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Rome, confessa ses péchés au Pape et en reçut l’absolution. Il fit plus ; il se présenta, l'an 1050, au Concile de Latran, nu-pieds, les épaules découvertes et tenant dans ses mains des verges pour se frapper. Les Pères du Concile furent attendris à ce spectacle, et l’on assure que le Pape le rétablit dans l’épiscopat, au cas que son Eglise ou quelque autre voulût bien le recevoir ; mais Hugues ne songea qu’à expier ses péchés ; il se retira à Saint-Vannes de Verdun, dont Walleran, son frère, était abbé, y prit l’habit monastique et mourut quelque temps après dans de grands sentiments de pénitence. Il était habile, et, malgré les désordres dont il se rendit coupable, il avait du zèle contre les hérétiques. |
Le père Longueval a remarqué que, parmi les prières faites pour l’ouverture de la troisième session, on chanta le Vent Creator. C'est la première fois, dit-il, que je trouve mention de cette hymne. Puis il ajoute : L'auteur de la vie de saint Hugues, abbé de Cluny, assure que ce fut ce saint abbé qui, le premier, ordonna, pour son monastère, qu’on la chantât à Tierce le jour de la Pentecôte *.
Le Pape se rendit de Reims à Verdun, pour y faire la dédicace de l’église de Sainte-Madeleine, puis à Metz où, pour satisfaire au désir de Warin, abbé de Saint-Arnoul, il consacra l’église du monastère que ce religieux venait d'achever. Léon y laissa, en présent, une chape précieuse envoyée au pape Jean XIX par la reine Gisla, épouse d’Etienne, roi de Hongrie, comme le marquait une inscription attachée au revers de cette chape, conservée jusqu’au temps de Dom Calmet qui l’a vue. De plus, et entre autres priviléges, le Pape accorda, à l’abbé Warin et à ses successeurs, Pusage des sandales et de la dalmatique, quand ïls officieraient dans les principales solennités ?. On sait que les sandales sont la chaussure du Pape et des évêques quand ils officient ; elles étaient d’ailleurs aussi celle des prétres, à la richesse près. Quant à la dalmatique, devenue le vêtement ordipaire des diacres, elle était primitivement réservée à ceux de l’Eglise romaine à l’exclusion de tous autres *. Le pape Sylvestre est dit en avoir introduit, le premier, l’usage dans l'Eglise. Le pape Zacharie la portait d'ordinaire sous sa chasuble et, jusqu’à la fin du xr° siècle, les évêques de France n’en usaient que par permission spéciale du souverain Pontife qui ne l’accordait qu'avec beaucoup de réserve.
De Metz, l’infatigable Léon IX alla à Mayence où il tint un Concile. L'empereur Henri le Noir y assista, ainsi que près de quarante évêques des différentes parties de l'Allemagne. On y défendit la simonie et le mariage des prêtres. Sibichon, évêque de Spire, s’y étant vu accusé de plusieurs fautes considérables, dont malheureusement il était coupable, eut néanmoins la témérité de vouloir s’en purger par l'épreuve du corps et du sang de Jésus-Christ; mais, en punition d’un tel sacrilége, sa mâchoire fut soudain paralysée et demeura telle jusqu’à la mort de l’infortuné prélat.
Le Pape reprit le chemin de l'Italie s’occupant sans cesse, par la tenue de Conciles, de la répression des désordres et des abus. C’est ainsi qu’à Siponte, ancienne ville de lApulie, sur la côte de la mer Adriatique, il déposa, dans une assemblée de Prélats, deux archevêques reconnus coupables du crime de simonie #,
Rentré à Rome, il y tint, dans l’église de Latran, le Concile qu'il avait indiqué pour le mois d’avril 4050. On y traita de plusieurs points de disci-
1. Hist. de l'Eglise gallicane, iv. xx, t. var, p. 262. 2. Trévoux, t. 1V, col. 1764. — 8. Ibid., &, 11, col. 480. à, Dict. des Conciles, t. 11, col. 877, édit. Migne.
pline ecclésiastique et l’on y examina la conduite de plusieurs évêques. On y condamna, surtout, les erreurs de Bérenger, qui niait la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Mais l’un des actes de ce Concile, le plus solennel et le plus intéressant pour l'Eglise de Toul, ce fut la canonisation de saint Gérard par son successeur Léon. Tous les évêques et les abbés présentis au Concile signèrent la bulle que donna le Pape à cette occasion et dans laquelle, après avoir déclaré que la fête de saint Gérard serait désormais célébrée dans l’Église, le 23 avril, il exprime le désir de faire lui-même la translation des reliques de son Bienheureux prédécesseur.
Léon vint en effet une seconde fois à Toul, pour y accomplir cet acte de fraternelle piété. A l’occasion de cette cérémonie, il accorda à Dodon, abbé de Saint-Mansuy, une bulle par laquelle il le confirme dans la possession des biens de ce monastère. Cette bulle est datée du 22 octobre 1050, la deuxième année du Pontificat de Léon IX et la vingt-sixième de son épiscopat; ce qui montre qu'il conservait encore le titre de premier pasteur de l’église de Toul.
Vers le commencement de l’année suivante (1051), Léon partit de Toul, pour retourner à Rome où il arriva avant Pâques. Il passa à Augsbourg, avec l’empereur, la fête de la Purification. C’est là qu'il fit une prédiction remarquable. |
Il avait beaucoup à lutter contre les envahisseurs des biens de l’Eglise romaine, principalement contre Hunfroi, archevêque de l'Eglise de Ravenne, enflé de l'esprit d’orgueil et de rébellion ; plusieurs courtisans le favorisaient, envieux de la gloire du Pape. Le chef de la discorde était Nizon, évêque de Freisingen, que la puissance divine punit de la manière suivante. Envoyé en Italie pour y porter les réponses de l’empereur, il vint à Ravenne, et, en faveur de l'archevêque, dit des paroles insolentes contre le saint Pape, jusqu’à proférer ce blasphème en portant son doigt sur sa gorge : « Je veux que cette gorge soit tranchée par le glaive si je ne le fais pas déposer de l’honneur de Vapostolat ! » A l'instant même il fut saisi à la gorge d’une douleur intolérable et mourut impénitent le troisième jour. L’archevêque de Ravenne, à cause de son incorrigible présomption, fut anathématisé par le saint Pape au Concile de Verceil. Il fut donc mandé à Augsbourg par ordre de l’empereur, obligé de rendre ce qu’il avait injustement usurpé et de demander Pabsolution. Comme il était prosterné aux pieds du Saint et que tous les évêques présents intercédaient pour lui, le Pape dit : « Que Dieu lui donne labsolution de tous ses péchés selon sa dévotion ! » L’archevêque se leva avec un ris moqueur, et le saint Pape, fondant en larmes, dit tout bas à ceux qui étaient proches : « Hélas ! ce misérable est mort! » Et, de fait, aussitôt il fut attaqué d’une maladie, et, à peine arrivé à Ravenne, il perdit et la vie et la dignité dont il était si fier ?,
Après son retour à Rome, saint Léon tint, dans la capitale du monde chrétien, un Concile dans lequel fut déposé, pour fautes considérables, Grégoire, évêque de Verceil. Le Pontife, rempli de zèle pour le maintien de l’ordre et le respect des bonnes mœurs, prit, dans cette assemblée, des mesures répressives des désordres qu’occasionnaient, dans Rome, les femmes publiques et les scandales qu'elles y donnaient. Il y préconisa pour le remplacer, comme évêque de sa chère Eglise de Toul, Udon qui en était le primicier et transmit à Frédéric, frère de Godefroy, duc de la Basse-Lorraine, la charge de chancelier qu'Udon avait jusqu'alors exercée. Léon passa le reste de cette année à visiter les églises et les monastères de l'Italie, pour y réta-
1. Inventaire du titre de la cathédrale de Toul. —- 2. Vita S. Leon., 1. 11, c. 7.
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blir la discipline et y régler les affaires comme s’il en eût été spécialement chargé.
1 Pape saint Léon IX fit, en l’an 1052, un troisième et dernier voyage en Allemagne pour négocier la paix entre l’empereur et André, roi de Hongrie. Comme André n’avait pas voulu souscrire à toutes les conditions, l’empereur, irrité, assiégea Presbourg avec une puissante armée. Les assiégés, soutenus de Dieu, qu’ils invoquaient dans leur détresse, se défendirent si bien que l’empereur fit de vains efforts pour prendre leur ville. Cependant le roi André avait imploré la médiation du Pape, promettant de payer à l’empereur le même tribut que ses prédécesseurs, pourvu que l’on pardonnât le passé. Le Pape, étant arrivé à Presbourg, trouva l’empereur personnellement disposé à la paix ; mais quelques courtisans, jaloux du crédit et des succès du saint Pontife, en détournèrent ce prince, qui, dans l’intervalle, fut obligé de lever le siége. Alors le roi André devint à son tour plus difficile ; le Pape le menaça de l’excommunication et lui envoya saint Hugues, abbé de Cluny, qui conclut enfin la paix, mais à des conditions beaucoup moins avantageuses pour l’empire que les premières t.
Se trouvant à Worms avec l’empereur, le Pape le pressa de restituer au Saint-Siége l’abbaye de Fulde et quelques autres lieux qui, d’après le vœu des fondateurs, appartenaient à l'Eglise romaine. L'empereur n’y consentit que quand le Pape se montra disposé à faire un échange. Le Pape céda donc à l’empereur l’évêché de Bamberg et l’abbaye de Fulde contre le duché de Bénévent et quelques autres lieux d'Italie. Toutefois Bamberg devait chaque année payer au Saint-Siége une haquenée ou bien douze livres d'argent. Mais, pour défendre Bénévent contre les Normands d'Italie, l’empereur accorda au Pape quelques troupes allemandes, avec lesquelles celui-ci espérait mettre un terme aux déprédations des Normands dans la Pouille. Ces troupes se mettaient déjà en marche lorsque l’empereur, d’après les conseils de Guebhard, évêque d’Eichstædt, rappela ses chevaliers, en sorte qu’il n’en resta auprès du Pape qu'environ trois cents, la plupart de ses parents ou vassaux de ses parents. Il avait compté, par la vue seule d’une armée nombreuse, ramener les Normands à la raison sans aucune effusion de sang ; cette espérance était évanouie par la mesquinerie de l’empereur et de son conseil. Dans des occasions tout à fait semblables, Pépin et Charlemagne conduisaient eux-mêmes les Français au service de saint Pierre et à la défense de son Eglise. Jamais les empereurs allemands n’ont rien compris à cette magnanimité chrétienne de Pépin et de Charlemagne, lors même qu’il s'agissait d’un Pape de leur nation et de leur famille.
Cest dans ces circonstances que le pape saint Léon IX quitta le pays de ses pères, qu'il ne devait plus revoir, et s’en retourna en Italie par Padoue, où il eut quelque consolation.
Il n’en fut pas de même à Mantoue. Y étant arrivé pour la Quinquagésime de l’an 1053, il voulut tenir un Concile ; mais il fut troublé par la faction de quelques évêques qui craignaient sa juste sévérité ; car leurs domestiques vinrent insulter ceux du Pape, qui se croyaient en sûreté étant devant l’église où se tenait le Concile, en sorte que le Pape fut obligé de se lever et de sortir devant la porte pour faire cesser le bruit. Mais, sans respecter sa présence, ils s’opiniâtraient de plus en plus à poursuivre à main armée ses gens désarmés et à les arracher de la porte de l’église où ils voulaient se sauver, en sorte que les flèches et les pierres volaient autour de la tête du Pape et que quelques-uns furent blessés en voulant se cacher sous