‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 270 sur 339 · IE TES · texte numérisé non relu

IE TES

D'abord ils eurent peur; puis, remarquant que c'était la voix d’un homme, ils s’approchèrent, et, ayant appris qui il était, ils le délièrent et le ramenèrent dans le chemin. Il les pria de lui indiquer le plus pauvre monastère qu'ils connussent dans le pays. Is lui répondirent : « Nous n’en connaissons pas de plus pauvre que celui qu’un certain homme de Dieu bâtit ici proche »; et, lui ayant montré le chemin ils se retirèrent.

C'était l’abbaye du Bec, commencée sept ans auparavant par le vénérable Herluin. Quand Lanfrane y arriva, il trouva ce bon Abbé occupé à bâtir un four, où il travaillait de ses mains. Après s'être salués, l'Abbé lui demanda s’il était lombard, le reconnaissant apparemment à son langage. « Oui », répondit Lanfrane, « je le suis ». — « Que désirez-vous ? » dit Herluin.— « Je veux être moine », répondit-il. Alors l'Abbé commanda à un moine, nommé Roger, qui travaillait de son côté, de lui donner le livre de la règle, comme saint Benoit ordonne de la faire lire aux postulants. Lanfranc, l'ayant lue tout entière, dit que, avec l’aide de Dieu, il observerait volontiers tout ce qu’elle contenait. Après quoi l'Abbé, sachant qui il était et d'où il venait, lui accorda sa demande. Il se prosterna et baisa les pieds de l'Abbé, dont il admira dès lors l'humilité et la gravité.

Elu prieur trois ans après son entrée au Bec, il y ouvrit une école qui devint bientôt la plus célèbre de l’Europe.

Guillaume, duc de Normandie, avait épousé, sans dispense, Mathilde, sa parente, fille de Baudouin, comte de Flandre ; mais il voulut faire cesser enfin le scandale qu'un tel mariage avait causé ; il envoya Lanfranc à Rome pour obtenir une dispense de Nicolas II. Le Pape l’accorda, à condition que Guillaume et Mathilde fonderaient chacun un monastère. Le duc et la duchesse firent ce qu'on exigeait d’eux, fondèrent à Caen, en 1059, les deux célèbres abbayes de Saint-Etienne et de la Trinité. La première fut pour des hommes, et la seconde pour des filles.

L'abbaye de Saint-Etienne ayant été achevée en 1063, Lanfranc en fut nommé premier abbé. Il ouvrit une école qui devint aussi fameuse que celle du Bec. Le pape Alexandre II, qui avait étudié au Bec sous Lanfranc, y envoya plusieurs de ses parents.

On voulut, en 4067, élever Lanfranc sur le siége archiépiscopal de Rouen; mais il refusa constamment cette dignité. Il aurait également refusé l’archevêché de Cantorbéry, en 1070, s’il n’eût été forcé de l’accepter par les ordres réunis de l’abbé Herluin et de deux conciles. Le Pape le fit son légat en Angleterre.

Il n'eut pas plus tôt été sacré, qu’il tourna toutes ses pensées vers la réformation de son diocèse, et même de tous les diocèses de l'Angleterre, dont il était primat. Il travailla de toutes ses forces à corriger les abus qui s'étaient glissés dans les monastères, dans le clergé et parmi les simples fidèles. Il rétablit partout l’étude de la grammaire, de l’éloquence et de l’Ecriture sainte.

Guillaume le Conquérant avait beaucoup de confiance en lui ; il le chargeait du gouvernement toutes les fois qu’il était obligé de passer en Normandie. Il le pria, en mourant, de couronner roi, Guillaume le Roux, son fils. La cérémonie s’en fit le 29 septembre 1087. Lanfranc mourut le 28 mai 1089, et fut enterré dans l’église du Christ, à Cantorbéry. Capgrave et Trithème lui ont donné le titre de Saint ; mais il est certain qu'il n’a jamais été honoré d’un culte public, pas même à Cantorbéry, à Caen, ni au Bec. Quelques auteurs ont attaqué sa mémoire : on trouvera une réfutation solide de ce qu’ils ont avancé dans l’Anglia sacra de Wharton.

Voici le titre des écrits de Lanfranc qui sont parvenus jusqu’à nous :

10 Un Commentaire sur les Epitres de saint Paul. La mort a empêché Dom Mabillon, qui en était possesseur, de le donner au public. Celui que Dom Luc d’Achéry a publié n’est point certainement de lui.

20 Le Traité du Corps et du Sang du Seigneur, divisé en vingt-trois chapitres, composé après l’an 1079. Lanfranc y établit la foi de l'Eglise sur l'Eucharistie, et y combat solidement les erreurs de Bérenger.

3° Des Notes sur les conférences de Cassien.

4e Des Sfatuts pour l'Ordre de Saint-Benoît en Angleterre,

5o Soixante Lettres, dont la plupart sont fort importantes.

6° Un Discours prononcé dans le concile de Winchester, en 4076, pour prouver que la primatie de la Grande-Bretagne appartenait à l'archevêque de Cantorbéry.

1° Le Traité du secret de la Confession. 11 parait n'être pas de Lanfrane, quoiqu'il lui soit attribué par plusieurs auteurs.

8° Des Sentences, où il est parlé en détail des exercices de la vie monastique. Le père d’Achéry, ayant découvert cet ouvrage, après son édition des écrits de Lanfranc, le fit imprimer dans le quatrième tome de son Sprcrlége. Il est aussi dans le dix-huitième tome de la Bibliothèque des Pères.

Lanfranc avait composé encore d’autres ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu’à nous, comme des commentaires sur les psaumes, une histoire ou plutôt un panégyrique de Guillaume le Conquérant, etc.

Cet auteur avait une connaissance profonde de l'Ecriture, de la tradition et du droit cano-

nique. La solidité de ses raisonnements prouve qu'il était très-versé dans la dialectique. On remarque, dans ses écrits, beaucoup d'ordre et de précision; son style grave et naturel intéresse et attache le lecteur.

La meilleure édition des œuvres de Lanfranc est celle que le père d’Achéry donna à Paris, en 4648, in-fol., avec d'excellentes notes. On trouve, dans le même volume, plusieurs pièces concernant l’histoire de Lanfranc, surtout sa vie, écrite par Milon Crispin, moine du Bec, auteur contemporain. Voir Dom Ceillier, l’Hist. Uittér. de la Fr. et la Patrologie latine de M. Migne, t. cL.

La Vie de saint Léon a été originairement écrite par trois auteurs contemporains : Wibert, archidiacre de l'église de Toul; Anselme, moine de Säint-Remi, et par saint Brunon, évêque de Segni. L'histoire particulière de sa vie et celle de ses miracles ont été données par deux anonymes, témoins oculaires. Cf. Patrologie latine, t. cxzur, exzur et cxzv; AA. SS., 19 avril; Rohrbacher, Mist. univ. de l'Eglise catholique, t. vir; Dom Ceillier, t. xr1; France lifléraire, t. vix; Conciles généraux et particuliers, par Mgr Guérin; les Saints d'Alsace, par M. l'abbé Hunckler; et surtout Æistoire de l'Eglise de Toul, par M. l'abbé Guillaume, 5 vol. in-80 : c'est de ces ouvrages, et spécialement du dernier et de notes dues à Tobligeance de l'auteur, que nous nous sommes servi pour suppléer le Père Giry, qui avait omis la Vie de saint Léon IX.

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