LA B. MARIE DE L'INCARNATION, CONVERSE CARMÉLITE
rendit plus florissant. En effet, dans l’espace de quelques mois, les dettes de cette maison furent acquittées, l'édifice agrandi, l’église ornée, et l’esprit de sainte Thérèse rétabli. Notre Sainte y passa le reste de ses jours. « Elle tomba malade le 7 février 1618 ; les symptômes de l’apoplexie et de la paralysie se déclarèrent, et elle ne tarda pas à éprouver des convulsions : elle souffrait extrêmement. On lui administra le saint Viatique, mais on crut devoir différer l’Extrême-Onction. Parfois elle semblait perdue dans les abîmes de l’amour divin et paraissait insensible à tout, ne répétant alors que ces mots : « Quelle miséricorde, Seigneur ! quelle bonté à l’égard d’une pauvre créature! » Elle récitait souvent, pendant sa maladie, le vingt et unième et le cent unième psaumes, qui décrivent d’une manière si sublime et si pathétique les souffrances de Notre-Seigneur dans la Passion. La prieure lui ayant demandé de bénir toutes les religieuses, elle leva les maïns au ciel en disant : « O Seigneur, je vous supplie de me pardonner tous les mauvais exemples que j'ai donnés ! » — Puis, bénissant la communauté : « S'il plaît à Dieu toutpuissant de m’admettre au bonheur éternel, je le prierai de vous accorder que les desseins de son Fils s’accomplissent sur chacune de vous ». Sa dernière heure approchait, ses souffrances devinrent encore plus vives, et étaient sans interruption ; mais sa patience n’en fut point altérée. Le médecin lui faisant observer que ses douleurs devaient être très-violentes : « Elles le sont en effet », répondit-elle, « mais quand nous comprenons que nous souffrons sous la main de Dieu, cette réflexion allége nos souffrances ».
Le jeudi saint, 12 avril, on lui apporta le Viatique. Le samedi saint elle se leva encore et entendit la messe. Le jour de Pâques, à trois heures du matin, elle reçut la sainte communion, et mourut le 18 avril, pendant que M. Duval, directeur de la maison, lui administrait l’Extrême-Onction. Le médecin faisant observer qu’elle n’était plus, M. Duval s'arrêta, et, avant de réciter le Subvenite, prière pour l’âme qui vient de sortir de ce monde, il se tourna vers la communauté et dit : « À l'instant où je parle, la défunte jouit déjà de la vue de Dieu ».
La bienheureuse Marie de l’Incarnation avait vécu cinquante-deux ans, deux mois et sept jours. Treize ans s'étaient écoulés depuis l’établissement des Carmélites en France, et quatre depuis sa profession religieuse. Le lendemain de sa mort, on exposa son corps à la grille, où le peuple de la ville et des lieux circonvoisins accourut en foule pour le voir. On ne pouvait se lasser d'admirer la beauté de son visage; les uns disaient qu'on l'avait peint ; ceux-ci, que c'était un visage de cire qu’on lui avait appliqué ; ceux-là, qu’on l’avait fardé, quoiqu’on ne l’eût pas seulement lavé; mais c'était une beauté extraordinaire qui montrait sur la terre l’excellence de la béatitude dont son âme jouissait dans le ciel. -On ne lui eût pas donné plus de vingt-cinq ans, parce que son visage demeura tout poli sans aucune ride, et avec tant de grâce et de douceur, qu’on eût dit qu’elle était en une profonde oraison, les yeux fermés, comme elle se les était fermés elle-même en mourant : ce qui est d'autant plus admirable, qu’étant morte en des convulsions violentes, dont elle avait eu trois accès à l’heure de la mort, cela devait naturellement lui avoir laissé quelque difformité.
Dieu avait abondamment pourvu sa servante des dons de la nature et de la grâce: sa figure était majestueuse, son maintien était modeste et aisé. On ne pouvait l’oublier quand une fois on l’avait vue. Tout en elle décelait sa piété, sa paix intérieure, son attention à la présence de Dieu ; tout lui gagnait les cœurs. Elle avait la conception facile, un grand discernement, un jugement solide, la science du calcul et une profonde connaissance des
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hommes et des choses ; mais elle était toujours paisible ; les affaires les plus compliquées, les plus embarrassantes, ne pouvaient détourner son esprit de la présence de Dieu et du soin qu’elle mettait à recevoir ses inspirations.
Marie de l’Incarnation a été béatifiée par Pie VI. Son office a été inséré en 4822 dans le Bréviaire de Paris. Ses reliques, qui échappèrent aux profanations de 4793, ont été solennellement réintégrées le 7 mai 1822 dans la chapelle des Carmélites de Pontoise, qui avaient racheté et rétabli leur monastère. M. de Monthiers, qui avait sauvé ce corps sacré pendant l'orage révolutionnaire, obtint en récompense quelques ossements pour la chapelle de son château de Nucourt. Un os du bras fut donné à l’église de Saint-Nicolas des Champs, de Paris, un autre à l’église de Saint-Méry, où il est conservé dans une belle châsse de bronze doré. C’est dans cette dernière église que la Bienheureuse avait été baptisée.
On la représente quelquefois sur son lit de mort tenant une image de Notre-Dame et recommandant à sa supérieure de ne laisser mourir aucune de ses religieuses sans être protégée par les livrées de Marie.
Une très-belle statue de la Sainte, à Pontoise, la représente à genoux.
Tous les hagiographes modernes ; voir en particulier la Vie de la Bienheureuse, par M. l'abbé Tron.
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