CONVERSE CARMÉLITE
1565-1618. — Papes : Pie IV; Paul V. — Rois de France : Charles IX; Louis XIII, Le Juste.
La femme forte est la joie de son mari; la femme vertueuse est le meilleur des partages : elle sera donnée à un homme pour ses bonnes actions.
Brév. des Carmes, off. de la Bienheureuse.
Cette Sainte naquit à Paris le 1° février 4565. Son père était Nicolas Avrillot, seigneur de Champlâtreux, près de Luzarche, conseiller du roi et maître ordinaire en sa Chambre des Comptes, à Paris ; et sa mère, Marie l’Huillier, l’un et l’autre très-pieux et issus des plus anciennes familles de cette grande ville. Ils avaient déjà eu quelques enfants, mais ils n’en avaient pu élever aucun ; ils les avaient tous perdus aussitôt après leur naissance. Enfin, dans une nouvelle grossesse, Marie l’Huillier voua son enfant à la sainte Vierge et à saint Claude, et promit à Dieu de le vêtir de blanc jusqu’à l’âge de sept ans et de le lui offrir, dans une église de la Sainte Vierge. Ses prières furent exaucées, car elle mit au monde une fille pleine de santé, qui fut baptisée sous le nom de Barbe, le lendemain de la Purification de la Sainte Vierge.
Barbe fut dès l’enfance comblée par Dieu de grâces qui annonçaient sa sainteté future. En effet, il semblait qu’elle n’était pointsujette aux défauts des autres enfants ; car, bien loin d’être fâcheuse, opiniâtre et légère, elle avait une douceur admirable, une docilité qui contentait tout le monde, une obéissance ponctuelle envers ses parents, et une modestie angélique qui la rendait agréable à toutes les personnes qui lui parlaient. A l’âge de sept ans, sa mère la mena à Notre-Dame de Liesse pour accomplir son vœu et lui faire quitter ses habits blancs, qu’elle avait portés jusqu'alors, et qui furent donnés aux pauvres.
A l’âge de onze ans, elle fut mise en pension à Longchamps : c'était une maison religieuse auprès de Paris, dite de l’Humilité de Notre-Dame, de l’Ordre de Sainte-Claire, où elle avait une tante du côté de sa mère. Ce fut en ce saint lieu qu’elle commença à goûter cet esprit de dévotion qu’elle n’a jamais quitté depuis. Elle fit paraître une si forte inclination pour la vertu et un désir si fervent de la perfection, qu'on eût dit qu’elle n’était entrée dans ce monastère que pour y donner des exemples de piété. Elle y fit sa première communion à l’âge de douze ans ; et il semble que Dieu prit alors une. nouvelle possession de son âme par les attraits puissants que son Esprit divin y versa, pour l’attacher inviolablement à lui. En effet, elle a avoué qu’elle y reçut tant de ferveur et des tendresses si délicieuses du saint amour, qu’elle sentit un grand dégoût pour toutes les choses de la terre et une ardeur insatiable pour celles du ciel. Elle répéta souvent depuis qu’il importait beaucoup de faire sa première communion dans une parfaite innocence, parce qu’alors l’âme étant susceptible des plus grandes grâces, Dieu la prend sous sa protection et la fortifie contre toutes les tentations
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qui peuvent lui arriver sur la terre. Elle suivit, pendant trois ans, la vie du cloître avec tant de joie, qu’elle conserva dans son cœur un grand désir de l'embrasser.
Elle avait une grande horreur du péché : quand elle avait commis la moindre faute, elle voulait qu’on lui permît d’en faire pénitence. Elle entreprit de bonne heure de mortifier son corps par des jeûnes, des abstinences et d’autres austérités que sa piété inventait, comme si elle eût voulu étouffer la concupiscence avant même qu’elle pût paraître. Elle s’exposait quelquefois au vent, à la pluie et aux autres injures du temps, afin de s’accoutumer à souffrir de plus grands maux pour l’amour de Jésus-Christ.
Revenue contre son gré chez ses parents, à l’âge de quatorze ans, elle y continua sa vie pieuse, intérieure et austère. Elle soupirait après l’état religieux : les congrégations les plus pauvres étaient celles qui l’attiraient da vantage. C’est pourquoi elle demanda à entrer chez les Hospitalières de l'H6tel-Dieu de Paris, pour y servir, toute sa vie, les pauvres malades; mais Dieu, qui la destinait à d’autres œuvres, permit que ses parents s'opposassent à ce dessein. Sa mère lui déclara qu’elle ne lui permettrait jamais de se faire religieuse. Barbe crut que Dieu lui parlait par la bouche de sa mère et obéit : « Mes péchés », dit-elle, « m'ont rendue indigne du titre glorieux d’épouse de Jésus-Christ ; il faut bien que je me contente d’être sa servante dans un état inférieur ». Le monde n’eut pas pour cela plus d’attraits pour elle : elle n’aimait point les parures ni les plaisirs ; sa mère, jugeant que c’était là mal tenir son rang, en fut très-mécontente et l’en reprit sévèrement. Une fois même elle la punit en l’enfermant dans une chambre sans feu, où elle la laissa ainsi, au milieu de l'hiver, pendant plusieurs jours. « Les pieds lui gelèrent tellement, qu’on fut obligé d’en tirer des os que le froid avait gâtés ». Elle supporta cette opération avec une douceur angélique, et ne se plaignit point de la dureté de sa mère. Tant de vertus, jointes à un esprit brillant et cultivé, et à toutes les grâces extérieures de cet âge, la firent aimer et estimer de tout le monde. Elle fut plusieurs fois demandée en mariage. Entre dix-sept et dix-huit ans, elle épousa Pierre Acarie de Villemor, maître des Comptes, homme d’une grande noblesse, d’une piété et d’une charité plus grandes encore, qui consacra une partie de sa fortune au soulagement des catholiques anglais, forcés par les lois sanguinaires d’Elisabeth de fuir leur patrie et de s’exiler en France. De ce mariage naquirent six enfants : trois filles et trois garcons. Notre Sainte les éleva avec un soin extrême. Ils se levaient de bonne heure, récitaient ensemble la prière du matin, faisaient la méditation et allaient entendre la messe ; venaient ensuite l’étude et les récréations. La mère présidait à tout : elle Les avait tellement accoutumés à sa présence, qu’ils ne pouvaient s’en passer, et il lui fallait prendre part à leurs divertissements. Elle leur inspirait la plus vive horreur du mensonge ; elle leur défendait de se plaindre, soit de leur nourriture, soit de leurs habits, ou des domestiques ; elle exigeait d’eux beaucoup de soins et de propreté ; elle cherchait à étouffer dans leurs cœurs tout sentiment de vaine gloire. Sa seconde fille aimant à faire paraître son esprit, madame Acarie avait souvent l’air de ne pas entendre ce qu’elle disait, ou de n’en faire aucun cas. Pour faire aimer l’aumône à ses enfants, elle la leur faisait considérer comme une récompense ou une chose sainte ; elle ne leur donnait de quoi distribuer aux pauvres que lorsqu'elle était contente de leurs progrès dans l'étude, de leur conduite, ou bien les jours où ils devaient recevoir Notre-Seigneur dans l’Eucharistie. Ces enfants profitèrent admirablement d’une si belle éducation : la tendre mère leur exprimait sa joie ;