‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 286 sur 339 · RELIQUES. — L'ÉGLISE ET LE PRIEURÉ D’ANZY · texte numérisé non relu

RELIQUES. — L'ÉGLISE ET LE PRIEURÉ D’ANZY

Quelques années plus tard, on fit la translation des reliques de saint Hugues, le 43 décembre, avec un pompeux appareil. Ses ossements furent découverts et relevés en présence d’un nombreux concours de peuple. Après qu’on les eut lavés respectueusement dans du vin et du baume, on les plaça dans une chapelle, où ils furent exposés à la vénération publique. Dès lors, une foule de pèlerins accouraient au tombeau de saint Hugues, et y passaient souvent les jours et les nuits pour prier. En 1025, les reliques du Saint furent portées au concile assemblé à Anse 1, dans le diocèse de Lyon. Les religieux d’Anzy, chargés de ce saint dépôt, recueillirent, sur leur passage, les témoignages de la foi la plus vive de la part des fidèles. A l’arrivée des reliques à Anse, les Pères du concile saluèrent saint Hugues comme un ange de miséricorde et de paix, et bientôt les grâces merveilleuses, obtenues par ceux qui l’invoquèrent, attestèrent combien sa protection était puissante auprès de Dieu.

Témoin de tant de signes de la puissance de Dieu, un homme, qu’animaient la foi la plus vive et le plus ardent amour, s’approcha du saint corps, et, debout en sa présence, les mains élevées au ciel, les yeux baignés de pleurs : « Saint Hugues », s’écria-t-il, « illustre Confesseur de Jésus-Christ, admirable thaumaturge, je vous en conjure par la grâce du Créateur tout-puissant que vous avez reçu avec tant d’abondance, obtenez de Jésus-Christ que, s’il veut m'appeler à lui cette année, il ne permette pas que je sorte d'ici, mais que, en présence de vos saintes reliques, j'obtienne ce que je souhaite si ardemment ». — Et, répétant ces mêmes paroles, il restait comme immobile. Enfin, après deux ou trois heures, il fléchit tranquillement les genoux et, se prosternant contre terre, il expira.

Un tel spectacle frappa d’épouvante la foule immense qui remplissait le temple ; on éclata aussitôt en louanges et en cris de bénédictions ; on rendait gloire à Dieu qui, pour l'honneur de son serviteur saint Hugues, donnait à son peuple, dans cet événement, une si pieuse leçon. On vit, dans la mort de cet homme, l’accomplissement de cetle parole si connue : « Peut-il mal mourir celui qui a bien vécu ? »

Saint Odilon, abbé de Cluny, qui était présent, proposa d’inhumer cet homme au lieu même où, par les prières de saint Hugues et par la volonté de Dieu, il avait obtenu de rendre le dernier soupir. On lui donna donc la sépulture en cet endroit ; et, d’après l'avis commun, on éleva sur sa tombe une petite cellule, pour être, aux siècles futurs, comme un mémorial de cet événement miraculeux.

La châsse de saint Hugues resta exposée, dans l’église d’Anzy, à la vénération des fidèles jusqu’à l’an 1562. À cette époque, Anzy ayant été envahi par les Reitres, le tombeau du Saint fut détruit, et ses ossements brûlés par les Huguenots. Ainsi disparurent ces restes sacrés, auprès desquels le peuple chrétien avait prié tant de fois avec confiance. Mais son nom resta toujours en vénération dans l'Eglise, et les martyrologes marquent sa fête au 20 avril, en lui donnant le titre de Saint ou de Bienheureux.

Sa fète ne se célébrait autrefois qu’à Saint-Martin d'Autun et à Anzy. Depuis le retour à la liturgie romaine, qui s’est fait ces dernières années, elle a été, par une faveur spéciale, étendue à tout le diocèse d’Autun.

Le bienheureux Hugues en sa vie, et sans doute de sa tombe vénérée, préservait les habitants

1. Anse, petite ville du Lyonnais, près Villefranche. Il s'y est tenu cinq conciles : en 1025, 1070, 1076, 1110, 1112.

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