‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 266 sur 339 · RON · texte numérisé non relu

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m'invoquerez et moi je vous exaucerai, je ramènerai votre captivité de tous les lieux ». Encouragé par cette révélation, il se mit en route, accompagné d’une multitude de personnes qui accouraient de toutes parts. Dans le nombre, une pieuse servante de Dieu, s'étant approchée, lui dit : « Dès que vous mettrez les pieds dans l’église du Prince des Apôtres, n’oubliez pas de vous servir de ces divines paroles : La paix à cette maison et à tous ceux qui l’habitent ! » Il reçut cet avis avec humilité, et s’y conforma dévotement. Il arriva ainsi jusqu’au Tibre, qui était débordé et qui l’empêcha pendant sept jours de passer outre. Le saint homme était affligé de ce contretemps, à cause de la multitude de peuple qui s'était rassemblée autour de lui. Il invoqua le secours de Dieu, et commença la dédicace d’une église de Saint-Jean, bâtie dans le voisinage. La consécration n’était point achevée, que le fleuve, rentré dans son lit ordinaire, laissa le passage libre, ce que tout le monde attribua aux mérites du saint Pontife. À l'approche de Rome, toute la ville vint au-devant de lui avec des cantiques de joie ; mais lui descendit de cheval et marcha longtemps nu-pieds, priant, gémissant et versant des torrents de larmes. Après s'être ainsi longtemps immolé à Jésus- Christ sur l'autel de son cœur comme une victime vivante, sainte et agréable à Dieu, il parla au clergé et au peuple, et leur exposa le choix que l’empereur avait fait de sa personne, les priant de déclarer franchement leur volonté, quelle qu’elle fût. Il ajouta que, suivant les canons, l'élection du clergé et du peuple doit précéder tout autre suffrage ; et que, comme ïl n’était venu que malgré lui, il s’en retournerait volontiers, à moins que son élection ne fût approuvée d’une voix unanime. On ne répondit à ce discours que par des acclamations de joie, et il reprit la parole pour exhorter les Romains à la correction des mœurs et demander leurs prières. Il fut donc intronisé le 12 de février 4049, qui était le premier dimanche de Carême : il prit le nom de Léon IX, et tint le Saint-Siége cinq ans.

De toutes les vertus qui reluisaient en sa personne, les plus éclatantes étaient la miséricorde et la patience. Il était prompt à pardonner aux coupables, pleurait de compassion avec ceux qui confessaient leurs crimes ; il faisait des aumônes jusqu’à se réduire lui-même à l’indigence. La Providence le mit plus d’une fois à l'épreuve, pour faire éclater sa confiance en Dieu. Quand il arriva à Rome, il ne trouva rien dans les coffres de la chambre apostolique, et tout ce qu'il avait apporté avec lui avait été dépensé en frais de voyage et en aumônes. Il ne restait rien non plus à ceux de sa suite, et ils songeaient à vendre à perte leurs propres vêtements pour s’en retourner dans leur pays à l'insu du saint homme. Lui les exhortait à se confier en Dieu, mais il compatissait à leur affliction du fond de son âme. Le jour même qu'ils étaient tous prêts à se retirer secrètement, arrivèrent les députés des nobles de la province de Bénévent, avec des présents magnifiques pour le Pape, dont ils demandaient la bénédiction et la protection. Il les reçut avec une paternelle bienveillance, mais fit des reproches aux siens de leur peu de foi, leur montrant, par cet exemple, à ne se défier jamais de la Providence. De ce moment, la renommée du pape Léon retentit jusqu'aux extrémités de la terre ; partout on hénissait Dieu d’avoir donné un tel pasteur à son Eglise ; une multitude extraordinaire de pèlerins affluaient au tombeau du Prince des Apôtres ; tous étaient admis en présence du saint Pape, et recevaient sa bénédiction ; ceux qui ne pouvaient absolument faire le voyage lui envoyaient des présents pour qu’il les bénît de loin. Mais de toutes les offrandes qu’on mettait à ses pieds, il n’en prenait rien pour lui ni pour les siens : tout était pour les pauvres.

Pour attirer de plus en plus les bénédictions du ciel sur son Pontificat, le saint pape Léon fit un pèlerinage au mont Gargan, où était une célèbre église de Saint-Michel-Archange ; il visita de même le monastère de Saint- Benoît, au mont Cassin. Très-habile à reconnaître les hommes de mérite, il fit le moine Hildebrand — qui devait être pape sous le nom de Grégoire VII — cardinal et économe de l'Eglise romaine. Enfin, la seconde semaine après Pâques, il tint à Rome le Concile qu’il avait indiqué plusieurs mois auparavant ; il s’y trouva des évêques de divers pays, entre autres les archevêques de Trèves et de Lyon.

Dans ce Concile, le Pape confirma d’abord les décrets des quatre premiers Conciles généraux, ainsi que les décrets des Pontifes romains, ses prédécesseurs, notamment ceux contre la simonie et l’incontinence des clercs; ensuite il anathématisa expressément la simonie, qui avait infecté plusieurs parties de l’univers ; enfin, il déposa quelques évêques convaincus de ce crime. Le Seigneur daigna confirmer son autorité par un miracle. L’évêque de Sutri, étant accusé de simonie, voulut se justifier par de faux témoignages; mais au moment même qu'il allait prononcer le serment, il fut tout d’un coup frappé de Dieu, comme un autre Ananie ; on l’emporta hors de l'assemblée et il expira ?. On représenta au Pontife le décret de Clément II, permettant à ceux qui ont été ordonnés par des simoniaques, d'exercer leurs fonctions après quarante jours de pénitence ; afin de ne pas bouleverser l’administration de l'Eglise par des mesures trop radicales, Léon IX décida que ce décret continuerait à recevoir son exécution. On rendit général l’usage de payer les dîmes par toute l'Eglise. On condamna les mariages incestueux et l’on obligea à la séparation plusieurs personnes nobles qui en avaient contracté de pareils. Dans ce même Concile, selon le père Richard, qui cite Mansi à son appui, le Pape approuva la vie et les actions de saint Adéodat ou Dieudonné (saint Dié), mort en odeur de sainteté après avoir quitté l’évêché de Nevers pour embrasser l’état religieux dans les Vosges :.

Comme autrefois saint Pierre visitait les églises de la Judée pour y affer- : mir la foi et la piété, de même son successeur saint Léon IX visita les principales provinces de l’Eglise universelle. Aïnsi, la même année 1049, dans la semaine de la Pentecôte, il tint un Concile à Pavie, mais dont les actes ne sont point venus jusqu’à nous. C'était certainement dans le même but que celui de Rome.

En approchant de Passignano, sur la route de Pavie, le saint Pape fit dire à saint Jean Gualbert, fondateur de la Congrégation de Vallombreuse, qu’il comptait diner chez lui dans son monastère de Passignano. Bien surpris de cette visite, Gualbert demanda à l’économe du monastère s’il y avait encore du poisson : sur sa réponse négative, il envoya deux novices en pêcher dans un lac voisin. Comme il n’y avait jamais eu de poisson dans ce lac, les novices lui remontrèrent qu’il était difficile d’y en prendre. Le saint Abbé ayant, pour toute réponse, réitéré Son commandement, ils y allèrent, jetèrent le filet par obéissance et prirent deux énormes brochets, qui servirent à traiter le Pape et son cortége.

Après avoir tenu le Concile de Pavie dans la semaine de la Pentecôte, le pape saint Léon traversa les Alpes par le mont Jou, autrement le grand Saint-Bernard, et se trouva le 29 juin à Cologne, où il célébra avec l’empereur la fête de saint Pierre et de saint Paul. A la descente des Alpes, il fut

1. AA. SS., 11 april. — 2. Vita S. Leon., 1. 1, ce. 33 AA, SS,, 11 april. 3. Dict. des Conciles, t. 11, col. 656, édit. Migne.

reçu par saint Hugues, abbé de Cluny, qui venait de succéder à saint Odilon et à qui le saint Pape confirma tous les priviléges de son abbaye.

Dans ce voyage, Léon IX rendit un grand service à l'empire. Godefroi le Hardi ou le Barbu, duc de la Basse-Lorraine, soutenu de Baudoin, comte de Flandre, et de Théodoric, comte de Hollande, faisait la guerre à l’'empereur Henri le Noir au sujet de la Lorraine supérieure, à laquelle Godefroi avait des prétentions, mais dont l’empereur avaït investi Gérard d’Alsace, ancêtre de ces ducs de Lorraine qui, dans le siècle dernier, sont montés sur le trône d'Autriche.

En forçant la ville de Verdun, Godefroi en avait brûlé la cathédrale. Le pape saint Léon, en punition de ce sacrilége, lança contre lui une sentence d’excommunication. Le duc, réveillé comme par un coup de foudre, reconnut sa faute. Non-seulement il se rendit à Aix-la-Chapelle et se soumit à l’empereur, qui, à la prière du Pape, le reçut dans ses bonnes grâces, mais, revenu en toute hâte à Verdun, il y fit publiquement pénitence et fit rebâtir de fond en comble l’église qu’il avait réduite en cendres. Pendant qu’on la rebâtissait, le duc s’associait souvent aux ouvriers et faisait l’office de manœuvre. Godefroi, ayant réparé tout le scandale par cette franche humilité, fut reçu de nouveau dans le sein de l'Eglise !.

Le voyage du saint Pape, son autorité souveraine, et sa présence en Gaule et en Allemagne étaient encore plus utiles à l'Eglise qu’à l'empire ; ils lui étaient même nécessaires. Il s’agissait d’extirper la simonie, non chez quelques particuliers, mais chez les évêques et les seigneurs.

Mais, pour réformer, pour corriger des évêques soutenus dans leurs scandales par la noblesse de leur famille, par la faiblesse ou la connivence des princes, on sent qu'il fallait un Pape qui joignît l’autorité de la sainteté à la sainteté de l'autorité, qui pût dire hardiment aux nouveaux Simon : « Que ton argent périsse avec toi! » et devant qui les nouveaux Ananie dussent trembler d’être frappés de mort pour leurs mensonges. Ce Pape, le Seigneur l’avait procuré à son Eglise : c’était Léon IX.

Arrivé dans les Gaules, il annonça qu’il irait à Reims visiter le sépulcre de saint Remi, l’apôtre des Francs, et qu’il y tiendrait ensuite un Concile. N’étant encore qu'évêèque de Toul il avait fait plusieurs fois le voyage de France pour négocier la paix entre l’empereur et le roi. N'ayant pu satisfaire sa dévotion en ces circonstances, il promit à Hérimaire, abbé de Saint- Remi, de faire ce pèlerinage à pied, dans le Carême suivant. L’abbé profita de l’occasion pour le prier de faire alors la dédicace de la nouvelle église de son monastère. Brunon ayant été élu Pape, Hérimaire le supplia de se souvenir de sa promesse, si jamais il revenait dans les Gaules. Le nouveau Pape le fit assurer que, lors même que le bien de l'Eglise ne le rappellerait pas dans les Gaules, il y reviendrait pour le seul amour de saint Remi, afin de dédier sa basilique, s’il plaisait à Dieu.

Eberard, archevêque de Trèves, qui avait accompagné, jusqu’à Rome, son suffragant devenu son père et son chef, dut songer à retourner dansson diocèse. Mais auparavant il pria le Pape de vouloir bien confirmer et renouveler les anciens priviléges qui attribuaient à l'Eglise de Trèves la primatie des Gaules. Léon souscrivit à sa demande et lui fit expédier une bulle par laquelle il déclare : qu'ayant fait lire dans l’église des Saints-Apôtres les anciens priviléges de la métropole de Trèves; que toute l’assemblée ayant témoigné les approuver, il confirmait les droits et prérogatives de cette an-

1. Lambert Schaffn., Æist. epise. Virdun; Dom Bouquet, t, x, p. 249 et seq.

tique église; accordait à l'archevêque de Trèves la mitre romaine", afin qu'il en fit usage dans les cérémonies ; lui donnait rang après les légats du Saint-Siége, en France et en Allemagne, à charge par Eberard et ses successeurs d'envoyer, chaque année, à Rome, un député pour recevoir les commissions du Saint-Siége, et de se rendre en personne auprès du Pape, une fois dans trois ans.

Il est bon de montrer aux hommes de peu de foi de notre siècle qui seraient tentés de croire à une éclipse et même à la disparition possible de la Papauté, que de tout temps elle a été combattue : elle l’a été même en plein xI° siècle, un des beaux siècles de l'Eglise. La lutte est un des éléments nécessaires de la vitalité du suprême Pontificat : le voyage de Léon IX à Reims en est une des nombreuses preuves.

Dès qu'Hérimare eut appris que le Pape était en chemin pour venir à Reims consacrer la nouvelle église de son monastère, il se rendit à Laon où se trouvait Henri, roi de France, pour le prévenir de l’arrivée du Pontife, lui demander son agrément pour la dédicace que Léon devait faire, prier Sa Majesté d’honorer la cérémonie de sa présence, et d’ordonner aux prélats et aux seigneurs du royaume de s’y trouver. Le roi promit de souscrire aux demandes d'Hérimaire, à moins qu’il n’en fût empêché par quelque affaire importante. L'abbé de Saint-Remi alla ensuite prendre les ordres du Saint- Père, et se concerter avec lui sur le jour et l’ordre de la cérémonie. Léon Passura qu’il serait à Reims pour la Saint-Michel, 29 de septembre, et célébrerait ce jour-là une messe solennelle dans l’église cathédrale ; que le premier jour d'octobre il ferait l'élévation des reliques de saint Remi, la dédicace de son église le lendemain, et que les trois jours suivants seraient employés à la tenue du Concile qu’il avait arrêté pour ce moment.

Le seul mot de Concile répandit l'alarme chez les évêques simoniaques et les seigneurs qui avaient contracté des mariages incestueux; aussi ces prévaricateurs résolurent-ils de concert d'empêcher la tenue de celui que venait d'annoncer le souverain Pontife. Ils agirent en conséquence auprès du roi de France, lui représentèrent qu’en laissant toute latitude au Pape, dans ses Etats, il compromettait la dignité de sa couronne ; qu'après tout, une assemblée ecclésiastique pouvait bien avoir lieu en temps de paix; mais que le royaume étant en proie aux factions de seigneurs ambitieux et remuants, il était plus à propos de marcher contre les rebelles ; qu’au surplus, une expédition militaire étant arrêtée, il n’en devait point dispenser les abhés, qui possédaient la meilleure partie des biens du royaume ; qu’il fallait surtout y obliger l’abbé de Saint-Remi à qui ses richesses avaient inspiré tant d’orgueil, qu’il avait eu la prétention d'appeler le Pape pour faire la consécration de son église.

Le roi n’entrevoyant pas les motifs secrets qui inspiraient ses conseillers, crut devoir se ranger à leur avis. Il envoya donc Frolland, évêque de Senlis, dire au Pape que, obligé de marcher, avec tous les Prélats de son royaume, contre des vassaux rebelles, ni ces Prélats ni lui-même ne pourraient assister au Concile. Léon ne se laissa pas déconcerter par un tel contre-temps : il répondit à l’envoyé qu’il ne voulait en rien contrarier le roi de France ; mais que, de son côté, ilne pouvait manquer à une parole donnée ; qu’ilirait faire la dédicace de l’église de Saint-Remi, et que, s'il se rencontrait quelques Prélats dévoués aux intérêts de la religion, il tiendrait avec eux le Concile.

1. « Autrefois », dit le Père, « tous les évêques ne portaient pas la mitre, s'ils n'avaient un privilége

particulier du Pape à cet égard ». Dom Mabillon et d'autres disent la même chose. (Bergier, Dict, théol., art, mitre.)

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Le roi partit brusquement pour son expédition, et contraignit l’abbé de Saint-Remi de le suivre, comme pour le punir d’avoir attiré le Pape en France. Néanmoins il ne put se soustraire à cette influence surnaturelle qu’exerce sur les chrétiens la présence ou même seulement la pensée du voisinage de leur Pontife suprême ; il eut bientôt compris quelle inconvenance il y avait à éloigner l’abbé de Saint-Remi de son monastère, au moment où le Pape y arrivait, et, dès le second jour, il lui permit d’y retourner.

De son côté, le Pape, accompagné des archevêques de Trèves, de Lyon et de Besançon, se rendit à Saint-Remi, le jour de Saint-Michel, comme il l’avait indiqué, et remplit le programme des cérémonies précédemment arrêté entre Sa Sainteté et l’abbé du monastère. De l’abbaye, où il était descendu, il se rendit à la cathédrale de Reims. L’archevêque Vidon, environné de son clergé, l’attendait à la porte de la ville et le conduisit à la métropole. Léon y célébra pontificalement la messe, puis alla prendre son repas au palais archiépiscopal.

La nuit suivante, le Pape se rendit secrètement au monastère de Saint- Remi, pour y prendre.un bain, se faire raser et se mettre ainsi en état de faire plus décemment la translation des reliques de l’apôtre des Francs. Malgré l'expédition militaire, préparée exclusivement pour troubler cette fête, on vit s’effectuer alors le fait admirable qui se reproduisit lors de la douloureuse pérégrination imposée à Pie VI, de vénérable mémoire; les préoccupations politiques, la présence de troupes ennemies ne purent arrêéter l’élan des populations avides de voir, d'entendre et d’admirer la personne du Vicaire de Jésus-Christ. Une foule innombrable de peuple réunie, non-seulement de toutes les parties de la France, mais de l’Angleterre et d’autres pays voisins, s'était rendue à Reims et s’agitait pour satisfaire sa pieuse et filiale curiosité. Le Pape fut obligé de se montrer, à plusieurs reprises, des fenêtres de la maison qu’il occupait, et de là il exhortait le peuple qui ne s’écoulait qu'après avoir reçu sa bénédiction.

Le jour de la fête de saint Remi étant arrivé, le Pape, accompagné des archevêques de Reims, de Trèves, de Lyon et de Besançon, d'Hérimaire, abbé du lieu, de Hugues, abbé de Cluny, et de plusieurs autres Prélais, se rendit au tombeau de saint Remi, en leva la châsse et, après les prières convenables, la porta, sur ses épaules, dans l’oratoire de la Trinité.

Le lendemain matin, deuxième jour d’octobre, on reporta la châsse du Bienheureux, de la cathédrale où elle avait été apportée la veille, au monastère de Saint-Remi, en faisant processionnellement le tour de la ville. Afin d’abréger les cérémonies de la dédicace, qui sont fort longues, le Pape en partagea les diverses parties entre les évêques qui l’assistaient, et qui les accomplirent d’une manière simultanée. Alors il célébra la sainte messe et fit une exhortation au peuple qui se pressait, tant dans l’enceinte qu’aux alentours du temple nouvellement consacré.

Le souverain Pontife ordonna que l’anniversaire de cette solennité serait annuellement célébré dans le diocèse de Reims le 1° octobre ; puis il décida que, par privilége particulier, l'archevêque diocésain, l'abbé de Saint-Remi et sept prêtres spécialement désignés par la communauté, auraient seuls le droit de célébrer les saints mystères, à l’autel majeur de l’église conventuelle ; que, néanmoins, les chanoines de Reims jouiraient de cette faveur deux fois l’an, savoir : la seconde fête de Pâques et la veille de l’Ascension quand, selon la coutume, ils se rendraient en procession à l’abbaye. Les sept prêtres désignés, pour jouir du bénéfice de l’autel réservé par le Pape,

étaient distingués de leurs confrères par le titre de prêtres-cardinaux de Saint-Remi.

Le jour suivant, 3 octobre, Léon fit, dans l’église qu’il avait consacrée la veille, l'ouverture du Concile précédemment annoncé. Il s’y trouva vingt évêques, près de cinquante abbés et un grand nombre d’ecclésiastiques. Quand il fallut prendre rang, il s’éleva, malgré la présence du chef suprême, une grande dispute entre deux hauts personnages, pour un bien petit sujet : l’archevêque de Reims et celui de Trèves voulaient s’adjuger la première place, chacun d’eux prétendant posséder le titre de primat des Gaules : la pauvre humanité se retrouve partout! Le Pape, ayant à cœur d’éviter ce qui pourrait troubler la tenue du Concile, fit mettre les siéges en cercle afin que nul ne pôt se prévaloir de la première place.

Quand tout fut disposé, le Saint-Père, revêtu de ses habits pontificaux, précédé de la croix et de l’Evangile, sortit de la chapelle de la Trinité, alla prier devant l’autel, puis vint se placer au milieu du chœur, la face tournée vers le tombeau de saint Remi. Il avait, à sa droite, l’archevèque de Reims, et celui de Trèves à sa gauche. Pierre, diacre de l'Eglise romaine, ayant : fait faire silence de la part du Pape, se leva et proposa les articles qui feraient l’objet des délibérations du Concile, à savoir : la simonie, la possession, par les laïques, des charges ecclésiastiques et même des autels ; les redevances injustes exigées dans les parvis des églises ; l’immixtion des clercs dans les affaires séculières; les mariages incestueux ou adultérins. L’évêque de Langres fut accusé devant le Concile de simonie et d’autres crimes. L’archevêque de Besançon prit la parole pour sa défense ; mais saint Remi, en présence duquel se tenait ce Concile, fit le fnême miracle qu’il avait opéré autrefois en rendant muet un évêque arien dans un Concile ; car la voix manqua tout à coup à l’archevêque de Besançon; ce que voyant, l’archevêque de Lyon dit que l’évêque de Langres se reconnaissait coupable d’avoir vendu les ordres sacrés, mais qu’il niait les autres crimes dont on Paccusait. Comme il se faisait tard, le Pape remit le jugement au lendemain.

Alors l’archevêque de Besançon confessa le miracle qui s'était opéré en lui le jour précédent, lorsqu'il perdit tout à coup la parole, en voulant défendre une si mauvaise cause. Le Pape ne put retenir ses larmes ; il s’écria : « Saint Pierre vit encore ». Et se levant à l'instant avec tout le Concile, il alla se prosterner en prières devant le tombeau de ce Saint, en l’honneur duquel on chanta une antienne.

Les Pères de ce Concile tinrent trois sessions, à la fin desquelles ils rédigèrent douze canons contre les abbés qui leur avaient été signalés.

Dieu, qui avait autorisé la conduite du saint Pape par un miracle dans le Concile même, la confirma par des faits semblables après le Concile. Les deux hommes qui s’y étaient le plus opposés, Gebuin, évêque de Laon, et Hugues, seigneur de Braïine, périrent tous deux dans l’année même d’une mort ignominieuse. Le premier, qui avait donné au roi le funeste conseil d’une expédition militaire pour ne pas venir en la présence du Pape, périt hors de son diocèse, sous le coup de l’excommunication et abandonné de tout le monde. Le second, pour avoir menacé un ministre de Jésus-Christ de lui abattre la tête, eut lui-même la tête abattue d’un coup de sabre dans cette guerre ‘.

Hugues, évêque de Langres, qui avait été accusé de tant de crimes au Concile de Reims et excommunié pour s'être enfui du Concile, ne put se résoudre à porter le poids de cette excommunication. Il alla nu-pieds à

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