XX JOUR D'AVRIL
MARTYROLOGE ROMAIN
À Rome, les saints martyrs Sulpice et Servilien, qui, ayant été convertis à la foi du Christ par les exhortations et les miracles de sainte Domitille, refusèrent de sacrifier aux idoles et eurent la tête tranchée dans la persécution de Trajan, par ordre d’Anianus, préfet de la ville. 1er s. — Le même jour, les saints martyrs Victor, Zotique, Zénon, Acindin, Césaire, Sévérien, Chrysophore, Téonas et Antonin, qui, après avoir été diversement éprouvés, accomplirent leur martyre sous Dioclétien 1. 303. — A Tomes, en Scythie, saint THÉOTIME, évêque, que son insigne sainteté et ses miracles firent vénérer même des infidèles et des barbares. ve s. — À Embrun, dans les Gaules, saint MARCELLIN, premier évêque de celte ville, qui, étant venu d’Afrique, sur un avertissement de Dieu, avec ses compagnons Vincent et Domnin, convertit à la foi de Jésus-Christ la plus grande partie des Alpes maritimes par ses prédications et ses miracles, par lesquels il continue à briller jusqu'à ce jour. 1v9 s. — À Auxerre, saint Marcien, prêtre 2. ve s..— Le même jour, saint Théodore, confesseur, surnommé Trichinas, à cause du cilice très-äpre dont il se couvrait, qui éclata par beaucoup d’actes de vertu principalement contre les démons; de son corps découlait un baume qui rendait la santé aux malades 5, — A Monte-Pulciano, sainte AGNÈS, vierge, de l'Ordre de Saint-Dominique, illustre par ses miracles. 4317.
MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ
En Périgord, saint Astier, confesseur. — A Anzy-le-Duc, sur la rivière d’Arroux, au diocèse d’Autun, saint HUGUES, premièrement moine de Saint-Martin d’Autun, et ensuite prieur d’Anzy.
1. Les uns disent à Nicomédie, les autres en Espagne : mais il est plus probable quo c'est à Nicomédie.
2. Le même que saint Marien nommé par les Bollandistes à ce jour, et dont nous disons nous-même quelques mots au 30 mars, ainsi que de saint Mamertin, auquel les martyrologistes l’associent.
8. Saint Théodore Trichinas était originaire d’une noble famille de Constantinople et vécut dans un désert de la Thrace qui prit par la suite son surnom de Trichinas ou Pilosus. On ne sait pas l'époque
pere de sa mort; mais c'est assurément à une époque postérieure à la persécution de Dioclétien. «>» . SS,
MARTYPROLOGES. 529
998. — Le bienheureux GÉRAUD DE SALES-CADOUIN, fondateur de Grand-Selve, au diocèse de Montauban. 1120. — En Hainaut, la bienheureuse OpA, vierge, qui, ayant éludé par un merveilleux stratagème les poursuites d’un jeune homme qui voulait l’épouser, se retira au monastère de Rivroëlles, de l'Ordre des Prémontrés, qu'elle gouverna depuis fort saintement en qualité de prieure, 1158. — A Paris, sainte Agnès, vierge et martyre, dans l’église paroissiale de Saint- Eustache, — À Liège, le vénérable Volbodon, évêque, élevé, dès son enfance, dans le chapitre d'Utrecht, où il avait été successivement chanoine, directeur de l’école de la cathédrale et prévôt 1. 4021. — Au monastère de Fontenelle, saint Hardouin, moine et anachorète, natif d'Alvimare, aw diocèse de Rouen. Ce contemporain de Charlemagne copia les Pères de l'Eglise et ressuscita en France le petit caractère romain. 811. — À Versailles, fête de saint Gaucher, qui se retira dans le diocèse de Limoges et coopéra à la fondation de Grandmont. Il mourut octogénaire vers 1130. — En Bourgogne, le bienheureux Jean, qui fut successivement abbé d’Igny, de Clairvaux, et de la Grâce-Dieu. Plus il se cachait et s’humiliait, plus Dieu se plaisait à l’élever. 4280. — A Besançon, office de l'invention des reliques de saint Agapit, martyr. Ces reliques furent apportées de Rome par l'évêque Célidoine, en 445, et opérèrent un grand nombre de guérisons miraculeuses : elles ont disparu dans la grande tourmente révolutionnaire. — Sur la place Tyburn à Londres, martyre des prêtres catholiques Francis Page, Thomas Tichburn et Robert Watkinson, mis à mort par les ordres d’Elisabeth, une année avant que cette implacable persécutrice allât rendre compte de ses actions à Dieu. Etant dans les rues de Londres avec un catholique, Robert Watkinson, dont la santé était fort mauvaise, fut accosté par un vénérable vieillard qui lui dit : « Que Jésus- Christ vous bénisse : avant quatre jours vos infirmités auront été guéries ». Quatre jours après cette prédiction, dix-sept jours après sa sortie du séminaire de Douai, il montait à l’échafaud. 20 avril 4602.
MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX
Martyrologe des Camaldules. — A Pise, en Toscane, le bienheureux Dominique Vernagale, confesseur, qui, ayant embrassé l'institut des Camaldules, brilla par sa piété et sa charité, eb reçut enfin la couronne qui lui était réservée dans le ciel.
Martyrologe des Dominicains. — À Monte-Pulciano, sainte Agnès, vierge, de l'Ordre de Saint- Dominique.
Martyrologe des Mineurs conventuels. — À Bitello, le bienheureux Jacques, d'Illyrie, confesseur, de l'Ordre des Mineurs, illustre par l’éclat de ses vertus et par la renommée de ses miracles; son âme s’envola au ciel le 27 avril 2. 1485.
Martyrologe des Augustins. — À Bologne, le décès dm bienheureux Simon, de Todi, illustre par beaucoup de miracles, dont le corps est kongré dans l’église de Saint-Jacques de notre Ordre. 1322.
ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLARBISTES EF AUTRES HAGIOGRAPHES
Chez les Grecs, saint Paphnuce de Jérusalem, distinct de saint Paphnuce, évèque, fêté la veille. — À Osnabrück, en Westphalie, fête de saint Wihon ou Guihon, premier évêque de cette ville. Proposé au Saint-Siége par Charlemagne, confirmé par le pape Adrien, saint Wihon fit fleurir la science et la vertu dans son jeune diocèse. 804, — À Lauriano, en Italie, sainte Héliène, vierge, qui fut eusevelie dans l’ancienne ville de Pœstum, détruite par les Sarrasins. Vers le ve 8. — En Bavière, près du monastère de Windperg, le bienheureux Guillaume, dit le Pèlerin, qui rendit la santé au comte Albert 3%. Vers 4140. — Au même lieu, saint Junanus, compagnon de la retraite de saint Guillaume le Pèlerin, dont le corps répandit, après sa mort, une odeur plus exquise que tous les parfums de l'Arabie. — A Schœnau, dans le diocèse de Worms, non loin d'Heidelberg, sainte Hildegonde, vierge, de l'Ordre de Citeaux #. 4188. Sainte Agnès, sœur de sainte Hilde-
1. Il est connu dans les lettres par une belle copie du Psautier. À la fin de chaque Psanme, 41 avait placé une prière qui était comme l'effusion de son cœur et le résumé du chant davidique.
2. Le bienheureux Jacques d'Illyrie fit l'admiration des diverses maisons où ses supérieurs l'envoyèrent, et surtout du couvent de Conversano où il exerça l'office de cuisinier. La vue du feu terrestre lui rappelait celui de l'enfer et le portait à s'attacher à Dieu de toutes les forces de son âme. Il était né en Dalmatie.
3. La Bavaria sancta de Rader représente le bienheureux Guillaume en costume de pèlerin, la tête couronnée du nimbe.
4. La vie de sainte Hildesonde est plus admirable qu'imitable. Née à Neuss, près de Cologne, elle fut emmenée en pèlerinage à Jérusalem par son père, qui lui fit prendre des habits d'homme et la déguisa sous le nom d'emprunt de Joseph. Son père étant mort, le valet qui l'accompagnait la quitta, emportant tout ce qu’elle possédait. Elle continua sa route comme un pauvre pèlerin, sous la conduite d'un ange que le ciel lui envoya. Elle prit goût sans doute à son déguisement, puisqu'elle alla à Rome et entra ensuite au couvent des Cisterciens de Schoenau sous une livrée masculine. Elle fut horriblement tourmentée
La D) DTERESER
gonde, dont l’âme fut emportée par les anges dans les cieux. 4186. — A Massaccio, dans la Marche d’Ancône, en Italie, le bienheureux Jean, ermite, du Tiers Ordre de Saint-François, qui, né de parents hérétiques, fleurit pour le ciel comme la rose naît sur les épines. Ses prières convertirent sa mère. 1399. — À Urbin, en Italie, le vénérable Dominique de Léonissa, de l'Ordre des Frères Mineurs. Très-versé dans la conduite des âmes, il disait : « Pour servir parfaitement Dieu, en religion, il faut trois choses : obéir avec simplicité ; prier avec ferveur ; étudier avec ardeur. Il faut, en outre, savoir quitter la prière et l’étude pour l’obéissance, et l'étude pour la prière ». Dans les tentations, il conseillait de distraire l’esprit par quelque pratique de piété extérieure ; de s’en ouvrir immédiatement à son confesseur ; de dompter la chair par la mortification et la prière. 1497. — En Pologne, un jeune enfant de quatre ans, du nom d’Albert, dont les yeux riaient toujours et toujours disaient bonjour, massacré, comme tant d’autres, par des Juifs. Son corps était déposé dans le collége des Jésuites de Lublin. Quoiqu'on ne lui ait jamais donné le nom de Saint, on l’invoque avec efficacité dans les tentations contre la pureté 1. 4598. — A Mons, en Hainaut, mémoire de saint Denys, martyr romain, dont le corps était autrefois conservé dans l’église des Carmélites déchaussées de cette ville. — A Ratisbonne, anniversaire de la translation des reliques de saint Léonce, martyr, dont le corps fut apporté de Rome dans cette ville en 1653. — A Paderborn, saint Luthard, troisième évêque de cette ville, qui fonda l’abbaye des religieuses de Neuenheerse. 859-886. — A Thorebaix, en Brabant, une autre sainte Oda qui reçut la communion des mains de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même. 1220.
814. — Pape: Saint Damase. — Empereur d'Occident: Valentinien Ier,
Honorons ces hommes de charité et de miséricorde, dont les pieuses œuvres subsisteront toujours. Eccli., xziv, 10.
Sant Marcellin, que l’on fait passer pour le premier évêque de la ville d'Embrun, dans les Gaules, était né en Afrique. Pieux et illustre, il s’appliqua de bonne heure aux saintes lettres. Sollicité par l'Esprit de Dieu de porter l'Evangile dans les Gaules, il choisit pour compagnons Vincent et Domnin, et s’étant embarqué à l'insu de ses parents, il arriva heureusement à Rome, sous le pontificat d’Eusèbe et l'empire de Dioclétien. Le Pape approuva le dessein de ces généreux prédicateurs, et les adressa, pour être
dans son couvent : trois fois elle voulut fuir, trois fois le ciel s'y opposa : elle mourut l’année même de son noviciat. Le monastère de Schoenau fut renversé par les protestants au xvie siècle. On représentait sainte Hildegonde accompagnée d'un cavalier que l'on suppose être un ange.
1. A la suite du martyre du pauvre petit Albert de Swirnazew de Podolie, les Bollandistes donnent une liste de plusieurs autres innocents mis à mort par les juifs : nous la reproduisons en abrégeant ies détails :
À Pfortzheim, dans le duché de Bade, une jeune fille de sept ans, vendue par une horrible vieille. On lui tira tout son sang avec des poinçons, puis on jeta son corps dans un cours d’eau où un pêcheur la découvrit. Rapporté à la ville, le cadayre sembla se ranimer, en présence du duc de Bade, et allongea le bras comme pour demander justice. Les juifs, que la voix populaire accusait déjà, étant accourus à leur tour, il rendit du sang par toutes les veines : ce prodige les épouvanta au point qu'ils avouèrent leur crime. 1261.
À Dussenhof, dans le canton de Turgovie, à quelques lieues de Schaffhouse, un enfant de quatre ans, dont les juifs avaient acheté le sang à un paysan pour la somme de trois florins. 1401.
Parcil fait à Cracovie en 1407.
En Castille, calcination par les juifs du cœur d’un enfant chrétien : ils saupoudrèrent leurs aliments avec les cendres. Ce crime, commis en 1454, et qui venait après d'autres du même genre, amena leur expulsion de toute l'Espagne en 1459.
À Turin, tentative d’assassinat, en pleine rue, par un Israélite qui, n'ayant pu perpétrer son crime, Coupa un morceau du mollet de l'enfant et prit la fuite. 1459.
À Motta, dans la Marche de Trévise, immolation sanglante en 1480.
À Tyrnau et à Bran, en Hongrie, trois meurtres du même genre, à la suite desquels ils furent expulsés de tout le royaume. 1494 et 1522.
A Wallkirch, en Alsace, en 1503, un père vendit son enfant, âgé de quatre ans, dix florins du Rhin, à
guidés, à Eusèbe, évêque de Verceil, qui, par un esprit prophétique, leur annonça d'avance tout ce qu’ils auraient à souffrir, et les exhorta fortement à s'acquitter avec courage de leur pénible mission. Ils la commencèrent tout de suite, jetant, sur leur passage, la semence de la foi divine. Ayant franchi les Alpes, ils arrivèrent à Embrun : l’état de cette chrétienté était alors déplorable, il n’y restait presque plus rien des principes de la vraie religion établis sous le règne de Néron, par les saints Nazaire et Celse.
Marcellin commence par élever un oratoire près de la ville, et c’est là qu’il se prépare, avec ses compagnons, à exécuter son pieux dessein. Dieu donna à la parole de ces prédicateurs tant.de force que, le nombre des fidèles croissant chaque jour, il fallut bâtir une église plus grande. On pria Eusèbe de Verceil de venir la consacrer. Ce prélat, assisté d'Emilien, évêque de Valence, imposa les mains à Marcellin, malgré ses résistances, et l’établit évèque d’'Embrun. Se trouvant ainsi renfermé dans les bornes d’un diocèse, et désirant néanmoins évangéliser les pays d’alentour, Marcellin envoya, à cet effet, Vincent et Domnin dans la ville de Digne.
Il avait reçu, suivant la promesse äe Jésus-Christ, faite à ses disciples, la vertu des miracles, afin de pouvoir confirmer la doctrine qu’il annonçait aux paiens.
À l'approche des fêtes de Noël un grand nombre de catéchumènes se préparaient à recevoir la grâce du baptême; et comme on se disposait à remplir d’eau l’ancien baptistère où l’on baptisait encore, celui que Marcellin avait fait construire avec la nouvelle église se remplit insensiblement d’eaux vives et limpides. Le miracle dura sept jours, après lesquels les eaux se retirèrent peu à peu comme pour permettre que le miracle pût se renouveler chaque fôis qu'il plairait à Dieu de manifester ainsi sa puissance. Les malades qui burent de cette eau furent guéris de leurs infirmités. Le peuple, dans l’admiration et dans la joie la plus vive, fit éclater sa reconnaissance envers le Seigneur, qui bénissait et les travaux de saint Marcellin et les généreux efforts de la ville d'Embrun, en agréant l’édifice qui venait d’être solennellement consacré à sa gloire. Mais la joie ne connut plus de bornes, lorsqu'on vit, au samedi saint de la même année, le prodige éclater de nouveau et durer pareillement sept jours. Il devait en être ainsi pendant plus de cinq cents ans, c’est-à-dire, autant de temps que le monument demeurerait debout. Saint Grégoire de Tours et saint Adon de Vienne attestent ce fait ; et ce dernier ajoute qu’il se renouvelait encore de son temps.
Ce miracle, joint à tous ceux que Marcellin opérait habituellement sur les malades, les infirmes et les possédés du démon, fit que toute la ville d’Embrun embrassa la foi chrétienne. Il n’y restait plus qu’un seul idolâtre d’un rang distingué ; voici comment cet homme obstiné se convertit :
Un jour, notre Saint ayant invité plusieurs personnes à sa table, l’infidèle se trouva parmi les convives. Pendant Le repas, le pieux évêque lui adressa quelques paroles bienveillantes, et lui dit gracieusement que les chrétiens
condition qu'on le lui rendrait après avoir tiré un peu de sang : les juifs le saignèrent jusqu'au blanc. Ce père dénaturé paya son forfait de sa vie.
Une mère se montra encore plus dénaturée à Cracovie; mais les juges avaient été corrompus, et ordre fut donné aux accusateurs de retirer la dénonciation.
Des faits tout aussi lamentables d'enlèvement, de soustraction ou de vente, et d'immolation d’enfants, se sont produits en divers lieux de la Pologne, en 1547, 1569, 1590, 1595, 1597, etc. : il serait trop long de les rapporter en détail.
N. B. On a observé que jamais les juifs, après leurs horribles sacrifices, n'ont rendu à la terre les dépouilles de leurs victimes : la loi leur défendant de rendre le devoir de la sépulture aux chrétiens, ils aimaient mieux laisser subsister la preuve de leur crime que d'enfreindre la lettre d'une prescription thalmudique.
n'avaient pas coutume de manger avec les gentils, et que, l’apercevant en leur sainte compagnie, il croyait voir dans cette occurrence l’heureux présage de sa conversion prochaine. « Oh ! combien je serais heureux », ajoutat-il avec une bonté touchante, « de vous voir suivre l’exemple de vos frères ! N’est-il pas étonnant qu'instruit et savant comme vous l’êtes, vous demeuriez seul incrédule au milieu de vos concitoyens ? » — « J'ai bien ouï parler », répond cet homme, « de divers prodiges qu’on vous attribue, mais je n’en ai pas été témoin; je ne vous ai vu opérer jusqu’à ce jour rien qui puisse me faire oublier ‘le grand Apollon ».
A ces derniers mots, Dieu permet qu’une coupe en cristal s’échappe des mains de l’échanson, tombe à terre et se brise. « Ordonnez », dit aussitôt l’infidèle, en se tournant d’un air incrédule vers le saint Prélat, «ordonnez à cette coupe de revenir en son entier ». Marcellin, gémissant en lui-même de ce défi railleur, conjure Dieu de ne pas endurcir cette âme, mais de la sauver, et plein de cette confiance qui commande au ciel même et à laquelle il obéit, il fait un signe de croix, et aussitôt les éclats du vase brisé se réunissent. Le païen, singulièrement frappé de cette merveille, tombe aux pieds de l’homme de Dieu et demande instamment le baptême : c'était un jour de fête; cette faveur lui fut accordée en présence d’une grande multitude, rendant grâces à Dieu d’une si éclatante conversion. Le thaumaturge se servit, le reste de ses jours, de la coupe miraculeuse.
Sa foi, sa sainteté, son abnégation, son dévouement pour les autres, des prodiges opérés en mille rencontres, firent bénir et vénérer son nom dans toutes ces contrées.
Voici un trait qui, mieux que tous les discours, fera connaître le respectueux attachement que portaient à notre Saint les habitants de ces rudes montagnes, en même temps qu’il témoigne de sa douceur et de son humilité.
Il revenait d’une excursion lointaine, et il allait, selor sa coutume, réci- . tant des psaumes, quand il voit, à quelque distance d’Embrun, une foule assez nombreuse arrêtée sur la voie publique. Ne sachant ce qu’il en est, il double le pas et s'approche. Aux cris qu’il entend pousser, il comprend ce dont il s’agit : des voyageurs se rendaient à la ville, une de leurs montures, trop fatiguée ou trop chargée, s’était abattue et on ne pouvait la relever. Le Saint arrive ; il adresse la parole à ces étrangers et les exhorte à ne pas se décourager, surtout à ne pas proférer de blasphèmes. Mais, irrités de ce contre-temps et poussés par le démon, ils s’emportent contre le Saint, et vont jusqu’à lui mettre un fardeau accablant sur les épaules.
Marcellin se soumet à tout sans laisser échapper la moindre plainte ; il se contente de leur dire : « Si le Sauveur a bien voulu prendre sur lui les iniquités de nous tous, pourquoi ne porterai-je pas, pour son amour, le faix que vous m'imposez ? » Puis, s'adressant à Dieu, il répète avec émotion ce texte du Psalmiste : « Je suis devant vous, Ô mon Dieu, comme une bête de somme, mais encore je suis avec vous ! ». En entrant dans la ville, un de ces misérables, avant d’avoir repris la charge, a l’insolence de se railler de l’humilité du Saint. Le peuple, attiré par la singularité du spectacle, se rassemble et reconnaît son évêque. Aussitôt on entoure les étrangers grossiers etinhumains ; chacun s’arme de pierres, on veut absolument les exterminer. Mais Dieu lui-même se charge de glorifier son ministre outragé : un tourbillon de feu enveloppe tout à coup le plus furieux de cette troupe impie, et lui fait éprouver d’inconcevables douleurs. Effrayé , désespéré, il pousse des cris lamentables, il se jette aux pieds du Prélat, donnant à com-