SAINT URSMAR, ABBÉ DE LOBBES ET MISSIONNAIRE
pour travailler à la conversion des pécheurs et détruire les restes de l’idolâtrie dans les diocèses de Cambrai, d'Arras, de Tournai, de Noyon, de Thérouanne, de Laon, de Metz, de Cologne, de Trèves et de Maëstricht. Les pays où l’on remarque surtout les traces de son passage sont la Faigne, la Thiérache, la Ménapie, la Toxandrie, et en général toutes les contrées qui s'étendent aux alentours de Lobbes et jusqu’à la mer. Il fut sacré évêque et en exerça les fonctions, sans être attaché à aucun siége, afin d’être plus libre dans ses prédications. Avant lui, saint Landelin, et après, saint Ermin, saint Théodulphe, abhés de Lobbes, furent aussi évêques de la même manière. Les nombreux miracles d’Ursmar donnaient du poids à sa parole, et contribuèrent beaucoup aux innombrables conversions qu’il fit de tous côtés, surtout dans la Flandre, qui le compte parmi ses apôtres. Dans le monastère de Sainte-Aldegonde, à Maubeuge, il délivra, par l’onction de l'huile sacrée, une religieuse possédée du démon; il guérit par ses prières une de ses nièces, d’une enflure à la gorge, qui la menaçait d’une mort prochaine ; il retira, pour ainsi dire, des portes de la mort une autre religieuse, en faisant sur elle le signe de la croix. Son genre de vie était un miracle continuel : il ne buvait que de l’eau et ne mangeait ni chair ni poisson. Il passa dix années sans goûter de pain, même après une dangereuse maladie dont il fut attaqué. Aussi les païens voyaient en lui un être extraordinaire.
Saint Ursmar vécut de la sorte jusqu’à une extrême vieillesse. Sentant son heure approcher, il fit nommer saint Ermin pour gouverner en sa place l’abbaye de Lobbes. Il rendit sa belle âme à Dieu, en 713, le 48 avril, jour auquel il est honoré, avec la qualité de patron de Binche, à Lobbes et à Luxembourg. Il fut enterré le lendemain, et c’est sous ce jour qu'il est nommé dans plusieurs Martyrologes, entre autres dans le romain. Ses reliques furent transportées, en 1409, à Binche, en Hainaut t.
Le nom de saint Ursmar a toujours été en grande vénération. Aujourd’hui encore, le culte de cet illustre missionnaire se perpétue parmi les populations de l’ancienne province de Hainaut et dans le département de l'Aisne. Des pèlerins viennent souvent lui rendre hommage dans une chapelle que l’ancienne abbaye de Liessies avait fait ériger en son honneur, à Fontenelle, près de Floyon.
Cette chapelle tire son nom d’une fontaine qui se trouve dans ce lieu et qu’on appelle /a Fontaine de Saint-Ursmar. D’après une ancienne tradition du pays, le saint Evêque-Abbé s'était fait bâtir une petite habitation près de ce lieu, où les habitants de la Thiérache se portaient en foule pour recevoir ses sages conseils. Les eaux de cette fontaine sont très-salutaires : on prétend qu’elles fortifient les enfants dont les reins sont faibles ou qui sont attaqués de différentes maladies. Les mères s’y transportent souvent avec eux pour les y plonger en même temps qu’elles appellent sur leurs têtes les bénédictions de Dieu par l’intercession de son serviteur saint Ursmar ?.
1. Saint Ursmar a bâti une église à Oudenburg, ainsi que le couvent d'Alne, Il consacra, à Lobbes, l'église des Saints-Apôtres, où il ne voulait pes qu'on enterrât personne. 11 y a bâti une autre église, dédiée à la très-sainte Vierge, et un cimetière. On lui attribue la fondation d'un collége de douze chanoines à Zeclesen, près d'Oudenarde, détruit en 881 par les Normands, sans parler de beaucoup d'autres fondations que l’on dut à ses soins. I1 gouverna son abbaye avec la plus grande sagesse, Anso, cinquième abbé de Lobbes,le nomme « docteur de l'Ecriture, fondateur de couvents, pasteur des âmes, père nourricier des veuves et des orphelins, etc. »
2. Ces détails nous sont communiqués par un respectable ecclésiastique. « Les médecins Au pays », ajoute-t-il, « reconnaissent à cette eau une qualité supérieure à toutes les eaux des fontaines des environs. Les uns prétendent qu'elle est ferrugineuse, d'autres disent que sa qualité tient à la nature du sol; il faut remarquer qu'un grand nombre de personnes qui font ce pèlerinage et qui viennent plonger dans
On voit dans l’église de Floyon, village où est né saint Ursmar, une statue qui le représente dans le costume d’évêque. Une relique, que l’on croit appartenir à un os de la jambe, et qui est encore revêtue d’un cachet épiscopal, est enchâssée dans cette statue. Il y a aussi dans ce village une chapelle dédiée au Saint, et que l’on croit avoir été bâtie sur l'emplacement de la maison où il reçut le jour. Selon une expression bien connue dans le pays, on vient y servir pour les fièvres, à différentes époques de l’année, mais surtout le 48 avril, jour de la fêle patronale. Cette chapelle doit être très-ancienne, et les vieillards du pays rapportent qu’elle a été rebâtie bien avant la révolution de 1793. On le représente encore apparaissant au-dessus de troupes de cavalerie, parce que la Flandre dut à son intercession d’avoir été délivrée des Hongrois et des Magyars, qui, à la fin du x° siècle, s’étaient \avancés jusqu’à la Meuse. On raconte, en effet, qu’à l’approche des envahisseurs du côté de Lobbes, les habitants et les moines s’écrièrent : « Saint Ursmar, secourez-nous ». Aussitôt une pluie abondante et orageuse tomba, qui jeta la panique dans leurs rangs et les fit rétrograder.
Voir les Bollandistes, les Acta SS, Belgü, vi, les Saints de Cambrai et d'Arras, etc.