‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 289 sur 339 · LA BIENHEUREUSE ODA. SA · texte numérisé non relu

LA BIENHEUREUSE ODA. SA

LA BIENHEUREUSE ODA 4158. — Pape : Adrien IV. — Roi de France : Louis VIT,

Que chacun se renferme modestement dans le don qui lui a été départi.

Ep. aux Rom., xxx, 8.

Elle naquit dans le Brabant, à l’époque où Liétard gouvernait l’église de Cambrai (1131-1137). Son père s'appelait Wibert, sa mère Thesceline : tous deux descendaient des plus nobles familles du pays et étaient aussi distingués par leur vertu que par leurs richesses. Dès son plus bas âge, elle témoigna un grand amour pour la piété et des dispositions très-heureuses pour la vertu. Méprisant les pompes mondaines et les distinctions que recherche la vanité, elle ne voulait d’autres ornements que ceux de la vertu; aussi portait-elle empreintes sur le front la pudeur et l'innocence d’une belle âme. Afin de garantir sa chasteté et de l’assurer contre les dangers qu’elle pouvait courir dans le monde, elle résolut de s’en éloigner et de conserver ainsi dans toute sa fraîcheur la fleur de sa virginité, qu’elle voulait consacrer à Jésus-Christ. Dès lors elle ne quittait presque plus ses parents et n’admettait dans sa familiarité que quelques jeunes personnes de son âge, qui, comme elle, aimaient et servaient Dieu, et pratiquaient fidèlement toutes les vertus de leur sexe. Souvent aussi on la voyait recueillie en elle-même, et s’entretenant intérieurement avec le Dieu qui fait ses délices d’habiter dans les âmes pures et innocentes.

La bienheureuse Oda croissait en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Elle faisait l’édification de tous ceux qui la voyaient, la consolation et le bonheur de ses parents, qui formaient déjà pour leur fille chérie les plus beaux projets d'avenir. Mais des pensées bien différentes des leurs remplissaient en ce moment l’esprit de la jeune vierge, qui sentait en elle un attrait toujours de plus en plus sensible pour la vie religieuse. Avec cette confiance ingénue qu’on trouve souvent dans les âmes droites qu’agite un désir ardent, Oda communiqua son dessein à un parent. Elle le pria en même temps de l’aider à le réaliser, et sollicita de sa part une demande auprès de l’abbé du monastère de Bonne-Espérance, pour qu’il consentit à lui donner le voile des vierges.

Le parent auquel Oda s’était confiée ne répondit pas à son attente ; au contraire, il sempressa d’aller avertir Wibert et Thesceline afin qu’ils prissent, le plus tôt possible, les mesures qui devaient entraver le dessein de leur fille et le faire échouer. Aïnsi, au moment où la jeune vierge se réjouissait à la pensée que, sous peu de jours, elle pourrait quitter le monde pour aller se consacrer tout entière à son Dieu dans quelque solitude, on préparait tout ce qui devait devenir un obstacle à la réalisation de ses vœux. En effet, il fut bientôt convenu, par le conseil des parents qu’on interrogea secrètement, que l’on chercherait à l’engager dans les liens du mariage avant peu de temps. Cette intention fut adroïtement manifestée dans les principales familles du pays, et plusieurs jeunes seigneurs se présentèrent pour obtenir la main de la jeune Oda. L’un d’entre eux, appelé

Simon, ayant été accueilli par Wibert et son épouse, des engagements furent pris et acceptés de part et d’autre. Le jour même où devait être célébrée cette alliance fut fixé selon les désirs du jeune chevalier. |

On avait gardé dans toute la suite de cette affaire un secret si profond, qu’Oda, toujours persuadée que son parent s’occupait du projet qu’elle lui avait communiqué et travaillait à le faire réussir, n’avait rien deviné de ce qui se passait autour d'elle. Ses parents eux-mêmes, qui craignaient sans doute une opposition qu’on voulait absolument surmonter, ne lui en avaient fait jusqu'alors aucune confidence ; aussi sa surprise fut-elle extrême quand elle apprit qu’ils avaient résolu de lui donner un époux, et qu’ils avaient fixé leur choix sur Simon, jeune seigneur de noble famille.

La grâce ne manqua pas à la bienheureuse Oda devant l’épreuve où elle se trouvait engagée. La correspondance fidèle qu’elle y apporta, la rendit victorieuse dans cette lutte héroïque de la virginité et de l’affection naturelle des parents. Toutefois ce ne fut pas sans de violents efforts. Après le premier moment de surprise et de douleur que lui causa cette communication étrange et inattendue, la jeune Vierge se recueillit en elle-même pour consulter l’esprit de Dieu qui lui avait inspiré son dessein, et de qui elle attendait le courage et la force nécessaires pour l’accomplir. A la lumière de la foi elle comprit qu’il faut souvent passer par les contradictions, les tentations et les souffrances pour pouvoir accomplir les volontés de Dieu sur nous; qu'il permet ces oppositions de nature et des affections terrestres afin d’éprouver la vertu des âmes fidèles et de rendre leur sacrifice plus méritoire à ses yeux, et qu’enfin jamais il ne refuse la victoire à ceux qui, dans ces combats de la chair contre l'esprit, savent, comme le Prophète, lever les yeux vers le ciel et en appeler le secours, la lumière et la force.

Ces pensées consolantes avaient ramené le calme dans l’âme de la jeune et vertueuse Oda. S’abandonnant donc entièrement à l’esprit de Dieu qui la dirigeait, elle voyait approcher sans crainte le moment où elle aurait à manifester ouvertement ses sentiments et les énergiques résolutions de sa volonté. En attendant, elle ne cessait, le jour et la nuit, d'adresser à Dieu de ferventes prières, afin qu’il lui plût de donner à son humble servante la victoire dans la lutte qui allait s'engager. Déjà, en effet, commencaient, sous ses yeux, les préparatifs de la noce, à laquelle on voulait donner une grande magnificence. Seule tranquille au milieu de ce mouvement général de tout ce qui l’entourait, la jeune vierge semblait ne pas même s’inquiéter de cet appareil déployé pour une cérémonie à laquelle elle était bien résolue à ne prendre aucune part. Ses parents n’avaient pu s'empêcher de remarquer cette contenance calme et réfléchie de leur fille, et ils semblaient vouloir se tromper eux-mêmes sur les motifs qui pouvaient la déterminer. Après la déclaration qu'avait faite Oda de son désir de se consacrer à Jésus-Christ, après le sentiment de douloureuse surprise qu’elle ne put retenir, au moment où ils lui parlèrent de sa future union avec le jeune Simon, il n’était guère possible qu’ils fussent sans inquiétude sur les dispositions de leur fille et sur une détermination que tout en elle faisait pressentir. Ce fut peut-être afin de dissimuler complétement ces appréhensions, que Wibert, la veille même du jour des noces, voulut faire entendre à sa fille que le moment de réaliser ce projet était encore éloigné. Cependant le lendemain dès le matin, l’on vit arriver au château du père d’Oda le jeune chevalier Simon, accompagné d’un grand cortége de parents et d’alliés invités à la fête. Le cœur de la jeune vierge était extrêmement ému en voyant tout ce qui se passait sous ses yeux : elle renouvelle alors sa géné-

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