AYRIL
de commandant en chef, aux applaudissements des généraux les plus expérimentés ; et les succès prématurés qu’il avait obtenus n'étaient-ils pas suffisants pour lui en faire espérer de nouveaux et de plus complets ? On ne peut, du moins, accuser ses intentions ; la lettre qu’il écrivit à l’occasion de cette guerre, à Constantin Monomaque, empereur de Constantinople, prouve qu’elles étaient tout à fait pures et droites : « En voyant », dit le Pape, « la nation des Normands s'élever avec une impiété plus que païenne contre l'Eglise de Dieu, tourmenter et massacrer les chrétiens, n’épargner ni l’âge le plus tendre, ni le sexe le plus faible; ne mettre aucune différence entre le sacré et le profane, dépouiller les églises, les abattre et les brûler, j’ai cru que la sollicitude qui doit me faire veiller au bien de toutes ces églises, m’engageait à m’opposer à ces maux. J’en ai repris les auteurs; je les ai priés, conjurés et avertis ; mais tout a été inutile. C'est pourquoi j'ai jugé qu'il fallait faire craindre la vengeance des hommes à ceux qui ne craignent pas celle de Dieu ; non que je veuille la mort d’aucun Normand ou de quelque autre; je ne cherche qu’à réprimer, par la terreur des armes, ceux que la crainte des jugements de Dieu n’arrête point ».
Si Pierre Damien, ordinairement respectueux à l'égard des souverains Pontifes, n’approuva point l’expédition de Léon IX, l'Eglise universelle pensa autrement que lui ; du reste on doit oublier les doléances de ce pieux solitaire et les lui pardonner. Il poursuivait alors, par ses discours et par ses écrits, ces évêques allemands et français qui ne se faisaient aucun scrupule de prendre le casque et de revêtir la cuirasse : dans l’ardeur de son zèle, il a laissé courir sa plume et dépassé les bornes. Léon IX, d’ailleurs, n’imita point ces Prélats en costume guerrier : il réunit aux siennes, les troupes que lui avait envoyées l’empereur d'Allemagne ; et s’il crut devoir les accompagner, il est sûr qu’il n’était pas présent au combat, ce qui peut très-bien en avoir compromis le succès. Il est fort probable que, s’il eût réussi dans son entreprise, on ne lui en eût pas fait plus de crime qu’on n’en fit à Jean X, loué généralement pour avoir chassé les Sarrasins du poste qu'ils occupaient sur le Garillan.
La bataille se donna le 18 juin 1053, près de Dragonara. D'un côté se trouvaient les chevaliers allemands venus de la Souabe, mais qui, d’après les Normands eux-mêmes, ne dépassaient pas sept cents, sous le commandement de deux ducs; à côté d’eux une multitude considérable de Lombards et d’autres Italiens, sous le commandement de trois comtes. De l’autre part trois mille cavaliers normands et quelques fantassins, sous les ordres de trois chefs, le comte Onfroi, son jeune frère Robert Guiscard, nouvellement arrivé, et Richard, comte d’Averse. Richard devait attaquer les Italiens, Onfroi les Allemands, et Robert le soutenir avec la réserve. Richard, qui commença le combat, mit les Italiens en fuite sans beaucoup de peine ; mais Onfroi trouva d’autres hommes dans les Allemands. Le combat fut meurtrier. Robert, venu au secours de son frère, fut renversé de cheval jusqu’à trois fois. La victoire était encore indécise lorsque Richard, revenu de la poursuite des Italiens, fond sur les Allemands d’un autre côté. Les Allemands ne cédèrent pas pour cela et moururent l’épée à la main jusqu’au dernier, Si l’empereur les avait laissés venir en nombre, la victoire eût été à eux.
Couverts de poussière et de sang, et furieux d’une victoire si chèrement achetée, les Normands coururent à Civitella pour achever la victoire par la prise du Pape. C'était une ville à plus d’une lieue de Dragonara, où le Pape
s'était retiré avec son clergé, en attendant l’issue de la bataille. À l’approche des Normands, les habitants montèrent sur les murailles pour les repousser ; mais les Normands mirent le feu aux chaumières d’alentour pour contraindre les habitants, par la fumée, à quitter les murailles. Déjà les habitants, obligés de reculer et se croyant perdus, pliaient la chapelle et les bagages du Pape et demandaient en tumulte qu’il se rendit, à travers la porte en feu, parmi les assaillants, et qu’il se livrât au pouvoir de ses ennemis. Le Pape commanda de porter la croix devant lui pour aller essuyer lui-même la fureur des ennemis, lorsque tout d’un coup le vent tourna et poussa le feu contre les Normands, qui furent ainsi contraints d’abandonner l’assaut. Le lendemain matin, le Pape envoya des messagers au camp des Normands pour exhorter les comtes à considérer avec repentir ce qu’ils avaient fait et à penser à leur salut. Si c'était lui qu’ils cherchaient, il était prêt ; il ne craignait personne, et sa vie ne lui était pas plus chère que la vie des hommes qu'ils avaient tués. Les Normands, dont la fureur faisait insensiblement place à la vénération pour le chef de l'Eglise, répondirent humblement que, s’il leur était possible d’offrir au Pape une digne satisfaction, ils subiraient volontiers la pénitence qu’il lui plairait de leur prescrire. Le Pape ordonna d'ouvrir les portes de la ville, délia les Normands de l’excommunication et se rendit au milieu d’eux. A la vue du saint Pontife, qui les avait toujours traités avec la plus grande mansuétude et dont les vertus brillaient d’un nouvel éclat dans le malheur, ces guerriers naguère si fiers se jetèrent à terre en pleurant. Vêtus de leurs habits de triomphe et de fête, plusieurs se traînèrent à genoux jusqu’à ses pieds pour recevoir sa bénédiction et entendre les paroles qu’il leur adressait. Sans aucune amertume dans le cœur pour laffliction qu’ils lui avaient causée, et avec la simplicité de la colombe, le Pape s'arrêta au milieu d’eux, leur recommanda de faire de dignes fruits de pénitence, et les congédia en leur donnant sa bénédiction et après avoir reçu d’eux le serment qu'ils seraient ses fidèles vassaux à la place des chevaliers qu’ils avaient tués.
La plupart d’entre eux s’empressèrent de se rendre de nouveau maîtres des villes qui les avaïent expulsés pendant l'insurrection ; mais le comte Onfroi, le plus doux des fils de Tancrède après Drogon, demeura auprès du Pape pour lui servir de sauvegarde, et promit, quand il voudrait retourner à Rome, de l’accompagner jusqu’à Capoue. Le Pape se rendit alors sur le champ de bataille, où gisaient un si grand nombre de ses amis et de ses parents. Quand il vit leurs cadavres mutilés, il fut saisi d’une affliction extrême, les appelait en pleurant par leurs noms et souhaitait d’être mort avec eux; mais quand il observa que les corps des siens étaient intacts et ceux des Normands entamés par les bêtes sauvages, il y vit une assurance de leur salut éternel et une consolation pour lui. Il passa deux jours sur le champ de bataille, à jeüner et à prier, et, par les mains des Normands euxmêmes, fit enterrer les corps dans une égiise voisine, qui avait été détruite depuis longtemps, et y célébra lui-même l'office des morts. Ensuite, accompagné d’Onfroi, il se rendit à Bénévent, où il arriva la veille de la Saint-Jean-Baptiste, non sans quelque crainte que les habitants ne voulussent profiter du malheur des circonstances ; mais ce malheur même avait touché leurs cœurs. Jeunes et vieux, hommes et femmes allèrent à sa rencontre bien loin de la ville, et attendaient son arrivée au milieu des gémissements et des larmes; mais quand ils aperçurent ce cortége, d’abord les clercs et les évêques, s’avançant avec toutes les marques du deuil et de l’affliction, enfin le saint Pape, qui, avec une résignation chrétienne et des
regards affectueux, leva sa main au ciel pour bénir ceux qui l’attendaient, alors pas un ne put retenir ses larmes ; de toutes parts on entendait des gémissements et des sanglots. Cependant nul n’était plus profondément affligé que le Pape; chaque jour il disait la messe pour les âmes des défunts, jusqu’à ce qu’une vision lui ordonna de ne plus prier pour ces morts, mais de les tenir au nombre des Bienheureux. Ils apparurent aussi à beaucoup de personnes et leur recommandèrent de ne point les pleurer, puisqu'ils avaient part à la gloire des martyrs. Les Normands eux-mêmes bâtirent une belle basilique sur leurs tombeaux, où il s’opéra plusieurs miracles, et, ce que la puissance de leurs adversaires n’avait pu obtenir, la victoire si chèrement achetée l’effectua : ils traitèrent avec plus d'humanité les vaincus et gardèrent au Pape, jusqu’à sa mort, la fidélité qu'ils lui avaient jurée.
Captif des Normands, le saint pape Léon passa à Bénévent le reste de l’année 4053 et le commencement de l’année suivante, continuellement occupé de prières et de mortifications. Au commencement de l’année 1054, il se sentit attaqué d’une maladie, plutôt de faiblesse que de douleur, mais qui lui ayant enlevé le goût de toute nourriture, le réduisit à ne plus prendre que de l’eau. Il ne laissa pas de célébrer l’anniversaire de son ordination, le 12 de février, qu’il dit encore la sainte messe, mais pour la dernière fois. Pressentant sa fin prochaine, il se fit porter, en litière, de Bénévent à Rome, où beaucoup de Normands voulurent l’accompagner, tant par honneur pour sa personne que pour satisfaire leur dévotion. La maladie, ne faisant qu'augmenter, le contraignit de s’arrêter à Capoue et d’y séjourner pendant douze jours; il ne rentra dans Rome que le 17 avril‘.
Rien de plus édifiant que le récit fait par un témoin oculaire, des circonstances de la mort de ce saint Pape. A peine arrivé dans son palais, il fit appeler plusieurs évêques, qui étaient à Rome, et leur dit : « Mes frères, mes enfants et les enfants de notre Mère la sainte Eglise, c’est à vous que le Seigneur a confié le gouvernement de son Eglise avec le pouvoir de lier et de délier. Cest pourquoi je vous conjure de veiller avec soin sur votre troupeau et de défendre vos ouailles contre les embüûches des loups. Quelle excuse pourrez-vous apporter, si vous laissez périr la brebis que le Seigneur n’a pas dédaigné de porter sur ses épaules? Je me recommande à vos prières, ma mort n’est pas éloignée. Souffrez-moi encore trois jours et vous verrez la vérité de ce que je vous dis ».
Le lendemain matin, il fit porter à Saint-Pierre le cercueil qu'il s'était préparé, ensuite il demanda qu’on l’y transportât lui-même. Il y adressa une touchante allocution aux assistants, puis, arrêtant ses yeux sur la croix, il pria pour eux et leur donna l’absolution. Il pria aussi pour l'Eglise et particulièrement pour la conversion des simoniaques. Il sembla que le zèle qu’il avait toujours déployé, pour l’extirpation de la simonie, acquérait à ce moment une ardeur nouvelle. Après une heure de silencieuse méditation et d'entretien avec le Seigneur, élevant la voix, il dit : « Grand Dieu, rédempteur du genre humain, qui, par la prière de vos apôtres Pierre et Paul, avez précipité Simon le Magicien, daignez m’exaucer comme vous les avez exaucés; convertissez Théophilacte, Grégoire et Pierre qui ont établi la simonie presque dans tout le monde chrétien. Faites-leur la grâce de reconnaître leurs égarements et de rentrer dans la voie de la vérité; car vous avez dit que vous ne vouliez pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive. Vous donc, Seigneur, qui avez changé Paul le
1. Un historien a remarqué que le jour de la rentrée du Pape à Rome est celui äu Bon-Pasteur, et que c'est du texte de l'Evangile de ce jour que Léon tira le sujet de l'allocution dont il va être parlé.
persécuteur, changez ceux dont je parle, afin qu'ils vous connaissent et vous glorifient ». Ce Théophilacte, dont Léon demandait la conversion, était Benoît IX qui avait usurpé le Saint-Siége, d’où il avait été chassé, et qui se donnait alors quelque mouvement pour y remonter. Grégoire et Pierre pouvaient être des officiers ou des Prélats de la cour de Benoît IX.
. Le soir étant venu, il ordonna qu’on le menât à l'endroit de l’église qu'il avait marqué pour sa sépulture. A la vue du tombeau qu’il avait fait disposer, il dit: « Voyez, mes frères, combien vile et petite est la demeure qui m'attend, après tant de biens et d’honneurs. Voilà tout ce qui m’en reste sur la terre. Mais je crois que mon Rédempteur vit, que je ressusciterai au dernier jour, et que je verrai mon Seigneur et mon Dieu dans ma chair ».
Le 19, au matin, il reçut l’Extrême-Onction et se fit présenter devant l'autel de Saint-Pierre où, pendant une heure, il pria la face contre terre. S’étant ensuite fait remettre sur son lit, il entendit la messe, reçut le saint Viatique des mains de l’évêque célébrant ; puis, ayant demandé aux assistants quelques instants de silence, comme pour reposer, il rendit le dernier soupir. Ainsi mourut cet illustre Pontife, le 149 avril de l’an 1034, à l’âge de cinquante et un ans, vingt-huit jours, après vingt-huit ans d’épiscopat et cinq ans, deux mois et neuf jours d’un pontificat dont tous les moments furent employés à l’extirpation des vices qui déshonoraient le sanctuaire. Ses vertus et les miracles qu’il opéra pendant sa vie et après sa mort l’ont fait mettre au nombre des Saints.
Ce qui contribua beaucoup à la gloire du pontificat de Léon IX, c’est qu'il sut connaître, s'attacher et conserver des hommes de mérite et de dévouement, comme le cardinal Humbert, Hildebrand et Pierre Damien ; car le grand art de gouverner, c’est de savoir choisir des hommes avec qui l’on veut partager l’administration des affaires, puis de les encourager en les traitant avec les égards qui sont la première et la plus douce récompense de leur abnégation et de leurs travaux.
On représente saint Léon IX : 1° Enlevant un lépreux sur ses épaules et le transportant sur son propre lit. On raconte, en effet, que pendant son séjour à Bénévent, comme il traversait son palais en priant, il aperçut dans un coin un lépreux, dont les plaies hideuses, perçaient à travers ses haïllons. L’infortuné était resté là ne pouvant aller plus loin; à peine bégayait-il quelques mots. Aussitôt le Pape se mit à genoux auprès de lui et le consola jusqu’au moment où le dernier de ses domestiques se fut retiré. Alors ii prit le lépreux sur ses épaules, le porta dans le lit de parade qui était préparé pour lui, mais où il ne montait jamais, et continua la récitation de son psautier. Lorsqu’enfin il voulut se coucher sur son tapis étendu par terre et son oreiller de pierre, le lépreux avait disparu. Il réveilla son domestique : celui-ci chercha vainement dans tout le palais, dont les portes étaient bien fermées. Le lendemain, le Pape, qui avait eu quelque révélation à cet égard, défendit sévèrement à son domestique de rien dire de cet événement pendant sa vie ; 2° On le peint encore bénissant de loin une église, car on rapporte que voyageant en Allemagne, les fondateurs d’une église, près de Spire, le prièrent de s'arrêter pour la consacrer. Le saint Pape, pressé dans sa marche, la bénit de loin; comme on insistait, il assura aux solliciteurs qu’on n’avait pas besoin de lui, puisque l’église était consacrée ; ceux-ci allèrent voir par curiosité et trouvèrent en effet les marques ordinaires de la consécration des églises : croix sur les murs, alphabets tracés sur la cendre, etc.
CULTE, RELIQUES, MONUMENTS, ÉCRITS, LA ROSE D'OR. DEUX CONTEMPORAINS DE LÉON IX : BERENGER ET LANFRANC.
La ville de Bénévent — que saint Léon avait acquise au Saint-Siége en l’échangeant contre l'abbaye de Fulde et l'évêché de Bamberg — bâtit dans son enceinte et fort peu de temps après is mort du saint Pape, une église en son honneur, et l’évêque Waldéric, qui l'avait connu, institua sa fête pour être célébrée le 19 avril. De l'Italie, le culte de saint Léon passa bientôt en France, surtout à Toul et à Reims, puis en Allemagne, au moins dans les églises qui bordent le Rhin.
Lutulphe, doyen de la cathédrale de Toul, élevé à l’école épiscopale de cette ville, du vivant de Léon IX, voulut honorer la mémoire de ce grand pape, en édifiant, non loin de la basilique commencée par saint Gérard, une autre église qui serait consacrée soûs son nom. Ce dessein fut exécuté presque aussitôt que conçu, et, dès l’an 1091, la ville de Toul fut dotée d’un nouveau temple portant le titre de Saint-Léon. Lutulphe songea aussi à le confier aux soins d’ecclésiastiques édifiants. 11 jeta les yeux sur la communauté bénédictine de Saint-Mont, dont les membres vivaient dans une régularité telle, qu’ils jouissaient de l’estime et de la vénération du clergé.
L'abbaye de Saint-Léon fut primitivement bâtie hors des murs de la ville de Toul, sur un fond de terre appartenant à l'évêque ; mais ayant été ruinée durant la guerre qui s’alluma entre Charles IT, duc de Lorraine, Edouard, marquis de Pont-à-Mousson et les bourgeois de Toul, ces derniers procurèrent, dans l'enceinte de leur cité, aux religieux dépossédés, un établissement dans lequel ils vinrent se fixer et transférer l’abbaye en 4418.
Lorsque la Révolution eut dispersé les religieux et dépeuplé les monastères, celui dont nous parlons fut affecté, par la ville de Toul, à l’établissement d’un collége communal qui subsiste encore, et le saint Pape, qui avait illustré et tant aimé sa chère Eglise de Toul, n’eut plus, dans son ancien diocèse, un seul monument public pour en perpétuer la mémoire. Mais voici qu'après soixante ans d’un oubli en quelque sorte forcé, un excellent prêtre, M. l’abbé Noël, ancien vicaire de la cathédrale de Nancy, chargé par l'autorité diocésaine de former, dans le faubourg Stanislas de la ville épiscopale, sur la route de Toul, une paroisse que réclamaient impérieusement les besoins spirituels d’une population grossissant chaque jour, voici que M. l’abbé Noël a conçu l’heureuse idée de ressusciter le souvenir de l’illustre Pontife et de lui faire, en quelque sorte, amende honorable en plaçant, sous son patronage, la magnifique église qu'il a élevée et décorée comme par enchantement, et en en surmontant le fronton de la statue de saint Léon, évêque de Toul, pape de Rome, l’une des gloires les plus radieuses et l’un des plus insignes bienfaiteurs du pays.
Nous n’omettrons pas de dire que, lors d’une de ses visites pastorales dans l'arrondissement de Sarrebourg, Mgr de Forbin-Janson avait formé le projet de construire, sur le plateau du rocher où gisaient, depuis deux siècles, les ruines de l’ancien château de Dachsbourg, appartenant aux parents de Léon IX, une chapelle qui rappelât le souvenir du saint Pontife, en même temps que les fidèles y invoqueraient son assistance.
Les événements de 1830 ne permirent pas à l'évêque de Nancy-Toul de réaliser, comme il l’eût voulu, sa pieuse pensée. Mais M. l'abbé Klein, curé de la paroisse de Dabo, avec un zèle plein de désintéressement, a su accomplir le vœu de son évêque fugitif. Et l’on peut voir, depuis des années déjà, le modeste sanctuaire qui a comme préludé à celui que nous venons de signaler, et dans lequel saint Léon revit en quelque sorte, et intercède la bonté de Dieu pour ses anciens diocésains et aussi pour les Alsaciens ses compatriotes.
Les reliques de saint Léon reposent dans l'église de Saint-Pierre, à Rome, sous l’autel de saint Martial. Un de ses bras a été apporté dans l’église de Sainte-Croix, de Woffenheim, et son crâne dans l’église de Lucelle, en Alsace.
Il en existe aussi de légères parcelles à la cathédrale de Toul, dans la chapelle du saint Pape, élevée sur le sommet de la montagne de Dabo, et dans la nouvelle église paroissiale placée sous le vocable de saint Léon de Toul, qui s'achève en ce moment au faubourg Stanislas, de Nancy.
Monuments. — 49 La demeure ordinaire du comte Hugues, père de saint Léon, était le château d'Eguisheim, en Alsace, et celui de Dabo, autrefois Dagsbourg, dans les Vosges, entre Phalsbourg et Saverne. Ce dernier, dont on voit encore les ruines, fut démoli par les ordres de Louis XIV en 1678, pour des travaux de fortification : sur l'emplacement on a élevé, comme nous venons de le dire, une petite chapelle en l’honneur de notre saint Pontife. La petite ville.de Dabo circule autour de la montagne de difficile accès, où ce château était perché comme un nid d’aigle. Il y a près de Dabo une colline encore appelée Léonsberg, du nom de notre Saint; on y voit aussi une petite chapelle dédiée sous son invocation et dans laquelle on croit qu’il fut baptisé.
29 Parmi les fondations de saint Léon ou de sa famille, on remarque surtout les suivantes : le
prieuré de Saint-Quirin, qui doit son nom à des reliques de ce martyr apportées de Rome par ne sœur de notre saint Pape ; — l’abbaye de Hesse entre Dabo et Sarrebourg, dont Serberge, nièce du pontife, fut la première abhesse ; — le monastère d’Altorf, à deux lieues au midi de Molsheim ; il y consacra l’autel et la chapelle dédiée à saint Etienne, et fit don à l’église d'un bras de saint Cyriaque, qui en devint dès lors le patron.
Mais la haute Alsace reçut des marques particulières de sa générosité : il abandonna au monastère de Woffenheim ou Sainte-Croix en Plaine, situé à deux lieues au sud de Colmar, plusieurs de ses domaines, et lui fit don d'une magnifique particule de la vraie croix, qu’il plaça dans l’église consacrée de ses propres mains.
Cette particule de la vraie croix fut une des plus considérables qu'on eût vues jusqu'alors en Alsace ; de là les nombreux pèlerinages que les fidèles firent à l’église qui la possédait.
Les habitants des villages de Woffenheim, de Blienschwiller et de Dingsheim quittèrent peu à peu leurs anciennes demeures, et s'établirent autour du monastère, qui prit dès lors le nom de Sainte-Croix, et donna naissance à une petite ville adjacente du même nom.
Ce monastère fut converti, en 1461, en chapitre de chanoines réguliers de Saint-Augustin, et, en 1524, il fut supprimé ; l’église devint la paroisse du lieu. On voyait encore, avant la Révolution, près de Sainte-Croix, une petite chapelle près de laquelle demeurait un ermite, et qui était l’ancienne église de Dingsheim.
C’est à Woffenheim que prit naissance la Rose d’or : Saint Léon IX va nous raconter lui-même dans une lettre admirable l’origine de ceite poétique institution :
« O sainte et admirable croix », s'écrie-t-il, « sur laquelle Jésus-Christ, notre Seignetr, a été attaché ! dominé par l'amour et, de plus, lié par le devoir, occupé de mon salut pendant que je vis encore et assis sur le Siége apostolique, malgré mon indignité, je soumets à notre Siége apostolique l’église de mon père Hugues, de ma mère Heïlvilge, de mes deux frères Gérard et Hugues, actuellement décédés, fondée par ces mêmes parents, dédiée par leurs soins et qui m’est advenue par droit d’hérédité. En étant devenu possesseur par droit de succession légale, je la soumets à notre siége à perpétuité, pour être défendue contre tous ceux qui lui seraient opposés ou qui s’efforceraient de lui nuire.
« En retour de cette libéralité, à croix plus éclatante que le soleil, plus précieuse que tous les êtres créés, et pour compensation de ces priviléges accordés à ce monastère, pour le salut de mon âme et le salut de mes parents qui y reposent dans le Seigneur, l’abbesse de ce lieu donnera annuellement, au temps determiné, à notre Siége apostolique, une rose d’or du poids de deux onces romaines, faite comme elle doit l’être, ou la matière si elle ne l’est pas, et l’enverra dans le temps du Carême.
« J'ai résolu de faire subsister toujours ce monument de cette libéralité, afin de rappeler, en ce temps, la victoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a souffert sur toi, Ô croix très-sainte, alors à redouter et maintenant à rechercher, à vénérer »,
Telle est l’origine de la rose d’or que le Pape bénit encore aujourd’hui, le troisième dimanche de Carême, et qu’il envoie ensuite à quelque prince ou princesse, comme témoignage d'estime et de bienveillance.
Le jour de la bénédiction de la rose est appelé dimanche de Pascha rosata. La stalion se fait à l’église de Sainte-Croix de Jérusalem.
A Strasbourg, Léon IX consacra l’église de Saint-Pierre-le-Jeuhe, qui venait d'être agrandie, et y laissa sa tunique de soie, que l’on conserva longtemps comme un monument précieux.
Pouvait-il séjourner en Alsace sans aller vénérer le tombeau d’une de ses parentes, sainte Odile? Mais les bâtiments du monastère de Hohenbourg avaient été réduits en cendres en 4045. Léon les fit reconstruire, consacra l’église et composa plusieurs hymnes en l'honneur de la sainte fondatrice, dans l’intercession de laquelle il avait une grande confiance. L'abbaye d’Andlau eut de même le bonheur de voir le vénérable Pape dans ses murs. Il leva de terre le corps de sainte Richarde, le fit placer derrière le maïitre-autel de l’église, qui venait d’être rebâtie par la princesse Mathilde, sœur de l’empereur Conrad, par conséquent sa proche parente, et il consacra de même cette église.
Au-dessus de la petite ville d'Egisheim, on voit encore les tours et les ruines d’un ancien château. Wimpheling nous apprend que Léon y consacra une petite chapelle en l'honneur de saint Pancrace, jeune héros de la foi, qui souffrit le martyre à l'âge de quatorze ans, sous la persécution de Dioclétien, en 304. I l’enrichit d’une relique de ce saint Martyr. Cette chapelle fut transférée plus tard dans le village nommé Hüsseren, où fut construit, après la mort de saint Léon, un monastère de chanoinesses dédié à saint Léonard, que le pape Innocent IV confirma en 1245. Cette maison fut transférée d’abord près du château de Wer, dans une vallée de la Forèt-Noire, et de là, en 1274, au Petit-Bâle, où elle subsista jusqu’au temps de la réforme.
Entre Rouffach et Geberschwir, derrière la montagne, on voyait le monastère de Saint-Sigismond, que Dagobert II, roi d’Austrasie, avait fondé pendant son séjour au château d’Isembourg, près de Rouffach. Léon le visita : il eut la douleur de le trouver dans un état de délabrement total et prêt à tomber en ruines. Il le fit rétablir à ses frais, en consacra l’église et changea son nom en celui de Saint-Mare, Il consacra de même l’église de Bergholzzell, qu'on venait de construire +
on a conservé le souvenir de cette consécration par une inscription qu’on voit contre un pilier de cette antique église.
Le chapitre de chanoïines, que sa pieuse mère Heilwige avait fondé sur une éminence, près de Reiningen, attira aussi l’attention du Pontife zélé. Il alla visiter cette maison, et, édifié de la conduite des chanoines, il consacra leur église, leur fit don du chef de saint Romain (martyrisé quelques jours avant l’illustre saint Laurent, qui l’avait baptisé et instruit dans la foi), et augmenta considérablement leurs biens. Cette maison fut donnée, en 1626, aux jésuites de Fribourg, et vendue au moment de la révolution : rachetée plus tard par un ecclésiastique du diocèse, elle passa, en 1825, aux religieux de la Trappe. Ainsi le monastère d'Œlenberg a été rendu à sa destination primitive, et les vertueux moines, qui ont remplacé les anciens chanoines, édifient, de nos jours, toute la contrée par leurs austérités et leur haute piété.
Léon marqua son séjour en Alsace par un insigne bienfait. Tout le monde connaît l'empire que la noblesse exerçait à cette époque par toute l’Europe : chaque seigneur se croyait en droit de venger à main armée ses querelles particulières ; de là naissaient souvent des pillages et des massacres. Pour réprimer un abus si criant, on fit la trève appelée frève de Dieu. Il y était dit, entre autres choses, que les églises serviraient d'asile à toute sorte de personnes, excepté à celles qui auraient violé la trève, et que depuis le mercredi jusqu’au lundi matin on n’userait de violence à l'égard de qui que ce fût, même sous prétexte de venger une injure reçue. L’acceptation de cette trève souffrit de grandes difficultés dans plusieurs provinces. Saint Odilon, abbé de Cluny, l'avait prêchée quelques années auparavant et fait recevoir dans quelques provinces du midi et de l’ouest de la France. La noblesse alsacienne, qui n’était pas moins turbulente que celle du reste de la France, fut convoquée par saint Léon. L'éloquence mâle et persuasive, l’ascendant que lui donnait sa dignité, l'éclat de sa sainteté et de ses vertus, l'avantage enfin d’appartenir à la première famille du pays, tout cela fit une vive impression sur l'esprit des seigneurs alsaciens, et la trève de Dieu fut acceptée.
Écrits. — Saint Léon, nous l'avons vu, avait fait d'excellentes études : il était non-seulement lettré, mais savant. Outre la théologie, il connaissait à fond le droit civil ou plutôt coutumier de son temps, le droit canon, la musique. A cinquante ans, il apprit la langue grecque, sans doute pour être mieux à même de suivre la controverse engagée entre l'Occident et l'Orient.
On rapporte même que soit pour se familiariser avec cette langue, soit pour mieux goûter les beautés du texte sacré, il récita tous les jours le psautier en grec, à partir du jour où il put lire cette langue. ® é
Pendant que notre saint Pape était prisonnier à Bénévent, un de ses cardinaux vit, à Trani, dans la Pouille, une lettre écrite par Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople, et par Léon, évèque d’Acride, métropolitain de Bulgarie.
Cette lettre, qui était adressée à Jean, évêque de Trani, formulait quatre griefs contre l'Eglise latine : l'usage des azymes, l'observation du sabbat, c’est-à-dire le jeûne et l’abstinence du samedi; la manducation des viandes suffoquées, des oiseaux, par exemple, pris à la tendue; le quatrième reproche était que les Latins ne chantent point alleluia pendant le Carème. Il est facile de se convaincre, à première vue, que, dans tous ces reproches, il n’y a pas matière à schisme : ce sont choses niaises et de soi assurément indifférentes. Mais examinons la question de plus près.
Pour comprendre la première difficulté, il faut savoir que les Grecs consacrent avec du pain levé, et les Latins avec du pain azyme ou non levé. Après avoir reproché aux Latins de faire comme les Juifs, pour le sabbat, les Grecs les condamnent de ne pas faire comme eux en mans geant de la viande suffoquée. Telle est, encore une fois, la logique des Grecs et partant celle des Russes, qui les ont suivis dans le schisme.
Saint Léon écrivit aux deux prélats orientaux une lettre en quarante et un articles sur l'union et l'unité de l'Eglise ; lettre qui respire la charité, l'humilité et, en même temps, l'autorité du Prince des Apôtres, et qui, souvent, est d’une éloquence d'autant plus vraie qu’elle est moins cherchée. Nous regrettons de ne pouvoir en donner qu’un court extrait : « Ce que Jésas-Christ nous a commandé le plus, ce qu'il a le plus demandé à son Père pour nous, c’est la paix et l'union. Malheur donc au monde à cause de ses scandales ! malheur aux hommes misérables qui déchirent l'unité de l’Eglise, plus cruels en cela que les bourreaux de Jésus-Christ qui respectèrent sa robe sans couture... » Puis s'adressant aux deux évêques : « Certes, si vous ne venez au plus tôt à résipiscence, vous serez incorporés à celte queue de dragon qui entraina la troisième partie des étoiles du ciel sur la terre. Voilà que, près de mille vingt ans, après la Passion du Sauveur, l'Eglise romaine commence à apprendre, de vous, de quelle manière elle doit célébrer la pâque, comme si Pierre n’était pas celui auquel le Fils de Dieu a dit : « Tu es heureux, Simon, confirme tes frères... » Le Pape leur reproche ensuite d’avoir sévi contre les Latins à Constantinople, tandis que, à Rome, les Grecs ont été non-seulement respectés, mais favorisés, « parce que la différence des coutumes ne nuit point au salut ». Plus loin il fait, en quelques mots et de main de maitre, l’histoire des Patriarches de Constantinople. Nulle Eglise au monde n’a été gouvernée bar autant de mauvais sujets : il y a de quoi faire frémir. Les Saints, qui ont occupé ce siége, comme Chrysostome, Flavien, ont toujours et invariablement été persécutés.
Léon reproche au Patriarche l’opprobre de l’église de Constantinople, qui ordonnait évèques des eunuques. « Même », dit-il, « on ordonna un jour une femme ». Léon n'aurait pas dit cela, si la fable ignoble de la papesse Jeanne eût été alors divulguée ; car Cérulaire s’en serait servi pour se défendre contre Rome. Cette réflexion si judicieuse est due à Mabillon.
Le saint Pontife termine en exhortant Cérulaire à n'être pas le membre du corps jaloux de la tête qui dirige, le sarment séparé du cep et qui pourrit à l'écart.
En même temps saint Léon avait envoyé des légats à Constantinople pour essayer de ramener le Patriarche. Au nombre de ces légats se trouvait Frédéric, cardinal-vice-chancelier de la sainte Eglise, qui fut depuis pape sous le nom d’Etienne IX. Irrités de la résistance qu’on leur opposait, les légats excommunièrent Cérulaire, qui, à son tour, les excommunia, et fit ôter des diptyques le nom du Pontife romain. On vit donc se renouveler le schisme de Photius.
Nous rapporterons l'excommunication telle qu’on la lit dans Fleury, t. 1v, liv. Lx, p. 159. Elle décrit avec beaucoup de précision les différentes sortes d’hérésies que le Saint-Siége poursuivait alors.
« Nous avons été envoyés par le Saint-Siége de Rome en cette ville impériale, pour connaître la vérité des rapports qu'on lui en avait faits, et nous y avons trouvé beaucoup de bien et beaucoup de mal. Car, quant aux colonnes de l'empire, les personnes constituées en dignité et les sages citoyens, elles sont très-chrétiennes et très-orthodoxes ; mais, quant à Miche], nommé abusivement patriarche, et à ses fauteurs, ils y sèment beaucoup d’hérésies. Ils vendent le don de Dieu, comme les simoniaques ; ils rendent eunuques leurs hôtes, comme les Valésiens, et ensuite les élèvent non-seulement à la cléricature, mais à l’épiscopat : imitant les Ariens, ils rebaptisent les gens baptisés, au nom de la sainte Trinité, nommément les Latins; comme les Donatistes, ils disent que, hors de l'Eglise grecque, il n’y a plus dans le monde ni Eglise de Jésus-Christ, ni vrai sacrifice, ni vrai baptême ; comme les Nicolaïtes, ils permettent le mariage aux ministres de l'autel; comme les Sévériens, ils disent que la loi de Moïse est maudite ; comme les Macédoniens, ils ont retranché du symbole que le Saint-Esprit procède du Fils ; comme les Manichéens, ils disent, entre autres choses, que tout ce qui a du levain est animé ; comme les Nazaréens, ils gardent les purifications judaïques, ils refusent le baptême aux enfants qui meurent avant le huitième jour, et la communion aux femmes en couche, et ne recoivent point à leur communion ceux qui se coupent les cheveux et la barbe, suivant l'usage de l'Eglise romaine.
« Michel, admonesté par les lettres du pape Léon à cause de ses erreurs et de plusieurs autres excès qu'il a commis, n’en a tenu compte, et de plus, comme nous voulions réprimer ces maux par des voies raisonnables, il a refusé de nous voir et de nous parler, et de nous donner des églises pour célébrer la messe, comme dès auparavant il avait fermé les églises des Latins, les nommant azymites, les persécutant partout et en leur personne, anathématisant le Saint-Siége, au mépris duquel Michel prend le titre de patriarche œcuménique.
« C’est pourquoi, par l’autorité de la sainte Trinité, du Saint-Siége apostolique, des sept conciles et de toute l'Eglise catholique, nous souscrivons à l’anathème que le Pape a prononcé, et en son nom nous disons :
« Michel, patriarche abusif, néophyte revêtu de l’habit monastique par la seule crainte des hommes, el diffamé pour plusieurs crimes ; et avec lui Léon, dit évèque d’Acride, et Constantin, sacellaire de Michel, qui a foulé de ses pieds profanes le sacrifice des Latins ; eux et tous leurs sectateurs soient anathèmes, avec les simoniaques, les hérétiques qui ont été npmmés, et tous les autres, et avec le diable et ses anges, s'ils ne se convertissent. Amen, amen, amen ».
Fleury ajoute : « Ces hérésies imputées aux Grecs n'étaient la plupart que des conséquences tirées de leur doctrine ou de leur conduite; mais ils ne les avouaient pas ».
Outre la lettre ou plutôt le traité réfutant les arguties des Grecs, on a de saint Léon:
20 Une lettre aux évèques d'Istrie et de Vénétie ordonnant que ces deux provinces dépendraient de la métropole de Grade (ancienne Aquilée).
30 Deux lettres aux cinq évêques d'Afrique — c'était tout ce qu'il restait de cette florissante Eglise — déclarant maintenir à l’évêque de Carthage son droit de métropolitain.
4o Une lettre à Pierre, patriarche d’Antioche, lui accusant réception de l'avis de son ordination qu’il avait transmis à Rome et le félicitant de son attachement à l'unité,
5c Deux lettres : l’une à Michel Cérulaire et l’autre à l'empereur Constantin Monomaque.
L'empereur d'Orient, voulant se rendre favorable l’empereur d'Allemagne, écrivit au Pape danslesens de lunité et força le Patriarche de Constantinople à faire de même. Saint Léon leur répondit brièvement et leur envoya trois légats pour leur apporter, en même temps que sa réponse, le traité dont nous avons cité quelques mots (janvier 1054).
6° Une lettre aux évêques d'Italie ordonnant que les personnes entrant en religion ne pourront donner que la moitié de leurs biens aux monastères qu’elles auront choisis.
70 Une lettre aux fidèles de France les invitant à célébrer la fête de saint Remy le 4er octobre.
8° Diverses bulles. é
So Une lettre au duc de Bretagne notifiant l’excommunication encourue par les évêques de son duché pour avoir refusé de reconnaitre l'archevêque de Tours comme métropolitain et de se rendre au concile de Rome où ils étaient cités comme simoniaques.
100 Une lettre au roi Edouard d'Angleterre le relevant du vœu qu'il avait fait d'aller en pèlerinage à Rome.
410 Une lettre approuvant la translation du siége de Toscanelle à celui de Porto.
420 Plusieurs autres lettres, bulles, diplômes et discours de circonstance qu'on peut voir dans la Patrologie latine, t. CXLuIT, ainsi que la lettre de Michel Cérulaire à Jean, évêque de Trani.
Disons un mot, maintenant, de deux contemporains de Léon IX : Bérenger et Lanfranc, dont les hagiographes rattachent généralement la vie à celle du saint Pape.
Bérenger, né à Tours, disciple de saint Fulbert, évêque de Chartres, maitre d’une célèbre école dans sa patrie, prêtre en 1039, archidiacre d'Angers, piqué d’avoir été vaincu dans une dispute par Lanfrane, et encore plus chagrin de voir son école presque déserte, chercha à se distinguer par des opinions singulières, et même en attaquant la doctrine de l'Eglise sur l’Eucharistie. Il ne reconnaissait ni la éranssubstantiation ni la présence réelle. Son erreur fut condamnée dans un très-grand nombre de conciles, ainsi que le livre de Scot Erigène, où il l'avait puisée. Ce qu’il y a de vil et de méprisable dans cet hérésiarque, c’est son hypocrisie, Quand il se trouvait à un concile, il souscrivait la profession de foi qu’on lui présentait, reniant ainsi publiquement et formeliement ses opinions. Une fois sorti de l'assemblée, il enseignait plus que jamais ses erreurs ; il rétracta pourtant à la fin, avec sincérité, son hérésie, et passa les huit dernières années de sa vie dans les exercices de la pénitence et dans les bonnes œuvres. Il mourut dans l’ile de Saint- Côme, près de Tours, en 1088.
Remarquons que l'hérésie de Bérenger ne trouva presque point de partisans : elle fut l’objet d’une réprobation universelle. Mais comme elle s’attaquait à un dogme si fondamental, si cher à l'Eglise, elle nous a valu une foule de traités sur l’Eucharistie. Nous avons encore la plupart des ouvrages écrits contre Bérenger ; on y trouve de quoi réfuter amplement les hérétiques modernes. Voici les noms de leurs auteurs : Hugues, évêque de Langres ; Théoduin, évêque de Liége; Eusèbe Brunon, évêque d'Angers ; Lanfranc, moine du Bec, puis archevêque de Cantorbéry ; Adelman, scolastique de Liége, puis évèque de Bresse ; Guitmond, moine de la Croix-Saint-Leufroy, puis évêque d’Averse, près de Naples; le bienheureux Maurille, archevêque de Rouen; Durand, abbé de Troarn, en Normandie ; Wolphem, abbé de Brunvillers, près de Cologne ; Ruïthard, moine de Corwey, puis abbé de Hersfeld ; Geoffroy de Vendôme, dont le premier écrit fut un traité du Corps du Seigneur ; saint Anastase, moine de Saint-Michel, puis de Cluny ; Jotsald, moine de Cluny ; Albéric, moine du Mont-Cassin ; Ascelin, moine du Bec; Goscelin, scolastique de Liége, etc.
Erasme assurait que les traités de Guitmond, de Lanfranc et surtout d’Adelman, scolastique de Liége, étaient préférables à tous les écrits polémiques publiés dans le xvre siècle : aussi engageaitil beaucoup les sacramentaires à les lire pour revenir à la foi en l’Eucharistie, comme il y avait été confirmé lui-même.
Voir l'Histoire de Bérenger, par François de Roye, professeur de droit à Angers, imprimée en 4656, in-ko ; et le père Mabillon, Analect., t. 1, p. 411, et Act. Ben., t. 1x ; Fleury et Ceillier ont suivi ce dernier auteur. Voir surtout les continuateurs de l'Hist. littér. de la Fr. ls ont relevé plusieurs fautes considérables dans lesquelles Cave et Oudin étaient tombés.
Pour avoir une idée de la versatilité de cet hérésiarque qui, digne précurseur de Luther, g’amusait à faire de bons mots sur les Papes les appelant Pompifex, pulpifex, nous renvoyons aux Conciles généraux et particuliers, t. 11, p. 257 et suiv.
Lanfranc, le plus célèbre des adversaires de Bérenger, était né à Pavie, vers 10035, d’une famille de sénateurs, et son père était du nombre des conservateurs des lois de la ville. Lanfranc le perdit en bas âge, et, comme il devait lui succéder dans sa dignité, il alla à Bologne étudier l’éloquence et les lois. Son séjour en cette ville fut long, mais aussi il y fit de grands progrès. De retour à Pavie, il s’acquit une grande réputation dans le barreau, enseigna publiquement le droit civil et composa quelques traités sur cette matière.
De Pavie, il passa en France, et, après sa dispute littéraire avec Bérenger, s'arrêta quelque temps à Avranches, où il fut suivi de plusieurs disciples de grande réputation et ouvrit une école ; mais considérant combien il est vain de chercher uniquement à plaire aux hommes, il voulut même éviter les lieux où il y avait des gens de lettres qui pourraient lui rendre honneur.
Cependant un jour, allant à Rouen, comme il passait sur le soir par une forêt au-delà de la rivière de Rille, il rencontra des voleurs qui, lui ayant Ôté tout ce qu'il avait, lui lièrent les mains derrière le dos, lui couvrirent les yeux du capuchon de son manteau, l’éloignèrent du chemin et le laissèrent attaché dans les broussailles épaisses. Dans cette extrémité, ne sachant que devenir, il déplorait son infortune.
Quand la nuit fut venue, étant rentré en lui-même, il voulut chanter les louanges de Dieu et ne le put, parce qu’il ne l'avait point appris. Alors il dit : « Seigneur, j'ai tant employé de temps à l'étude, j'y ai usé mon corps et mon esprit, et je ne sais pas encore comment je dois vous prier. Délivrez-moi de ce péril, et, avec votre secours, je réglerai ma vie de telle sorte que je puisse
vous servir ». Au point du jour il entendit des voyageurs qui passaient et se mit à crier pour leur demander du secours,