LE BIENHEUREUX BERNARD LE PÉNITENT
4182, — Pape : Lucius III. — Roi de France : Philippe-Auguste.
Oubliant ce qui est derrière moi et m'avançant vers ce qui est devant moi, je cours vers le but de la carrière pour remporter le prix, qui est la félicité du ciel.
Aux Philip, 11, 18 et 14.
Il naquit en Provence, dans le diocèse de Maguelone, dont le siége fut plus tard transféré à Montpellier. On ne connaît ni sa famille, ni l'éducation qu’il reçut, ni même les fautes pour lesquelles il se soumit à une pénitence si longue et si rigoureuse. La lettre qu’il demanda à son évêque, avant de la commencer, n’entre dans aucun détail; voici en quels termes elle est conçue : « Jean, par la grâce de Dieu, évêque de Maguelone, à tous les pasteurs et tous les fidèles de l'Eglise catholique, salut éternel dans le Seigneur. Qu'il soit connu à vous tous, qu’en expiation des crimes horribles par lui commis, nous avons infligé à Bernard, le porteur de ces présentes lettres, la pénitence ici mentionnée : qu'il marche pieds nus pendant sept ans, qu’il ne porte point de chemise tous les jours de sa vie, qu'il jeûne, comme en Carême, durant les quarante jours qui précèdent la naissance du Sauveur, qu'il s’abstienne de viande ou de graisse le mercredi de chaque semaine et ne prenne le vendredi qu’un peu de pain et de vin. Quant aux vendredis de Carême et des Quatre-Temps, qu'il ne boive que de l’eau, et que tous les samedis, excepté aux jours solennels ou bien quand sa santé l’exigera, il s’abstienne de viande et de graisse. C’est pourquoi nous conjurons avec prière votre clémence en Jésus-Christ, que, pour la rédemption de vos âmes et dans un esprit de miséricorde, vous donniez à ce très-pauvre pénitent les vêtements et les aliments nécessaires, que vous l’aïdiez de vos prières, et que vous relâächiez quelque chose de sa pénitence, si vous le jugez bon. Donné à Maguelone, l’an de l’Incarnation du Seigneur 4170, au mois d'octobre. A valoir pour sept ans seulement ».
Cette lettre, comme on le voit, n’explique point quels sont les crimes pour lesquels Bernard demanda une si rigoureuse pénitence. Peut-être n’était-il coupable que des fautes assez ordinaires aux jeunes gens de son âge