‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 294 sur 339 · S. SIMÉON, ARCHEVÊQUE DE SÉLEUCIE, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS · texte numérisé non relu

S. SIMÉON, ARCHEVÊQUE DE SÉLEUCIE, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS

secret, rentra en lui-même et détesta son crime. « Malheureux que je suis ! » s’écria-t-il, «les yeux baignés de larmes; si la conduite que Siméon vient de tenir à mon égard m'est si sensible, comment pourrai-je soutenir l'indignation du Dieu que j’ai lâchement renié ? » Plein de ces pensées, il court à sa maison, quitte les habits précieux dont il est revêtu, en prend de couleur noire, que les Perses avaient coutume de porter dans les temps de deuil, et retourne à la porte du palais.

Le roi, informé de ce qui se passait, envoya demander à l’eunuque le motif de sa conduite. Sa réponse ne lui ayant pas donné des lumières suffisantes, il voulut qu'on le lui amenât : « Il faut », lui dit-il en le voyant, « qu’un esprit ennemi se soit emparé de vous. — Grand roi, répondit l’eunuque, ce n’est rien de ce que vous pensez. Qui eut jamais plus lieu que moi de s’attrister ? J'ai péché contre Dieu en adorant le soleil, et contre vous, en trahissant ma conscience qui désavouait l’acte extérieur d’idolâtrie que je faisais. — Quoi ! reprit Sapor transporté de fureur, c’est là ce qui vous afflige ? Eh bien, je saurai vous mettre à la raison, si vous ne quittez au plus tôt ces folles idées. — ZL'eunuque. J'en prends à témoin le Seigneur du ciel et de la terre; je ne vous obéirai plus en ce point, et désormais je ne tomberai pas dans un crime dont je me repens avec toute l’amertume de mon cœur. Je suis chrétien, et je vous déclare que l’envie de plaire aux hommes ne me rendra point perfide envers mon Dieu. — Le Roi. J'ai pitié de votre vieillesse, et je suis fâché que vous vouliez perdre le mérite de vos longs services. Je vous en conjure, n’adoptez pas les préjugés d’une troupe de méchants, ou vous me forcerez de vous envelopper dans leur perte. — L'eunuque. Sachez que je n’abandonnerai point le vrai Dieu pour adorer de simples créatures. — Ze Roi. À vous entendre, j'adore donc des créatures ? — L'eunuque. Oui, et ce qu’il y a de plus déplorable, vous adorez des créatures inanimées et dépourvues de raison ». Le roi, outré de colère, ordonna qu’on appliquât le confesseur à la question; mais la noblesse obtint qu’il fût mis à mort sur-le-champ.

Lorsqu'on était sur Le point de le conduire au supplice, il envoya prier le roi de faire publier qu’on le mettait à mort non pour avoir commis quelque crime, mais pour n’avoir pas voulu abjurer la religion chrétienne. Son but, en faisant cette prière, était de réparer le scandale qu'il avait causé par son apostasie. Le roi lui accorda ce qu’il demandait pour un effet tout contraire. Il s’imaginait que la mort d’un fidèle sujet exécuté pour cause du christianisme, détournerait les Perses d’embrasser une telle religion. S'il eût mieux connu les Chrétiens, il aurait vu que le supplice de ce brave officier devait contribuer à les affermir dans la confession de leur foi. Le généreux vieillard fut décapité le jeudi saint, le treizième jour lunaire en avril.

Cependant saint Siméon apprit dans sa prison le martyre de Guhsciatazades; il en rendit grâces à Dieu, et se sentit plus que jamais embrasé du désir de donner sa vie pour la foi qu'il professait. « O l’heureux jour », s’écria-t-il, « que celui où je mourrai pour Jésus-Christ ! Il me délivrera des dangers et des misères de cette vie, me mettra en possession de la couronne après laquelle je soupire depuis si longtemps. Alors finiront mes peines; alors seront essuyées pour toujours les larmes que je ne cesse de répandre », Le Saint, en parlant ainsi, avait les mains levées au ciel. Les deux prêtres qui étaient emprisonnés avec lui, regardaient avec admiration son visage, où l’ardeur de l’amour divin répandait une grâce toute céleste. Siméon passa en prières la nuit du jeudi saint. « O Jésus », disait-il, « exaucez-moi, tout indigne que je suis de vos miséricordes ! faites que je boive ce calice au

jour et à l'heure même de votre passion; qu’on sache que Siméon a obéi à son Seigneur jusqu’à lui sacrifier sa vie ».

Le Saint ayant été conduit le lendemain devant le roi et ayant refusé de l’adorer, le prince lui dit : « Quel est le résultat des réflexions que vous avez faites cette nuit ? Profitez-vous de mes bontés, ou persistez-vous dans votre opiniâtreté et dans cet esprit de fureur qui vous faisait choisir la

- mort ? Adorez le soleil une fois, et je vous laisserai libre pour la suite. Vous aurez votre liberté à cette condition, et je m'engage même à me déclarer votre protecteur contre vos ennemis. — Siméon. À Dieu ne plaise que je me rende coupable d’un tel crime et d’un tel scandale ! — Ze Roï. Le souvenir de notre ancienne amitié m'avait porté à faire usage des voies de douceur; mais puisqu'elles sont inutiles, vous devez vous imputer votre malheur à vous-même. — Siméon. Cessez de vouloir me séduire par vos caresses. Pourquoi différez-vous de m’immoler ? La table est déjà préparée, et je n’attends plus que l’heureux moment de participer au banquet sacré où le Seigneur m'invite. — Le Roi (en s'adressant aux officiers de sa cour) : Voyez la folie de cet homme, qui consent à mourir plutôt que de renoncer à ses idées particulières ». Il condamna ensuite le Saint à être décapité.

On tira de la prison cent autres chrétiens pour les mener au supplice en même temps. Cinq étaient évêques, quelques-uns prêtres et diacres, les autres servaient dans l’église en qualité de clercs inférieurs. Le principal juge leur dit qu’ils pouvaient sauver leur vie en adorant le soleil; mais ils répondirent d’une voix unanime qu'ils souffriraient toutes sortes de tourments plutôt que d’outrager le vrai Dieu par une lâche apostasie. Les bourreaux se mirent donc en devoir de les exécuter. Siméon, qu’on rendit témoin de leur supplice, dans l’espérance qu’il se laisserait peut-être ébranler, les exhortait à persévérer dans la confession de la foi et les consolait par l’espérance d’une heureuse résurrection. Lorsque les cent chrétiens eurent été décapités, Siméon reçut aussi la couronne du martyre avec les prêtres Abdhaïcla et Hananias.

Tandis que le dernier ôtait ses habits, il fut tout à coup saisi d’un tremblement involontaire. Phusikius, créé depuis peu k£arugabare ou intendant des travaux du roi, s’en aperçut et lui dit : « Rassurez-vous, Hananias; fermez les yeux, et vous verrez dans un moment la divine lumière de Jésus- Christ ». On conduisit aussitôt Phusikius devant le roi, pour y rendre compte de ce qu’il venait de dire. Le prince lui reprocha la prétendue ingratitude dont il avait payé ses bienfaits; mais celui-ci répondit : « Je voudrais pouvoir échanger ma vie contre la mort de ces généreux chrétiens. Je renonce donc à vos honneurs remplis de troubles et d’inquiétudes, La grâce que je vous demande est de m’associer à ceux dont je viens de voir le supplice. Rien ne peut être plus heureux que leur mort. — Ze Roi. Quoi ! vous préférez la mort à votre dignité ? Il faut que vous soyez extravagant. — Phusikius. Je n’extravague pas, mais je suis chrétien, et voilà pourquoi la mort, jointe à une ferme espérance en Dieu, me paraît préférable à tous vos honneurs ». Le roi, furieux, ordonna qu'on lui fit souffrir un genre de mort extraordinaire. Les HUE lui percèrent le cou et lui arrachèrent la langue. Il expira dans cette horrible torture. Il avait une fille qui avait consacré à Dieu sa virginité : elle fut aussi arrêtée et coñdamnée à mort !.

Saint Siméon souffrit le martyre le 17 avril 345. Saint Maruthas fit la translation de ses reliques, et les déposa en l’église de sa ville épiscopale,

1. M. Joseph Assemani, x Calend. univ, donne un catalogue de tous les Martyrs qui souffrirent en Perse sous 1cs rois Sassauides, et qui sont nommés dans les martyrologcs au 17 avril.

qui a pris de là le nom de WMartyropolis. Notre Saint est nommé sous le 24 avril dans le martyrologe romain; mais son nom se trouve le 17 du même

mois dans les menées des Grecs. Le ménologe de l’empereur Basile en fait mémoire le 14 avril.

Ce récit est tiré des Actes sincères des Martyrs d'Orient, publiés par Assemani, t. rer, p. 1. Nous l'avons emprunté presque textuellement à Godescard.

SAINT ANASTASE LE SINAITE, PRÈTRE ET MOINE Après l'an 686.

Le docteur qui veut être vraiment utile à ceux qu'il enseigne, doit non-seulement frapper leurs oreilles du bruit de ses paroles, mais les aider de ses prières. 2

S. Chrysost., serm. xxx11, Ÿn Epist. ad Rom.

La vie monastique commençait à s’affaiblir en Orient. Les moines étaient devenus théologiens : la discussion troubla la solitude et prit la place de la prière. Le moment viendra où, pour ne s'être pas attachés, comme ceux d'Occident, à la chaire de Pierre et à ses enseignements, ils déclineront peu à peu dans leur force et s’enfonceront graduellement dans le néant. Depuis des siècles, ce qu’il en reste est réduit à la plus affligeante impuissance.

Dieu suscità cependant des hommes puissants en œuvres et en paroles, pour leur montrer l’abîime. De ce nombre fut assurément saint Anastase le Sinaïte, dont les prédications et les écrits furent surtout dirigés contre les moines brouillons et les prêtres prévaricateurs:

Saint Anastase est né en Syrie ou en Palestine : on ne sait rien de certain à ce sujet; mais ce qui n’est pas douteux, c’est qu’il reçut une excellente éduc2tion. On lui apprit dès son enfance à adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ avec un profond respect, comme le Dieu tout-puissant, le créateur de l’univers et la splendeur du Père céleste. Quand il lisait ou entendait lire l'Evangile, c'était avec la même foi que s’il eût entendu la voix de ce divin Sauveur. Il recevait son corps sacré à la communion avec les mêmes sentiments que s’il l’eût tenu dans ses bras; et il contemplait ses saintes images comme s’il l’eût vu lui-même.

Ces excellentes dispositions le portèrent à embrasser la vie religieuse. Sa ferveur le porta ensuite à aller visiter les saints lieux de Jérusalem ; ce qui prouve que son monastère n’était pas au voisinage de cette ville, puisque ce fut comme un pèlerinage qu'il y vint faire ; et de là, pressé du désir d’une vie plus austère que celle qu’il avait menée jusqu’alors, quoiqu’elle le fût déjà beaucoup, il passa en Arabie chez les solitaires du mont Sinaï, dont les vertus ravirent son cœur et le fixèrent dans leur solitude.

Il s’appliqua principalement à obéir aveuglément et à servir tous les frères ; ce qu'il faisait avec tant d’humilité, que les religieux attribuèrent depuis à ces saintes pratiques les dons merveilleux de science et de sagesse qu'il reçut de Dieu avec abondance, et qui furent pour les autres une source d'instruction et d’édification.

En effet, l'esprit de Dieu qui résidait en lui, et qui le destinait à confirmer ses frères dans la foi, en un ternps où les églises d'Orient étaient troublées par les hérétiques, ne le laissa pas oisif. Anastase devint, par ses conseils particuliers, et par ses vives exhortations, par ses discussions publiques, et par sa plume, comme le fléau de l'erreur, le flambeau de la vérité, le ferme appui des orthodoxes et la consolation de l'Eglise affligée.

Le caractère de prêtre, dont il fut alors revêtu, lui donna encore plus d'autorité et de crédit pour la défendre contre les Eutychiens, qui n’admet-

.taient en Jésus-Christ qu’une nature — la nature divine — dans laquelle, à les entendre, la nature humaine s'était confondue et perdue, comme se confond avec l’eau la goutte de vinaigre jetée dans la mer, mais surtout contre les Acéphales qui disaient la même chose, tout en rejetant l'autorité des premiers auteurs de l’hérésie.

Les Acéphales, qui faisaient bande à part, étaient eux-mêmes divisés en deux sectes principales : les Sévériens et les Théodosiens, ainsi nommés de leurs chefs. Les Sévériens tenaient que Jésus-Christ avait été incorruptible, de peur qu’en le disant corruptible, ils n’eussent été obligés d'admettre une distinction entre le corps de Jésus-Christ et le Verbe de Dieu, distinction qui les aurait entraînés à reconnaître les deux natures. Mais si Jésus- Christ est incorruptible, il n’a pu souffrir ; dès lors, toute l’économie de la Rédemption était renversée. Pour la sauver, les Théodosiens disaient donc que le corps de Jésus-Christ était corruptible. En somme, tous étaient d’accord pour soutenir la confusion des deux natures en Jésus-Christ : ils différaient sur la manière de l’expliquer. Ce sont surtout les Sévériens et les Théodosiens qui faisaient du bruit à Alexandrie, infestaient l'Egypte, la Syrie, la Palestine, et c’est contre eux que saint Anastase eut surtout à lutter. :

Comme il avait une profonde connaissance des divines Ecritures et des ouvrages des saints Pères, et que d’ailleurs il n’ignorait aucun des artifices des hérétiques, il ne les attaquait jamais qu'avec avantage, et aucun ne pouvait résister à la force de son zèle et de ses raisonnements. Ayant à disputer avec eux, il expliquait, par des définitions claires et distinctes, le sens des termes qu’il devait employer pour éviter toute équivoque, et convenait avec eux de ce qu’il pouvait leur accorder sans toucher à la foi, afin de se fixer uniquement au sujet de la controverse, et, pour qu’ils n’éludassent pas la force de ses raisons par des subtilités et des défaites, comme ils faisaient ordinairement quand ils ne pouvaient pas répondre, il les tenait fortement dans la question. Souvent il exigeait d'eux des aveux sur des points de doctrine, qu’ils ne pouvaient lui refuser sans trop manifester l’impiété de leurs dogmes ; il les obligeait de les souscrire avec lui, et partant ensuite de là, il les poussait peu à peu et comme par degrés, et les menait si subtilement et si habilement, qu'il les faisait tomber en contradiction, les accablait de passages de l’Ecriture et des Pères, les déroutait et les réduisait à ne pouvoir plus répliquer.

On voit sa méthode expliquée au long dans le livre qu’il a composé sur la manière de disputer contre les hérétiques, qui a pour titre : Æodegos ou le Guide, et il y marque combien elle lui réussit dans les différentes conférences qu’il eut avec eux. Il en eut plusieurs dans Alexandrie, tantôt en particulier et tantôt en public, en présence du patriarche, de tout le clergé, des personnages les plus qualifiés de la ville et de tout le peuple. Les Acéphales, les Sévériens et les Théodosiens se réunirent contre lui, et lui oppo-

sèrent ce qu’ils avaient dans leur secte de plus savant et de plus habile pour la dispute ; entre autres, un certain Grégoire et un moine nommé Jean Ziga, qu'ils regardaient comme leurs Achilles ; mais il les confondit avec tant d'éclat, que le peuple indigné des erreurs par lesquelles ils avaient voulu le séduire, ajouta à la confusion qu’ils avaient de se voir vaincus, celle de les charger d’injures, et faillit les lapider.

Il nous apprend à ce sujet une anecdote qui dut couvrir de honte les suppôts d'Eutychès, et indigner contre eux toutes les personnes qui avaient quelque sentiment de probité. C’est qu'après la mort du patriarche saint Euloge, il vint à Alexandrie un préfet augustal de la secte des Sévériens, qui amena et entretint longtemps chez lui quatorze écrivains ou copistes des plus habiles qu’il put avoir, pour falsifier les manuscrits des saints Pères, et principalement ceux de saint Cyrille ; de sorte que le Saint ayant voulu ensuite se servir d’un de ces manuscrits pour l’opposer aux hérétiques, il eut la douleur de voir qu’on l'avait corrompu; mais l’imposture fut bientôt &écouverte, en le confrontant avec l’exemplaire qu’on gardait chez le patriarche, et que les hérétiques n’avaient pu avoir pour le corrompre comme les autres; car élant produit par Isidore, préfet de la bibliothèque, on y reconnut les véritables sentiments dé saint Cyrille, que les bérétiques voulaient se rendre favorable aux yeux du peuple à la faveur de Ces altérations.

On voit là jusqu'où va la malice des hérétiques, et combien leur aveuglement est volontaire et déplorable en même temps. Car que pouvaient-ils prétendre en altérant ainsi le texte des saints Pères ? Ou ces saints docteurs avaient véritablement pensé comme eux, et dans ce cas, pourquoi toucher à leurs écrits? Ils n'avaient qu’à les produire tels qu’ils étaient : ou ils avaient pensé autrement qu'eux, et alors les changements qu’ils faisaient malicieusement dans leurs écrits les accusaient eux-mêmes devant Dieu et au tribunal de leur propre conscience, et leur reprochaïent encore plus hautement l’impiété de leurs dogmes, qu’ils ne pouvaient soutenir qu’en se dépouillant de tout sentiment de probité et d'honneur. Nous remarquons ceci expressément, parce que ce n’est pas dans cette seule occasion que les hérétiques ont mis ces moyens diaboliques en usage. Ils ont dans tous les temps procédé par les mêmes voies pour attaquer la vérité ; et que peut-on attendre de ceux qui sont appelés les fils aînés du père du mensonge, que des déguisements et des impostures ?

Pour revenir à saint Anastase, les hérétiques, se voyant vaincus, appelèrent à leur secours quelques évêques de leur secte, qu’ils avaient en Egypte, et qu’ils croyaient être encore plus habiles que ceux qu’ils lui avaient opposés. Cette ressource ne leur réussit pas mieux. Les évêques hérétiques se rendant aussitôt à Alexandrie, ils s'adressent au préfet pour conférer avec Anastase. Ce gouverneur cite le Saint, et lui dit l'intention des prélats. On s’assemble, et le début des hérétiques est d’accuser le Saint devant le préfet de ne causer que du trouble dans la ville, parmi le peuple et dans leurs églises. Anastase ne fut point ému de ces déclamations ; il leur dit avec beaucoup de douceur : « Mes vénérables Pères, vous ne m’aviez pas encore vu ; je n’ai jamais eu avec vous d’entretien particulier ; vous n’avez pas appris mes sentiments et ma doctrine par ma bouche ; pouvez-vous en disconvenir ? — Cela est vrai, dirent les évèques. — Faites-moi donc la grâce de m’entendre, ajouta-t-il, après quoi je me flatte que vos accusations cesseront, et que vous me rendrez plus de justice que vous n’avez fait ». Le Saint avait devant lui des Théodosiens.

Vis DES SAINTS. — Tomr IV. 36

562 94 AYPIL.

Après ce prélude, il demanda du papier et une plume aux notaires, qui étaient auprès du préfet, et écrivit ces paroles : « Moi, Anastase, moine de la sainte montagne de Sinaï, confesse que le Verbe de Dieu engendré du Père avant tous les siècles, a été crucifié et enseveli, qu’il a souffert et qu’il est ressuscité ». « Je ne parlai, dit-il, dans cette formule, ni de la chair que le Verbe avait prise, ni de sa descente et de sa conversation parmi les hommes, ni en un mot de son incarnation, mais seulement de sa divinité, et je le fis à dessein pour les obliger à manifester l’impiété qu’ils cachaient dans leur âme avec tous ceux de leur secte. Je leur présentai ensuite le papier, et l’ayant lu, ils le louèrent comme très-bon. Mais, leur dis-je, si vous convenez qu'il est dans les règles, il ne reste qu’à le souscrire, et nous voilà d'accord ; nous communiquerons avec vous sans peine. Ils le souscrivirent aussitôt. Je repris le papier, et m’adressant à celui d’entre eux qui passait pour le plus habile et le plus sage, je lui dis : Souvenez-vous du moins « que le Christ a souffert dans la chair », comme le dit l’apôtre saint Pierre, et non pas dans sa divinité. Vous tomberiez dans l’impiété de Sévère, si vous aviez souscrit le papier que je vous ai présenté en le prenant dans le sens que la divinité a souffert en elle-même : et c’est pour cela que, dans cet écrit, je n’ai point fait mention de tout ce qui concerne l’incarnation, n’ayant eu en vue, par cette omission, que de vous obliger à montrer votre impiété en vous déclarant Sévérien, ou d’entendre ma proposition dans Île sens que le Verbe a souffert dans la chair et non pas en lui-même, et que par conséquent il y a deux natures en Jésus-Christ, comme la foi orthodoxe nous l’enseigne.

« À ces paroles, ajoute-t-il, les hérétiques, étonnés comme des hommes qui reviennent à eux après une longue ivresse, firent tout ce qu’ils purent afin que je leur rendisse l’écrit qu’ils avaient signé ; mais ce fut inutilement. Je leur répondis qu’ils ne l’auraient jamais, et que je le leur opposerais au jugement universel en présence de Jésus-Christ ».

Il ne borna pas là ses victoires contre eux : il continua à les combattre par d’autres raisonnements puissants ; et on peut dire que ces hérétiques eurent en lui un adversaire redoutable, qui ne leur laissa aucun repos, et qui les poursuivit: non-seulement pendant sa vie, mais encore par les écrits qu’il laissa après sa mort pour fournir des armes contre eux aux catholiques. Nous ne savons rien de plus du reste de sa vie, ni en quelle année il mourut et combien de temps il a vécu ; mais il est établi par son explication du sixième psaume, qu’il était déjà né sous le règne de l’empereur Maurice, c’est-à-dire au plus tard en 602, qui fut la dernière année de ce prince ; et dans son Æodegos il parle de Jean, qui fut patriarche d’Alexandrie pour les Théodosiens depuis 677 jusqu’en 686 ; ainsi il a vécu au-delà de soixante-dix ans, et peut-être au-delà de quatre-vingts.

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