‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 276 sur 339 · ET QUATRE AUTRES DU MÊME NOM · texte numérisé non relu

ET QUATRE AUTRES DU MÊME NOM

L'Espagne s’honore de plusieurs Martyrs illustres du nom de Vincent. Vincent, diacre de Saragosse, dont Prudence a chanté le martyre en vers (22 janvier); Vincent d’Avila, natif d'Evora, et qui souffrit dans la ville d’Avila avec Sabine et Christète, ses sœurs (27 octobre); Vincent de Collioure, qui est celui d'aujourd'hui. Il y en a un quatrième qui fut martyrisé avec Oronce et Victor, et dont le corps fut porté à Embrun (22 janvier) ; et un cinquième qui fut abbé du mopastère de Saint-Claude et souffrit le martyre sous la domination des Goths (11 septembre).

Vincent de Collioure est honoré à Perpignan et voici sa légende tirée du propre de ce diocèse.

Sous le règne des empereurs Dioclétien et Maximien fut publié un édit qui ordonnait de forcer tous les chrétiens à sacrifier aux idoles. Dacien fut chargé de le faire exécuter dans Les régions méridionales de la Gaule et en Espagne. Cet homme étant venu dans la ville maritime de Collioure, il fait arrêter Vincent, citoyen considérable et homme d’une foi égale à son courage. Il est amené devant Dacien, qui le somme de sacrifier aux dieux. Mais Vincent dit : « Je ne sacrifie qu'à Dieu seul, jamais aux idoles ; il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux empereurs ». Dacien dit : « Sacrifie aux dieux, je te prie, sinon il me faudra sévir contre toi ». Vincent dit: « Sévis tant que tu voudras, je ne sacrifierai point ».

Alors le président ordonne que Vincent soit meurtri de soufflets, dépouillé de ses vêtements et déchiré avec des ongles de fer. Après quoi Dacien s’adresse encore à lui et lui dit : « Combien de temps demeureras-tu dans ta sottise ? Sacrifie, Sacrifie ! » Vincent dit : « Non, jamais ! Je suis prêt à aller en prison ou à la mort pour Jésus-Christ : je ne sacrifierai qu’à lui seul ; les tourments les plus cruels ne me font rien ; les joies éternelles m’attendent et bientôt j'en serai inondé ». Alors le président irrité fait suspendre Vincent avec des poulies, et ordonne aux bourreaux de l’élever en haut et de le laisser retomber de tout le poids de son corps sur des pierres aiguës, à plusieurs reprises. Après ce supplice il est jeté en prison. Mais il rend grâces à Dieu qui ne délaisse pas ceux qui espèrent en lui. Une lumière céleste enveloppa son corps qui reprit ses forces et sa pre= mière santé.

Le jour suivant, Dacien ordonna qu'on ramenât Vincent devant son tribunal, si toutefois il vivait encore. Lorsqu'il le revit en pleine santé, il fut transporté de fureur et dit : « C’est par le secours de la magie que tu t’es guéri ». Vincent dit : « Je ne connais pas plus la magie que je ne connais tes dieux. Dieu qui est un, m'a guéri : celui qui m'a glorifié est le mème qui m'a racheté de son sang. Gloire à lui dans tous les siècles ». Alors Dacien fit allumer un grand bücher au milieu de la ville, et Vincent fut placé dessus, les pieds et les mains liés. Il accomplit heureusement son glorieux martyre, en confessant et en louant le Seigneur, Le 19 d'avril, vers la fin du ze siècle. Le feu épargna les ligaments des mains et des pieds. Son visage, d’une couleur rose et sa peau transparente, semblaient plutôt d’un homme endormi que d’un mort : frappés de ces miracles, un grand nombre confessèrent le Christ. Son corps fut convenablement enseveli pendant la nuit.

Le corps de saint Vincent fut religieusement conservé à Collioure jusqu’au xvrre siècle. Ce fut pendant le siége de 1642, que l’église ayant été détruite et divers objets précieux transportés au château, où la garnison avait dû se retirer, les reliques de saint Vincent y furent aussi déposées,

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