LE B. HUGUES DE POITIERS, FONDATEUR DU PRIEURÉ D'ANZY-LE-DUG
d'Anzy et lieux circonvoisins du fléau de la grèle. Mais depuis que les religionnaires avaient profané son tombeau et jeté ses cendres au vent, on avait vu les fléaux se multiplier. On voulut done avoir un nouveau gage présent et sensible de la miséricorde divine. Le pape Clément IX accorda, au prieuré d’Anzy, les reliques des saints martyrs persans Abdon et Sennen f, A l’époque de la Révolution de 4793, les reliques de ces saints Martyrs semblaient destinées, comme tant d’autres, à subir la profanation. On regrette de ne plus savoir le nom du chrétien courageux qui les en a préservées. Que cette bonne action porte bonheur à sa famille! Comme il emportait le pieux trésor au fond d’un sac, il rencontra un étranger qui lui demanda : « Qu’emportes-tu là, citoyen ? » — « Du mafton », aurait-il répondu. Chacun, dans le pays, sait qu’on appelle ainsi le | résidu des noix dont on a extrait l'huile, auquel on donne la forme de pain. : Il arrive trop souvent que les contrées les mieux favorisées du côté de la nature sont les plus . éloignées de la vie surnaturelle. Ce n’est point la faute d’un beau ciel, d’un heureux climat, d’une | terre gracieuse et fertile ; c’est moins encore la faute de Dieu si les populations favorisées de tous | ces avantages s'y laissent prendre comme à un appât dangereux, et sont plus oublieuses de Dieu, # de son culte et de ses commandements que celles qui en sont privées. Pauvre nature humaine, ta | chute peut seule expliquer ton histoire!
Mais voici un petit peuple qui s’est chargé de justifier, de génération en génération, la divine Providence parmi nous. Personne ne conteste la beauté et la fertilité du bassin de l’Arconce, où s'élève Anzy-le-Duc. Ce peuple, en plein xixe siècle, se retrouve tel qu’il fut dans tous les temps, plein de religion et de bonnes mœurs, conservant unanimement, au milieu de l’aisance et de l’activité, des sentiments de modération et de sagesse, des opinions d'ordre et d’honnêteté, malgré * toutes les séductions et les sollicitations qui les entourent. Grâces en soient rendues, sans doute, à l’envoyé céleste qui fut autrefois, au milieu de leurs pères, comme ils se montrent eux-mêmes aujourd’hui, digne de louanges devant Dieu et devant les hommes !
| Le prieuré d’Anzy ? fut fondé cinq ans après Cluny, c’est-à-dire l'an 913, quoique la donation - de Letbald et d’Altasie eût précédé de trente ans cette fondation définitive.
Pendant les neuf cents ans de son existence, le prieuré d'ANY échappa à bien des périls, survécut à bien des épreuves.
En 1368, les bandes anglaises, sous la conduite du Prince-Noir, le dévastèrent.
Il reste aussi des traces du passage des Huguenots : une brèche qui n’a jamais été réparée ; les pierres de l'enceinte claustrale et de la façade de l’église rouges encore de calcination.
L'année 1791 fit plus ; les religieux furent expulsés définitivement, leurs biens et leur demeure confisqués au profit de la nation.
La position du prieuré d’Anzy est vraiment admirable et justifie l'enthousiasme de tous ceux qui en ont écrit, dès le x1e siècle, y compris le moine anonyme, auteur de la vie de saint Hugues.
. Elevé à l'extrémité d'une colline qui s’avance vers le nord en forme de promontoire et empiète sur la jolie et riche vallée de l’Arconce, il voit à ses pieds un tapis toujours vert et animé, formé par de vastes prairies et terminé, dans le sens de sa longueur, par les hauteurs de Montceaux et de la Chassagne, sur la gauche ; de Saïint-Christophe et de Varennes, à droite.
L'église, une belle église romane, frappe d’abord les regards par sa grâce et son élévation qui paraît doublée, vue du côté de la vallée. Sur la crête orientale du mamelon, et du nord au midi, s’élevaient les édifices réguliers, devenus une magnifique et spacieuse habitation moderne. Mais on a tenu à conserver la grande salle de réception avec sa cheminée du xvie siècle, ornée de fresques et de dorures. Le culte religieux est venu s’associer en ce lieu au respect de la vénérable antiquité et l'élever à un ordre plus sublime. Cette pièce curieuse est aujourd’hui changée en gracieux oratoire. C’est le lieu du silence, de la pensée chrétienne et de la prière, qui toujours portent bonheur.
Le premier objet qui attire l’attention, quand on approche d’Anzy, c’est l'élégante tour octogone qui s'élance au-dessus du prieuré et se détache sur l’azur du ciel. Ce n’est pas, sans doute, le Campanile de Florence, ce bijou que Charles-Quint aurait voulu renfermer dans un étui d’or. La tour d’Anzy, toutefois, est admirable par sa forme et ses proportions, et encore il lui manque