‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 285 sur 339 · LE B. HUGUES DE POITIERS, FONDATEUR DU PRIEURÉ D'ANZY-LE-DUC · texte numérisé non relu

LE B. HUGUES DE POITIERS, FONDATEUR DU PRIEURÉ D'ANZY-LE-DUC

nom, dit l'historien, était d’un heureux présage, car Anzy veut dire digne de louange, ou plutôt qui fait donner louange et gloire t.

Hugues fit valoir cette riche possession, l’améliora et l’augmenta de jour en jour. C'était sa retraite chérie ; elle lui faisait pour ainsi dire oublier les autres lieux. Il y construisit, autant que l’espace et ses ressources le lui permirent, de petites cellules régulières pour la demeure des religieux. Mais sa première pensée avait été pour les pauvres de Jésus-Christ, en faveur desquels il construisit un très-bel hôpital. C’est ainsi que Hugues, favorisé de toutes sortes de grâces, mais principalement du don de charité, - méritait les éloges qui accompagnaient toujours son nom. On ne pouvait le prononcer sans ajouter aussitôt : Ze bon père, le fidèle ami de la sainte règle.

Distant de deux milles de la Loire et de quarante milles d’Autun, Anzy voyait accourir chaque jour, de divers lieux, des personnes de tout sexe et de toute condition. On demandait humblement au saint homme des paroles de consolation ; on implorait le secours de ses prières; on réclamait la participation aux grâces et aux richesses spirituelles de sa communauté. Il était aussi, par la prudence de ses conseils, l’oracle de tous les monastères voisins. C'était lui qui faisait les plans de construction, réglait leurs affaires et nommait leurs supérieurs, quand le bien le demandait. Personne ne s’adressait à lui sans être éclairé, et sans recueillir de ses conversations quelque chose de la sagesse profonde qui était en lui.

Sa bonté et sa puissance se manifestaient surtout dans ces jours de désolation où Dieu, pour punir les péchés des peuples, permet aux éléments de troubler leur harmonie, et les charge, pour ainsi dire, de venger sa justice par de terribles fléaux. On courait à lui comme à un refuge; on le priait de désarmer le ciel ; et on le voyait, plein de confiance en la divine miséricorde, prendre la croix et les reliques des saints, et aller ainsi armé audevant de l’orage. À peine avait-il fait le signe sacré que les nuages se dissipaient, que l’air reprenait sa première sérénité. L’on vit souvent la grêle la plus violente et la plus épaisse se changer en une douce et bienfaisante rosée.

Ce pouvoir qu’il avait de commander à la nature, il l’exerçait aussi sur les hommes et sur les animaux, afin de guérir leurs infirmités. Un signe de croix, l’eau qu’il avait bénite, chassaient à l’instant les langueurs, les douleurs et les maladies. On lui portait la semence des champs, afin qu’il la bénit, et ses prières, toujours efficaces, lui donnaient une merveilleuse fécondité. On rapporte qu’il avait en horreur les prestiges et les superstitions auxquels le peuple avait coutume de se livrer le premier janvier et la veille de la Nativité de saint Jean-Baptiste. Il les proscrivait avec les plus terribles menaces, et remplissait ainsi cette parole proverbiale : « Quelles que soient les œuvres de votre zèle et votre fermeté dans le bien, vous n’avez pas encore la véritable vertu, si vous ne condamnez le mal ».

Il ne cessa, jusqu’à la fin, d'annoncer aux religieux, ses frères, la parole du salut, de les exhorter, avec la bonté d’un père, à faire pénitence de leurs péchés, à se conserver dans la grâce, à se prémunir contre les dangers que rencontrerait leur faiblesse, et surtout à garder inviolable le dépôt sacré de la foi catholique. |

I n'avait plus que trois ans à passer sur la terre. Voulant donc se pré-

1. Enziacus namque quasi laudabilis seu laudativus dici potest. Vita S. Hug. AA. SS. — Voir, sur

cette étymologie, la savante brochure de M. l'abbé Cucherat, sur le bienheureux JIlugues et le prieuré d'Anzy, et la note 2 ci-après, p, 539.

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538 D avi.

parer à son passage, il renonça à toute occupation extérieure et s’enferma dans sa cellule, pour s’abandonner librement aux larmes et à la prière. C’est là que, pratiquant une pauvreté plus rigoureuse que celle de ses moines, il se faisait un riche trésor pour le jour du triomphe.

Cet heureux moment arriva pour lui vers la fin du Carême. L’approche des solennités pascales avait augmenté l’ardeur de ses désirs. Enfin, les mains élevées au ciel, les yeux baignés de larmes et la prière sur les lèvres, il parut entrer en extase ; c'était le sommeil du juste. Sa sainte et bienheureuse âme quitta son corps pour aller à Jésus-Christ le douze des calendes de mai (20 avril) 928. Il fut inhumé par ses frères tout près de sa cellule. Le Seigneur se plut à illustrer ce lieu par toutes sortes de prodiges. Les infirmes y accouraient en foule pour obtenir la guérison de leurs maladies. On se pressait autour de son tombeau. On l’invoquait comme un père, et chacun se retirait, joyeux d’avoir obtenu, par son intercession, les grâces qu'il avait sollicitées.

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