‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 252 sur 339 · SAINTE AYE ET SAINT HIDULPHE · texte numérisé non relu

SAINTE AYE ET SAINT HIDULPHE

condamner, s'ils étaient déférés en justice pour leur religion. « Quelle inconséquence », disait Tertullien à ce sujet 1. « D'où vient que vous êtes contraires à vous-mêmes ? Si vous jugez que nous devons être punis, pourquoi n’approuvez-vous pas que l’on nous recherche ? Et s’il vous semble que nous ne devons point être recherchés, pourquoi ne prononcez-vous pas notre absolution ? » Quid temetipsum censura circumuenis ? Si damnas, cur non et inquiris ? Si non inquiris, cur non et absolvuis ? ?

Nous ne refuserons point à Marc-Aurèle des vertus morales et plusieurs des qualités qui font les grands princes, mais avec toute sa prétendue modération, il n’aimait point les chrétiens, comme on le voit par un ouvrage de lui que nous avons encore. Il y avait d’ailleurs dans son caractère un fonds de faiblesse qu’on a bien de la peine à concilier avec la sagesse qu’on lui attribue. Son amour pour la philosophie dégénérait en un fanatisme ridicule. Etait-il convenable pour un empereur romain d'aller, dans un âge avancé, avec son livre comme un écolier, écouter les leçons du philosophe Sextus ? Après la victoire miraculeuse qu’il remporta sur les Quades, en 174, il publia un édit en faveur des chrétiens ; mais cet édit ne produisit pas tout l'effet qu'il était naturel d’en attendre. Si Commode, son fils et son successeur, ne persécuta point les chrétiens, il les abandonna sans défense au sénat qui les haïssait. Il y eut même des empereurs naturellement pacifiques qui parurent ne s'être déclarés contre le christianisme que pour gagner l'estime du sénat, toujours fort considéré. Le but de ces observations a été de montrer qu'il y a eu des martyrs même sous les empereurs qui passent pour n’avoir point été persécuteurs.

On objecte, contre la vérité de l’histoire de saint Apollonius, qu'il n’est pas croyable que son esclave l'ait accusé. Comment, dit-on, cet esclave se fût-il déterminé à une action qui était punie de mort ? À cela nous répondons : 4° L’accusateur pouvait ignorer l’édit du prince, ou du moins se persuader qu’il n’en avait rien à craindre ; 20 l'espérance d’avoir la liberté, ou quelque autre récompense, pouvait l’animer et l’enhardir; 3° peut-être que des païens puissants l’encourageaient et le flattaient de leur protection, en cas qu’on le poursuivit ; 4 il y a toute apparence qu’il voulait fairesa cour à quelques personnes en crédit ; on sait que ces sortes de gens ne sont pas toujours fâchés d’avoir des délateurs. Ce ne sont là que des conjectures, mais des conjectures trèsvraisemblables. Au reste, nous avons puisé ce que nous avons dit de saint Apollonius dans les sources les plus pures.

Pour en revenir aux délateurs, leurs manœuvres et leurs parjures les faisaient détester à Rome. Tacite les appelle genus hominum publico exitio refertum, et pœnis nunquam satis coercitum — une race d'hommes écrasée sous le poids de l’opprobre public et qu’on ne saurait assez fustiger. — Titus, Nerva et Trajan avaient rendu contre eux des édits fort sévères ; et lorsqu'on exigeait de saint Cyprien qu’il nommäât les prêtres de Carthage, il répondit que les délateurs étaient condamnés par les lois romaines.

Dans le cas dont il s’agit ici, le sénat pouvait condamner saint Apollonius, en conséquence du rescrit de Trajan à Pline le Jeune, ou des anciens édits qui n'avaient point été révoqués ; mais il voulut encore punir l’esclave pour intimider les délateurs. D'ailleurs, les lois romaines décernaient la peine de mort contre un esclave qui accusait son maitre 8,

Tiré d'Eusèbe, Hist., 1. v, c. 21; de saint Jérôme, Cal., c. 423 de Tertullien, Apol.

SAINTE AYE ET SAINT HIDULPHE (vu siècle).

Le père de sainte Vaudru, qui est connu dans les histoires du Hainaut sous le nom de Walbert IV, avait un frère cadet du nom de Brunulphe, comte d’Ardennes, qui donna le jour à sainte Aye.

De plus, on voit par l'examen de cette généalogie, plus développée dans certains historiens du Hainaut et de la Lorraine, que Walbert II, père de ce Walbert IV qui eut pour filles sainte Vaudru et sainte Aldegonde, avait lui-même pour frère un comte Brunulphe, lequel donna le jour à l'époux de sainte Aye. Ces deux vénérables personnages étaient donc unis entre eux par les liens d’une parenté assez rapprochée, ainsi qu'avec sainte Vaudru et sa famille. « On voit clairement », dit l'historien de sainte Aye, « comment ils étaient issus germains et animés d’un même sang des rois de France du côté de Walbert II ».

1. Apol., ©. 2. — 2. Jbid. — 3. Voir Cod. Liv. x, tit. 11, et les notes.

Saint Hidulphe et sainte Aye, après avoir passé leur jeunesse dans une parfaite innocence et dans la pratique des plus touchantes vertus, se donnèrent mutuellement leur foi au pied des autels, en même temps qu'ils la donnaïent à Jésus-Christ, l’Epoux des âmes vierges. Cette alliance, sanctifiée par toutes sortes de bonnes œuvres, renouvela, aux yeux étonnés des habitants du Hainaut, les admirables exemples qu'y avaient déjà donnés saint Walbert, sainte Bertilie et leurs dignes enfants. Comme si Dieu eût voulu offrir en leur personne un exemple de la force et de la puissance de sa grâce, il permit que, dans les liens du mariage, ils vécussent, toute leur vie, dans une chas- -teté virginale, se regardant l’un et l’autre comme consacrés à Dieu.

On ne connaît pas le détail des œuvres saintes opérées par ces deux vertueux époux ; mais tout en eux nous rappelle ces familles de prédestinés qui ont tant contribué à répandre les idées évangéliques et les mœurs chrétiennes dans les heureuses contrées du Nord. Saint Hidulphe et sainte Aye, qu'aucun intérêt temporel ne préoccupait, durent surtout travailler avec succès à cette œuvre sainte, et leurs mérites trop peu connus les rendent bien dignes de nos hommages et de nos respects. Voici, autant que la pénurie de documents permet de préciser, les quelques faits de leur vie que rapportent les auteurs.

Saint Hidulphe, après que son parent saint Mauger eùt été fonder le monastère d’Hautmont, paraît avoir été d’un grand secours à sainte Vaudru, qui se disposait à suivre l'exemple de son époux. C’est à lui qu’elle s’adressa pour la construction de l’humble demeure, où elle voulait se retirer à Château-Lieu (Mons). Plus tard, saint Hidulphe rendit aussi d'importants services à saint Landelin, quand ce disciple pénitent de saint Aubert bâtit successivement les quatre monastères de Lobbes, d’Alne, de Walers et de Crespin. Folquin, dans sa chronique de l’abbaye de Lobbes, rapporte que saint Hidulphe fit des démarches auprès de Pépin d'Héristal, pour obtenir que saint Ursmar, dont la vertu éminente lui était bien connue, fût placé à ia tête de cette communauté.

Lui-même s’y retira plus tard, pour achever, dans la prière et la méditation des choses du ciel, une vie déjà si remplie de bonnes œuvres. C’est là qu’il s’endormit paisiblement dans la paix du Seigneur, en l'année 707, le 23 du mois de juin. Ses reliques, comme celles des autres Saints de ce monastère, furent transportées dans la ville de Binch, le 4 avril 1409, à cause des guerres qui menaçaient le pays. Elles y restèrent toujours depuis ; et, chaque année, on les portait avec beaucoup de solennité dans une procession magnifique, qui avait lieu au commencement du moig de juillet.

Quelques auteurs ont donné, par erreur, à saint Hidulphe le titre d’évèque. Ils paraissent l'avoir confondu avec saint Théodulphe, qui fut le second abbé du monastère de Lobbes, après saint Ursmar.

Au moment où saint Hidulphe se retirait au monastère de Lobbes, sa vertueuse compagne allait aussi, de son côté, terminer ses jours dans la pieuse communauté de Château-Lieu (Mons), auprès de sa parente sainte Vaudru, dont elle enviait depuis longtemps le bonheur. Après avoir participé à toutes les bonnes œuvres de son époux, et rivalisé saintement avec lui dans la pratique des vertus chrétiennes, elle recevait aussi de Dieu, dans ses dernières années, une récompense qui n’était que l’avant-goût de celle qui leur était réservée dans le ciel. Les auteurs croient que la mort de sainte Aye arriva la même année que celle de saint Hidulphe. Des guérisons et d’autres bienfaits signalés, obtenus auprès de son tombeau, inspirèrent de tout temps aux peuples une grande confiance en sa protection.

On trouve le nom de sainte Aye dans les anciennes litanies de l’église de Sainte-Vaudru à Mons, où elle est honorée d’un culte particulier. Ses reliques furent visitées par François Buisseret, archevêque de Cambrai. En 4625, Mgr Van der Burgh, aussi archevêque de Cambrai, ap- -prouva et rendit obligatoire, pour tout son diocèse, un office propre de cette Sainte, examiné et approuvé par les docteurs en théologie de l’Université de Douai. Déjà, dès l’année 1617, ce prélat avait transporté les restes précieux de la Sainte dans une nouvelle châsse. On trouve aussi, dans les plus anciens auteurs, que, en l’année 4314, Pierre de Mirepoix, évêque du même siége, avait approuvé un office semi-double de sainte Aye, dont le nom se conservait précieusement dans le souvenir des populations religieuses du Hainaut. L'ordonnance par laquelle le prélat établissait cette fête se trouve à la page 270 de l'ouvrage du révérend père Coret. Elle est datée du 6 juin 1314.

La fête solennelle de sainte Aye se célébrait, à Mons, le 18 d'avril. Ses reliques, exposées en ce jour, attiraient un grand concours de pieux pèlerins. Dans la procession que l’on faisait, à travers les rues de la ville, le dimanche de la Sainte-Trinité, elles étaient portées triomphalement sur un Char orné, que précédait immédiatement un autre char, sur lequel étaient placés les restes vénérables de sainte Vaudru.

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