Voir la vie des saints Abdon et Sennen
3. Origine d'Anzy. — D'après la signification étymologique de son nom, Anzy serait une colonie grecque, car Anzy dérive de Atveotx, Atvnots, laus, louange, quasi locus laudativus. Ce n'est point 1à ua fait isolé en Bourgogne : beaucoup d’autres noms de villes signalent le passage de la race hellénique qui était, on le sait, éminemment commerçante. Il est facile, par exemple, de démontrer que Semur, Semurium, Senemurium, n'est autre que Z£emoptoy, venant de Zepvos, saint, et de Pcoy, sommet, promontoire. 11 y avait à Rome une colline consacrée à Apollon qui s'appelait de même Semurium. Digoin, Digonium, Digonica, a conservé toute sa physionomie grecque : Atywytæ, de Ais deux, et de l'œytx, angles, comme qui dirait deux angles formés par l'Arroux, se jetant dans la Loire.
Quoi qu'il en soit de l'origine grecque d'Anzy, il est certain, d’après la charte de fondation du prieuré, que c'était peu de chose comme agglomération d'habitants; car cette charte l'appelle locus, un lieu (in loco qui dicitur Anziacus). Si donc les moines n'ont pas fondé Anzy, ils l'ont certainement fait renaître de ses cendres. M. Cucherat, op. cit. :
sa flèche d'autrefois, détruite par le feu du ciel le 22 mai 4652. Aujourd'hui, le toit octogone à tuiles creuses est presque plat.
Mais entrons dans l'édifice.
Avant de descendre les trois marches par lesquelles on arrive dans l’aire de l’église, recueillons notre esprit. Tout nous y invite : les belles proportions du vaisseau, ses ornements sévères, une clarté doucement assombrie, et suriout cet ensemble harmonieux de couleurs et de tons qui remplit le chœur.
La longueur totale de l’église d’Anzy est de 40 m. 37 c. dans œuvre ; la largeur de la nef, de 44 m. 26 c., et la hauteur, sous les arcs doubleaux, de 41 m. 39 c.
Un double rang de cinq piliers, cantonnés de pilastres et de colonnes engagées, couvertes à la base de torsades, de roses, de feuillages, forme trois nefs divisées en cinq travées.
Une inscription contemporaine, peinte sur bois et appendue intérieurement au-dessus de la porte de l’église d’Anzy, annonce que cette église aurait été construite en 880. Le vénérable auteur de cette inscription, M. Gauthier, ancien curé d'ANZY, a recueilli les traditions locales qui, | en fait de date, ne sont pas un guide toujours bien sûr.
L'église d’Anzy n’a pas été construite avant l’an 1000 ; mais aussi, sa construction ne peut être reportée en-decà de la première moitié du x£e siècle; car si l’on écoute le langage architectonique de l’église d'Anzy, il est impossible de n’y pas reconnaître tous les caractères du style romanobyzantin-primaire de l’an 14000 à 4090.
Quand les biens du prieuré d'Anzy et le prieuré lui-même furent vendus révolutionnairement, l’église ne fut point comprise dans la vente et demeura dans la catégorie des biens dits nationaux, sauf la crypte dont le prieur d’Andreville avait eu antérieurement la déplorable idée de faire une cave à l'usage de la maison, la regardant comme un hors-d'œuvre depuis que le corps du bienheureux Hugues n’y reposait plus.
A l'époque du concordat de 1804, qui rétablit définitivement l'exercice publie du culte, personne n’eut la pensée de transférer dans l'église priorale le centre de la paroisse. L’ usurpation sacrilége était encore trop récente ; on pouvait s’effrayer des trop grandes dépenses nécessaires à la restauration et à l'entretien d’ un grand vaisseau ; et puis, « le plus grand nombre des habitants n’avaient-ils pas été baptisés ou mariés dans l'ancienne église ? Le cimetière qui l’entourait n’étaitil pas le lieu de repos des ancêtres ? Ces sentiments, qu'on le croie bien, tiennent aussi fort au cœur de l'habitant des campagnes que la racine du chène à la terre qui l’a nourri, et l'habitude de s’agenouiller dans: une église, à une place connue, a bien pu faire méconnaitre un moment le précieux avantage de conserver le monument dont la commune entière aujourd’hui se montre heureuse et fière tout à la fois ».
L'église priorale demeura donc abandonnée et considérée comme place publique. On y jouait, on y faisait le négoce. Dans plusieurs endroits, on avait établi des alambics pour la distillation de l’eau-de-vie.
Un état de chose si déplorable ne pouvait manquer de causer d’affreuses dégradations et de hâter la ruine de l'édifice. L'administration centrale du département allait y aider, à son tour, en 1808, lorsqu'elle mettait en adjudication à l'enchère ce beau monument qui ne pouvait échapper aux mains de la Bande notre sans le dévouement de quatre honorables habitants d’Anzy. MM. Georges-Marie Grizard, Laurent Thomas, Antoine Bachelet, Emery Saulnier, forment une société pour racheter l'église priorale. L'un d'eux se met en route pour arriver à Mâcon au jour de l’adjudication. Chemin faisant, il rencontre l’homme de la Bande noire, et achète au prix de trois cents francs son désistement. L’adjudication se tranche en faveur de la société conservatrice pour deux mille huit cents francs, et l'acte en est passé le 3 mars de la même année et enregistré le 5 dudit mois.
Le monument était sauvé. Plus exposé aux passions impies de la première effervescence révo lutionnaire, le portail fut aussi moins favorisé que l'ensemble du monument, et nous avons recueiili de la bouche d'une personne bien digne de foi que la mutilation des personnages sculptés dans son cintre était due à la cupidité d’un habitant de la commune à qui l’on donna, dans ces tristes jours, une modique prime de trois sols pour chaque tête abattue. Mais l'impiété pas plus que le crime ne saurait porter bonheur. Dieu à ses jours de patience parce qu'il est éternel, comme il à ses jours de justice... Un jour vint aussi où l'on retira du fond d'un puits, dans lequel il était tombé par accident, le cadavre de ce malheureux maçon dont la main sacrilége mutilait à Anzy les statues des Saints.
A côté des personnes qui ont conservé l’église d’Anzy, nous voudrions placer le nom de celles qui l'ont restaurée, mais cela nous entrainerait trop loin. Qu'il nous suffise de dire que, grâce à l'initiative et à la générosité du pasteur et des fidèles, les autels ont été redressés, les statues replacées sur leurs piédestaux, les chapelles décorées, les anciennes peintures murales respectées et rafraichies.
La Vie de saint Hugues a été écrite par un moine anonyme qui vivait au x1e siècle, et qui l'a com posée sur des documents sûrs et authentiques. Elle a été publiée par les Bollandistes, 20 avril, et par Mabillon, Acta Sanctorum, t. vir. — Nous avons consulté et utilisé, en outre : les Vies des Saints de Franche-Comté; le Légendaire d'Autun ; le Bienheureux Hugues de Poiliers, etc., par M. l'abbé Cucherat.