-frénée de Lyon. Le chapitre de Langres l’adopta pour patron, sans doute parce qu’il avait été archidiacre de cette Eglise. Son corps a été retrouvé, en 1824, sous les décombres de l'église Saint-Irénée. Sept guérisons miraculeuses se sont ajoutées de nos jours à celles que l’histoire rapporte des temps antérieurs. [7 fué puissant pour sauver les élus de Dieu, combattre les ennemis soulevés contre lui et acquérir l'héritage d'Israël. (Eccles., xLvr.) 1082. — À Pontoise, au diocèse de Versailles, la bienheureuse MARIE DE L'INCARNATION, fondatrice des religieuses Carmélites déchaussées. 1618. — A Notre-Dame des Ermites, en Suisse, la fête de saint Placide, martyr romain, dont les reliques furent données à cette Eglise, en 1654. Saint Placide était âgé de douze ans environ lorsqu'il fut moissonné pour les greniers du Père céleste.
MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX
Martyrologe des Basiliens. — En Palestine, saint Jean, moine, de l'Ordre de Saint-Basile, disciple de saint Grégoire le Décapolite 2. 850.
Martyrologe* des Franciscains. — À Gandie, en Espagne, le bienheureux André Hibernon, confesseur, de l'Ordre des Mineurs de Saint-François déchaussés de Saint-Pierre d’Alcantara, qui, doué de toutes les vertus, et surtout de la vertu d’innocence, et du don d’oraison et de contemplation, mérita d’être loué par saint Pascal Baylon, et d’être comblé, après sa mort, des honneurs des Bienheureux par le souverain pontife Pie VI 8.
Martyrologe des Mineurs conventuels. — À Fabriano, dans la Marche d’Ancône, le bienheureux François Venimbéni, confesseur, de l'Ordre des Mineurs, très-habile dans la prédication de la parole de Dieu, et non moins illustre par la renommée de ses vertus et de ses miracles, qui s’en-
1. Notre-Dame des Dunes. — L'origine de cette célèbre et riche abbaye remonte à un pieux anachorète nommé Liger, natif de Bourges, dit-on, qui, l'an 1107, fonda un monastère sur le territoire de France, entre Dunkerque et Neuport, sur les rivages montagneux et sablonneux de la mer, d'où lui vient le nom de Dunes. I1 fut d'abord, dit le Gallia christ., du diocèse des Morins, puis d'Ypres et enfin de Bruges, où il se transféra en 1626 ou 1629. Il suivit la règle de Saint-Benoît de la réforme de Savigny jusqu'en 1137, où saint Bernard l’agrégea à l'Ordre de Citeaux, et lui donna pour abbé le bienheureux Robert de Bruges, l’un de ses disciples. Cette abbaye, qu'on avait déjà, l'an 1128, transférée dans une vallée voisine, fut détruite par les hérétiques l’an 1577, et ses religieux se virent contraints de chercher un asile ailleurs. Ils vinrent se fixer à Bruges et y bâtirent, l'an 1626, une abbaye qui devint bientôt célèbre par la splendeur de ses édifices autant que par la piété de ses habitants. Cette abbaye retint son nom primitif de Dunes. C'était l'une des plus illustres et des plus riches de toute la Belgique. — Voyez, Gallia christ, t. v, col. 284, la série des quarante-neuf abbés.
2. 11 y avait deux Décapoles, l’une en Palestine, l'autre en Isaurie : saint Grégoire le Décapolite était originaire de cette dernière : il est donc probable que les rédacteurs du martyrologe de saint Basile se sont trompés en plaçant en Palestine le lieu de la mort de saint Jean. — Disons en passant que saint Joseph l'Hymnographe Ctait aussi disciple de saint Grégoire, et qu'il eut occasion d'admirer les vertus humbles et cachées de saint Jean.
8. Alcantarilla, à une lieue de Murcie, vit naître le bienheureux André Hibernon, 1534. Placé chez un de ses oncles dont il recevait des gages, il songea qu'il avait une sœur pauvre, et, à force de privations, parvint à mettre de côté assez d'argent pour lui assurer une petite dot. I1 partit filer et joyeux du bonheur qu'il allait procurer à sa sœur, mais en chemin des voleurs l'arrêtèrent et lui prirent son petit trésor. Cet événement le fit rentrer en lui-même et ses désirs se tournèrent vers les biens que ne peuvent ravir les voleurs. Il quitta le monde, se retira chez les Conventuels, et, quelque temps après, il embrassa la réforme de saint Pierre d'Alcantara. 11 fut toute sa vie frère lai. I1 n'étudiait qu'un livre, celui de l4 Croix. 11 y apprenait des choses admirables qui étonnaient et ravissaient tout à la fois ceux qui l'entendaient parler. Beaucoup de Maures lui durent leur conversion. Le peuple le vénérait comme un Saint, car il connaissait ses prophéties et ses miracles. I1 mourut le 18 avril 1602, à l'âge de quatre-vingt= huit ans.
vola au ciel le 22 avril. Le souverain pontife Pie VI approuva formellement le culte qu’on lui rendait de temps immémorial 1, 1322.
Martyrologe des Carmes. — À Pontoise, en France, le décès de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, fondatrice en ce royaume des religieuses carmélites déchaussées, qui, dans des temps très-difficiles, se montra femme d’une patience invincible, et imitatrice admirable du Christ et de ses disciples, et, après avoir vécu dans le monde à tous les degrés de la vie avec une merveilleuse sainteté, se retira dans un monastère, où, ayant fait profession de sœur converse à cause de son humilité, elle passa quatre ans dans une singulière perfection de vie ; et enfin, chargée des palmes de ses triomphes et illustre par des miracles opérés avant et après sa mort, elle se reposa trèsdoucement dans le Seigneur. Le souverain pontife Pie VI décréta solennellement, le 24 mai 1191, que son nom serait inscrit au livre de la sainteté.
Martyrologe des Servites. — En Toscane, au mont Senario, le bienheureux Amidéi, confesseur, un des sept fondateurs de l'Ordre des Servites, qui excellait dans toutes les vertus chrétiennes, et dont la charité était si ardente qu'il était parfois obligé de mettre à nu sa poitrine pour se rafraîchir. Afin que cette flamme intérieure et la bonne odeur de ses vertus fussent connues de tous, au moment où il rendait son âme à Dieu, le mont Senario parut tout en feu et tout rempli d’un céleste parfum.
Martyrologe des Hiéronymites. — Saint Anicet, pape.
ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES
A Todi, en Ombrie, saint Vénustien, proconsul, martyr avec sa femme et ses enfants. En sa qualité de proconsul, saint Vénustien avait, avant sa conversion, condamné son propre frère à mort. 311. — À Fano, dans la même contrée, saint Eusèbe, évêque et patron de cette ville. 503. — En Irlande, saint Lasréan ou Molassius, abbé de Lechlin, et ensuite évêque, puis légat apostolique. 640. — À Augsbourg, saint Wicterp, évèque de cette ville, vers l’an 654, et la bienheureuse Herluque, vierge. Dans sa jeunesse, Herluque était, comme beaucoup d’autres jeunes filles, adonnée aux folles joies du monde et aux plaisirs. Mais Dieu la rappela à lui par la maladie, et lui fit ainsi comprendre la vanité de la beauté et l’inanité des plaisirs mondains. Toutefois cette première conversion ne fut pas de longue durée. À peine guérie, elle oublia ses promesses d’amendement, ses bonnes résolutions, et elle recommença son ancien genre de vie. Dieu, en bon Père, la frappa une seconde fois ; et, Herluque, en fille légère et indocile, après avoir fait, pour la seconde fois, les mêmes promesses, les oublia encore après la maladie. Dieu alors frappa un troisième coup, et, cette fois, ce fut un coup décisif : Herluque devint aveugle. Dieu ayant enfin, par ce moyen, obtenu le but qu’il voulait atteindre, lui rendit la vue, et Herluque se montra reconnaissante de cette faveur en persévérant dans la bonne voie, dans laquelle elle était entrée durant sa dernière maladie. Elle y fut confirmée par des personnes très-pieuses, dont elle rechercha la société. Sainte Herluque avait une pieuse amie, nommée Donda. Cette dame, étant beaucoup plus âgée qu'elle, l’aimait avec la tendresse d’une mère et avec la pieuse sollicitude d’une Sainte. Un jour Herluque, en rentrant de l’église, était de mauvaise humeur, et Donda la trouva à la cuisine remuant les braises avec les pincettes, comme quelqu'un qui est en colère. Donda lui dit avec bonté : « Où donc avez-vous été ? et d’où venez-vous, ma chère ? » — « Je viens de l’église ». — « J'ai de la peine à croire ce que vous dites ; car, si vous aviez été à l’église, il me semble que vous devriez être plus calme et plus douce ». 1142. — En Belgique, saint Ursmar, évêque et abbé, patron de l’ancien monastère de Laubac, célèbre dans le pays par ses nombreux miracles 2. 713, — A Chalcédoine, en Bithynie, saint Cosme, confesseur et évêque de cette ville. Ayant beaucoup souffert pour les saintes images en ce monde, il mérita de voir Dieu face à face et ses Saints, en l’autre. Vers le 1x° s. — Chez les Grecs, saint Euthyme, thaumaturge. — Dans le Milanais, saint Nice, solitaire. Epoque inconnue. — A Lodi, en Lombardie, le bienheureux Jacques d’Oldo, prêtre, du Tiers Ordre de Saint-François. Le bienheureux Jacques avait été homme du monde et marié. Après sa conversion, il fit, avec sa femme, le vœu de continence perpétuelle entre les mains de l’évêque de Lodi. 1404. — A Constantinople, le bienheureux JEAN D’EPIRE, martyr. XVe 5.
1. François Venimbéni fut un des prédicateurs célèbres de l'Ordre de Saint-François. Il était entré dans cet Ordre par reconnaissance, parce que, dans son enfance, il avait dû la guérison d’une maladie grave à l'intercession de saint François. Une tendre dévotion au saint sacrifice de la messe et une grande charité pour les pauvres âmes détenues dans les flammes du purgatoire furent les deux choses qui le distinguèrent pendant sa vie. On cite de lui ce miracle : Comme il venait un jour d'offrir le suint Sacrifice pour les âmes du purgatoire et qu'il prononçait le Requiescant in pace, on entendit un cri d'allégresse sortir de plusieurs bouches invisibles et retentir par toute l'église. 1322 fut l'année qui vit le terme de sa vie. Pie VI approuva son culte le 16r avril 1775.