‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 268 sur 339 · Pagi, ann, 1052, n. 1 et 2; Herm. Hildeb. Wib · texte numérisé non relu

Pagi, ann, 1052, n. 1 et 2; Herm. Hildeb. Wib

son manteau. On eut tant de peine à apaiser ce tumulte qu'il fallut abandonner le Concile, et le lendemain, comme on devait examiner les auteurs de la sédition pour les juger sévèrement, le saint Pape leur pardonna, de peur qu'il ne parût agir par vengeance ‘. Ces basses violences des évêques coupables montrent combien le mal était grand et quels efforts prodigieux il fallait encore pour le déraciner.

A peine arrivé à Rome, saint Léon marcha de sa personne contre les Normands. Voici quelle fut la cause de cette expédition militaire, dont l'issue fut malheureuse.

Quarante pèlerins normands, revenant de la Terre-Sainte, avaient abordé à Salerne, située sur le port de ce nom, au royaume de Naples, dans le temps que cette ville était serrée de très-près par les Sarrasins qui en faisaient le siége. Ces pèlerins, gens de cœur et de main, quittèrent leurs bourdons pour prendre les armes et donnèrent sur l’ennemi avec tant de résolution et de succès, qu’ils le forcèrent à lâcher prise et à se retirer. Les assiégés ne surent quels éloges donner à leurs libérateurs, ni quels moyens employer pour les retenir en Italie. Ils leur offrirent les plus belles productions du pays, avec prière de les porter à leurs compatriotes, afin d'engager ceux-ci à venir s'établir dans une région si belle et si fortunée. L’espérance de la gloire et du butin toucha les Normands, bien plus encore que la beauté des fruits qu’on leur avait montrés, mais qu’ils jugeaient néanmoiïns préférables de beaucoup à ceux qu’ils récoltaient en leur province. Plusieurs d’entre eux allèrent donc chercher fortune en Italie, sous la conduite du comte Rodolfe et ensuite du fameux Robert Guiscard. La valeur, chez eux, suppléant au nombre, ils firent des exploits qui surpassèrent leur réputation et, en peu de temps, ils eurent délivré l'Italie du joug des Grecs et des Sarrasins; mais ce fut pour lui en imposer un autre qu’elle ne put secouer.

Ces Normands, renforcés par de nouvelles colonies de leurs compatriotes, n’ayant plus d’ennemis à piller en Italie, pillèrent l'Italie elle-même, sans épargner les églises et les monastères, puis songèrent à s’élablir, par droit de conquête, dans la plus belle province de ce charmant pays. Les Italiens n'avaient pas prétendu acheter, à ce prix, les services des Normands ; ils allaient subir le sort du cheval, ayant imploré le secours de l’homme pour se venger du cerf : alors ils se plaignirent à Léon IX ; et de fait le brigandage de leurs précédents libérateurs était poussé à un tel excès, qu'il faisait regretter le joug des Grecs et des Sarrasins. Le Souverain Pontife épuisa, sans succès, tous les moyens dont il pouvait disposer, sans omettre l’excommunication, dont ces Normands effrénés parurent très-peu s'inquiéter; ce fut alors qu'il prit le parti de marcher contre eux avec une armée composée d’Allemands et d'Italiens ?.

C’est ici * une de ces démarches qui ont attiré à Léon IX le reproche de suivre quelquefois les mouvements trop impétueux de son zèle. Mais si l’on veut se reporter à des temps si différents du nôtre, où les Prélats devenus grands vassaux des empereurs ou des rois, n’étonnaient point les peuples en marchant à la guerre, on jugera plus sainement de la conduite de Léon. Prince temporel lui-même, ne devait-il pas protéger et défendre ses sujets et ses alliés contre la fureur et les ravages des Normands ? À peine adjudant dans la milice du cloître (il était diacre alors) n'avait-il pas paru dans la milice des camps de la Lombardie avec le grade

AmVita S. Leon:, À 11, C4, n. 21.

2. Longueval, t. vit, p. 302. — 3. Béraut-Bercastel, Æist. de l'Eglise, édit. de 1830, t. v, p. 276.

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