‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 275 sur 339 · SAINT VERNIER OU VERNHER, MARTYR, PATRON DES VIGNERONS · texte numérisé non relu

SAINT VERNIER OU VERNHER, MARTYR, PATRON DES VIGNERONS

protégée par les archevêques de Besançon, honorée par les magistrats de la cité, elle conserva longtemps parmi la classe des vignerons de Battant, de Charmont et d’Arènes, cet amour des pratiques religieuses dont l'expression naïve se retrouve dans nos vieux Noëls bisontins. Aux jours de fête, les confrères portaient l’habit de camelot, gorge de pigeon, et le chapeau tricorne aux larges ailes, placé horizontalement sur la tête. C'était dans ce costume traditionnel que le représentant de la race des Bousbots, le célèbre Barbisie *, paraissait à la crèche ?, pour y parler au nom de la classe des vignerons, avec leur costume, leur patois et leurs idées.

Unis par les liens de la foi et de la charité, les confrères de saint Vernier gardèrent longtemps une haute idée de leur profession, et jouèrent un rôle important dans l'administration de la cité; car la ville de Besançon, divisée autrefois en sept bannières, en comptait trois dans les quartiers habités par les vignerons, celles de Battant, de Charmont et d’Arènes; et le sentiment de cette importance sociale inspirait aux Bousbots des couplets comme celui-ci :

Lou pére Nouè, bon offant, Le père Noé, bon enfant,

Plantet lai nouëble veigne. Planta la noble vigne.

Y fesa tout coume nous fans; Et faisait tout comme nous faisons ; Lou pas su la metie nous ans Le pas sur les métiers nous avons, En Comtè, en Espaigne, En Comté, en Espagne.

Et las bè premie nous marchans, Les beaux premiers nous marchons, Même dans l’Ollemaigne 8. Même en Allemagne.

Une des chapelles latérales de l’église Sainte-Madeleine est consacrée à saint Vernier, et l’autel en a été élevé aux frais de la Confrérie, comme le rappelle l'inscription placée au-dessus du tableau qui représente le saint Martyr *. Sans doute la corporation des Bousbots a perdu cette physionomie originale qui la distinguait jadis des autres classes de la cité. Néanmoins, les confrères de saint Vernier se réunissent encore chaque année dans la chapelle de leur patron pour célébrer sa fête. Ce jour-là, on place un vase rempli de vin sur une table dressée près d’un pilier, et chacun des confrères en boit quelques gouttes, selon l’ancienne coutume. L’offrande se fait aussi sur un plat antique, d’une forme particulière, et qu’on appelie le Plat de saint Vernier. Le suaire de ce Saint était porté autrefois dans les processions qui se faisaient dans la ville; mais cette relique a disparu, ainsi que l’os du Martyr, pendant la Révolution française.

En Auvergne, dont saint Vernier est aussi devenu le Saint d'adoption sous le nom de Verny, les vignerons portent sa statue en procession, le 49 avril, l’ornent de grappes de raisin religieusement conservées, et dans quelques localités, lui lavent les pieds avec du vin. — On représente le saint Martyr cueillant des raisins ou tenant une serpette à la main. D’autres fois, or le représente crucifié la tête en bas; une source sortant miraculeusement de terre près de lui. C’est ainsi qu’il est peint sur un diplôme outitre d'admission de la Confrérie des vignerons de la ville d'Auxerre, où il est aussi spécialement honoré.

À la fin de cette histoire, nous dirons un mot d’une autre de même nature, et aussi sanglante, arrivée en la ville de Prague, en Bohême, l’an 1287, et

1. Personnage traditionnel et populaire qui remplit le principal rôle dans les crèches.

2. Petits théâtres qu'on dresse chaque année à Besançon, aux fêtes de Noël, pour représenter les mystères. Voyez l'Université catholique, t. 11, p. 465.

3. Noëls anciens, 17e partie, Noël 2306. — 4, S. Vernerio, martyri, viticolæ bisuntini.

rapportée par Albert Krantze, en son Âistoire de Vandalie. Le vendredi saint, les Juifs s'étant saisis d’un pauvre manœuvre chrétien, exercèrent sur lui les mêmes ignominies et les mêmes cruautés que leurs pères avaient autrefois exercées sur le corps de Jésus-Christ notre Sauveur, et le mirent à mort sur une croix : ce qu’il souffrit avec une patience et un courage admirables. Les chrétiens l’ayant découvert, punirent le crime de ces homicides du dernier supplice, et bâtirent deux églises en l'honneur de ce nouveau Martyr. Son nom n’est pas venu jusqu’à nous, mais il est écrit dans le Livre de vie, où nous le lirons un jour.

Vie des Saints de Franche-Comté, par les Professeurs du collége de Saint-François-Xavier, t. 1v, p. 566, et Notes locales.

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