‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 262 sur 339 · SAINT BRUNON, QUARANTIÈME ÉVÊQUE DE TOUL, PAPE SOUS LE NOM DE LÉON IX · texte numérisé non relu

SAINT BRUNON, QUARANTIÈME ÉVÊQUE DE TOUL, PAPE SOUS LE NOM DE LÉON IX

4002-1054. — Empereurs d'Allemagne : Henri Il; Conrad Ze Salique; Henri HI.

Ce que saint Grégoire VII est à la seconde moitié du xIe siècle, saint Léon IX l'est à la première. Ce sont ces deux grands hommes qui ont sauvé le monde de. la barbarie.

Rohrbacher, Aist., t. vir, 4e éd.

Hugues, père de Brunon, quarantième évêque de Toul, et plus tard Pape sous le nom de Léon IX, était comte du Nordgau ou de la Basse-Alsace, cousin-germain de l’empereur Conrad le Salique, car Adélaïde, mère de Conrad, et Hugues, père de Brunon, étaient enfants de deux frères. Heïlvige, sa mère, était fille unique et héritière de Louis, comte de Dachsbourg ?. De même que le comte son époux, elle parlait, avec une égale facilité, le latin et l’allemand. Pendant la guerre que se firent Thierry, évêque de Metz, et Henri II, beau-frère d'Heilvige, après avoir eu la précaution de fortifier les villes et les châteaux qu’elle possédait dans le pays, comme Sarrebourg, Sarralbe, Hornestein, Turkestein, Vervestein, -Girabalde et surtout Dabo, cette princesse se retira dans l’abbaye de Moyenmoutier. Elle y découvrit les corps de saint Lazare et de sainte Aza qui y étaient demeurés cachés depuis les courses des Hongrois, c’est-à-dire pendant quatre-vingt-

1. Comme quoi saint Léon descend de Charlemagne, et la maison de Savoie du frère aîné de saint Léon. — Sa famille, ainsi que celle de Hugues Capet, remontait, par sainte Mathilde, femme de Henri l'Oise leur, à Charlemagne et à Witikind. Un de ses ancêtres, le comte Hugues Ier, qui embrassa la vie monastique en 940, fut la tige commune des princes de Lorraine, des princes de Hohenlohe et des comtes de Habsbourg, qui subsistent encore. Le comte Hugues IV, père de notre Saint, était cousin de l'empereur Conrad.

Outre Brunon, Hugues et Heilvige eurent Gérard ou Gerhard et Hugues, qui furent, l'un comte de 1a Basse-Alsace, et l'autre comte d'Egisheim et de Dabo. Ils eurent aussi cinq filles : Adélaïde, qui épousa Herman, comte des Ardennes; Bitzela, qui fut mariée à Hartvig, comte de Calb; Udile et Gebba, qui furent abbesses, l’une de Woffenheim, et l’autre de Nuitz; la cinquième, dont on ignore le nom, épousa Ernest, due d'Alsace et de Souabe. Le comte Gérard fut tué en 1038. Les généalogistes ne lui ont donné jusqu’à présent que trois enfants, savoir : Gérard II, comte du Nordgau, mort sans postérité; Heïlvige, héritière du comté d'Egisheim, qui épousa Gérard, premier comte de Vaudémont, et Spanehilde, héritière du comte de Dabo, qui fut mariée à Folmar, comte de Metz, M. l'abbé Grandidier a prouvé, d'après les mémoires de feu M. de Rivas, d'après les chartes du temps et le témoignage des auteurs contemporains, que Bérald ou Bérold, qui est incontestablement la tige de la maison de Savoie, est le même que le comte Gérard, frère aîné du saint pape Léon IX, et qu'il fut le père de Humbert, comte d'Alsace et d'Aoste, et premier comte de Maurienne.

2. Dachsbourg ou Dagsbourg, dont on a fait Dabo. (Voir Dicé. géographique de la Meurthe, p. 87.)

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dix ans ‘. On raconte que malgré ses jeûnes et ses austérités, Heilvige était d’une obésité telle, qu’elle pouvait à peine se remuer, et que, pour la transporter d’un lieu en un autre, il la fallait placer sur une espèce de petit char. Une telle infirmité l’incommodait fort et surtout alarmait sa pudeur. Aussi demanda-t-elle à Dieu de tomber dans un état de maigreur suffisant pour qu’une femme seule la pût ensevelir et mettre au tombeau. Cette prière fut exaucée.

Arrivée au terme de sa carrière, elle distribua aux pauvres ce qui lui restait de biens, reçut avec une grande piété l’Extrême-Onction et le Saint- Viatique, puis tomba dans une syncope où elle demeura longtemps, sans parole et sans respiration. Ayant repris connaissance, cette bonne princesse consola toutes les personnes qui l’entouraient, puis les pria de se retirer, ne retenant, à ses côtés, que le comte Hugues, son époux, et l’abbesse de Woffenheim (canton de Colmar). Elle les pria de retrancher de ses obsèques toute superfluité et de donner aux pauvres ce qu’ils y auraient dépensé, afin qu’elle pôt retourner dans le sein de la terre aussi nue qu’elle était sortie du sein de sa mère. Le comte le lui promit et l’exécuta religieusement.

Saint Léon naquit le 21 juin de l’an 1002, au château d’Eguisheim ou Egesheim en Alsace, selon les uns, et selon d’autres à Woffenheim. Wibert, auteur contemporain, le fait naître aux extrémités de l’Alsace ; et comme cette désignation ne peut convenir ni à l’un ni à l’autre de ces deux endroits, il est plus probable que Brunon prit naissance au château de Dabo; c’est d’ailleurs la tradition constante du pays?. Son corps parut tout d’abord couvert de petites croix rouges, qui furent regardées comme un présage de sa sainteté et de son élévation future. Une particularité aussi remarquable détermina sa mère à l’allaiter elle-même, et à se charger du soin de sa première éducation. On raconte * que la mère de Brunon ayant acheté un très-beau psautier, écrit en lettres d’or, le mit entre les mains de ce fils pour qu’il y apprît les psaumes. L'enfant qui, d'autre part, avait une grande facilité d'intelligence et de mémoire, ne pouvait ni retenir ni comprendre ce qu'il lisait en ce riche volume. Heilvige jugeant que cette difficulté provenait de quelque cause extraordinaire mais ignorée, se mit en recherches; elle finit par apprendre que ce psautier, primitivement la propriété de l’ empereur ou du roi Lothaire, avait appartenu à l’abbaye de Saint-Hubert. La pieuse dame, accompagnée de Brunon, reporta elle-même le livre à l’abbaye, et lui adjoignit un sacramentaire d’une rare beauté.

Le jeune Brunon n'avait que cinq ans lorsque sa mère le mit entre les mains de Bertold, évêque de Toul et troisième successeur de saint Gérard, pour l’instruire dans les arts libéraux et les lettres.

Sous le gouvernement éclairé de Bertold, la ville de Toul était devenue une école plus florissante que jamais, où affluaient les enfants des nobles, et où le jeune Brunon trouva deux de ses cousins, l’un fils du duc de Lor-

1. Lazare, à qui Dom Belhomme donne le titre de roi, et sa fille Aza, étaient vonus des régions orien-— tales pour vénérer les tombeaux des saints Apôtres à Rome, et les plus renommés sanctuaires de la Gaule. Attirés à Moyenmoutier par la célébrité de ce monastère, et sa position leur ayant souri, ils résolurent * de s'y fixer; ils sollicitèrent et obtinrent la permission de bâtir, sous ses murs, deux cellules séparées, l'une pour Lazare, auprès de l'oratoire dédié à saint Pierre, l'autre pour Aza, appuyée contre l'église Saint-Epvre. Ils vécurent l'un et l'autre, moururent dans un état de haute sainteté et furent inhumés chacun dans sa cellule d'où plus tard on leva leurs ossements pour les placer dans des châsses convenables et les déposer dans l'église de Saint-Pierre. Ils y furent longtemps oubliés, à cause des ravages des Hongrois dans toute la contrée. Heilvige, mère de saint Léon, ayant cherché à Moyenmoutier un refuge pendant les guerres qui désolèrent ses domaines, découvrit ces reliques dont Dieu s'était servi pour opérer de nombreux miracles, et les fit transporter solennellement dans l'église Notre-Dame dépendant aussi du monastère. (Voir Historia Mediani Monasterü, p. 166, 216 et 251.)

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