‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 264 sur 339 · Tribulatio patientiam operatur, ete, Rom. v · texte numérisé non relu

Tribulatio patientiam operatur, ete, Rom. v

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de Gisèle et de Gerberge, ses deux sœurs, prétendirent à la succession. Conrad le Salique avait épousé Gisèle, fille de Gerberge, et Eudes, comte de Champagne, s'était marié à l’autre héritière. Ce dernier étant plus à portée de l’objet de sa convoitise, s'empara d’abord de plusieurs forteresses ; mais vaincu par les armes de Conrad et par les vives sollicitations de Brunon, il fut obligé de les rendre et de se retirer.

Toutefois il conserva, de cette déconvenue, un secret ressentiment

contre notre Evêque. Aussi, quelque temps après, la noblesse de Toul s'étant

révoltée contre son chef et premier pasteur, sous prétexte que ce Prélat ne voulait pas lui rendre justice contre les bourgeois, le comte de Champagne se jeta dans le Barrois, vint assiéger Toul et commit, dans tout le pays, les plus affreux désordres. Mais les bourgeois animés par les exhortations de leur évêque, le protecteur et le défenseur de leurs droits, soutinrent si vigoureusement les attaques de l’armée du comte, qu’elle fut obligée de lever le siége de la ville et de se retirer. Ce ne fut pas, malheureusement, sans avoir incendié le bourg de Saint-Amand, qui alors était hors de l’enceinte et qui, plus tard, est devenu le quartier où se trouvent aujourd’hui les halles et la synagogue ; elle brûüla aussi la collégiale de Saint-Gengoult, les abbayes de Saint-Epvre et de Saint-Mansuy, puis, en retournant chez elle, le bourg de Void, ormmercs et le château de Stainville, à trois lieues de Bar-le-Duc.

Conrad ne fut pas plus tôt informé de l’irruption du comte de Champagne en Lorraine, et des violences auxquelles il s’y livrait, qu’il accourut, avec une armée, à la délivrance de ce malheureux pays. Il vint camper à Saint- Mihiel sur la montagne du Châtelet, puis au faubourg Saint-Epvre de Toul, où il prit quelques jours de repos. Budes, effrayé, demanda la paix et l’obtint; mais s'étant de nouveau mis en campagne, en 1037, et ayant assiégé Bar-le-Duc, il fut défait et tué par Gothelon, duc de la Basse-Lorraine.

Brunon fut éprouvé par plusieurs maladies dont l’une le retint, pendant plus d’une année, sur un lit de souffrances. Elle servit à faire éclater la vertu du saint Prélat, et à prouver que le véritable chrétien n’est pas moins sublime, au milieu des douleurs les plus vives, que dans les actes publics les plus solennels.

La grande dévotion de l’époque était le voyage de Rome et celui de Jérusalem. Or, notre Evêque s'était fait comme une règle de visiter, chaque année, le tombeau des saints Apôtres, quand sa santé ne s’y opposait point. Il s’y rendait, une fois, accompagné de cinq cents personnes tant clercs que laïques, lorsque soudain cette troupe se trouva frappée comme d’une peste causée par le mauvais air du pays. Le plus grand nombre de ces infortunés pèlerins fut bientôt réduit à la dernière extrémité. Alors le saint Evêque eut la pieuse pensée de faire tremper, dans du vin, les reliques qu’il avait accoutumé de porter avec lui, surtout celles de saint Epvre, son glorieux prédécesseur, et de faire boire de ce vin à ses compagnons affligés. Tous ceux qui en burent, avec foi et dévotion, furent aussitôt guéris.

Quant à lui-même, pendant tout le voyage, il célébrait presque chaque jour la sainte messe et y exhortait d’une manière touchante les peuples qui y assistaient à se convertir, à faire pénitence et à élever leurs pensées vers le ciel. Ces miracles et cette piété le firent vénérer et chérir, particulièrement dans la province de Rome.

Sa coutume était, quand il voulait prendre son repos la nuit, de se mettre plus dévotement sous la protection des reliques des Saints; puis, délivré de tous les soins du siècle, il délassait son âme dans une sainte contemplation,

et recevait aïnsi le sommeil nécessaire au corps. Une nuit qu’il s’était ainsi pieusement endormi, il lui sembla être transporté dans la principale église de Worms, où il vit une multitude infinie de personnes vêtues de blanc, parmi lesquelles il reconnut un de ses amis, l’archidiacre Bézelin, qui était mort en l’accompagnant dans un de ses pèlerinages à Rome. Lui ayant demandé ce que c'était que cette multitude, il apprit que c’étaient ceux qui avaient fini leur vie au service de saint Pierre. Pendant qu’il en était dans l'admiration, survint saint Pierre lui-même, qui annonça que toute cette multitude communierait de la main de Brunon. Et de fait, l'ayant revêtu d’habits pontificaux, le même saint Pierre et le premier martyr Etienne le conduisirent à l’autel, au milieu d’une mélodie ineffable, et tous reçurent la communion de sa main. Après la communion, il lui sembla que saint Pierre lui donna à lui-même cinq calices d’or, trois à un autre qui le suivait, et un seul à un troisième. S’étant éveillé, il le raconta à ses amis et s’étonnait de ce que cela voulait dire. L'événement le fit bien comprendre ; car il fut élu Pape dans la principale église de Worms. Il occupa le siége de saint Pierre cinq ans, son successeur, Victor, trois ans, et Etienne, un seul.

Une autre fois, pendant le sommeil, il lui semblait qu’un personnage qui avait l’air d’une vieille femme difforme le recherchait avec importunité et s’efforçait de le joindre dans un entretien familier, mais pourtant sincère. Cette personne avait le visage si hideux, les vêtements si déchirés, les cheveux si hérissés et si en désordre, qu’à peine y reconnaissait-on quelque chose d’une forme humaine. Epouvanté d’une si horrible laideur, il sétudiait à éviter cette personne; mais elle cherchait d'autant plus à s’attacher à lui. Fatigué de son importunité, l'homme de Dieu lui fit sur le visage le signe de la croix; elle, aussitôt, tombant à terre comme morte, se relevait avec une beauté toujours plus merveilleuse. Réveillé par l’effroi de cette vision, il se leva pour assister à l'office de la nuit. S’étant rendormi après, en admirant la chose, il lui sembla voir le vénérable abbé Odilon, qui venait de mourir, et il le pria de lui apprendre ce que signifiait cette vision. Odilon lui répondit avec joie : « Tu es bienheureux, et tu as délivré son âme de la mort ». Que ce récit ne soit pas une feinte, ajoute l’archidiacre Wibert, biographe contemporain du saint Pontife, nous en avons pour témoins irrécusables le doyen Walter et son compagnon intime Warneher, lesquels certifient lui avoir entendu dire ces choses en pleurant, et en s’étonnant beaucoup de ce que cela voulait dire. Au reste, conclut Wibert, personne ne doute que la vision de cette femme ne signifât l’état déplorable de l'Eglise, à laquelle le saint Pontife, par l'assistance du Christ, rendit son ancienne beauté !.

Brunon ayant commencé la restauration de l’abbaye de Saint-Epvyre si maltraitée par la guerre, vit, avec satisfaction, une foule de personnes s’empresser de lui venir en aide, dans une entreprise aussi utile, mais fort considérable. Les seigneurs et les riches lui offrirent de l’argent ; les autres prêtèrent leur temps et leurs bras, chacun mit la main à l’œuvre et bientôt le monastère fut rétabli. Dans une charte qu’il donna vers l’an 1030, à cette occasion, l’évêque se plut à louer le zèle et la ferveur avec lesquels il fut secondé, et à marquer les noms de tous ceux qui lui avaient fait quelque don pour le monastère, depuis l’empereur Conrad et l’impératrice Gisèle jusqu'aux abbés et aux ecclésiastiques du moindre rang.

Quelques années après, Brunon acheva l’abbaye de Poussay, commencée par Berthold, son antéprédécesseur, Il en dédia l’église en l’honneur de la

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