Voir la vie de ce dernier
pendant quelques années. Les auteurs du Gallia Christiana la placent même en tête du catalogue des abbesses, mais peut-être ne faut-il voir dans cette indication qu'une reconnaissance de la part importante qu’elle prit à la fondation. C’est du moins l'opinion la plus généralement admise.
Au commencement de la Révolution de 1793, on voyait encore, dans l’église paroissiale de Denain, les tombeaux du bienheureux Aldebert, de sainte Reine, son épouse, et de sainte Renfroie, leur fille aïinée ; mais les corps avaient été transférés, à une époque qui n'est pas connue, dans l'église du monastère, et placés dans de belles châsses auprès du maitre-autel.
Sainte Reine est ordinairement représentée avec une couronne sur la tête, sans doute parce qu’elle appartient à la famille royale de Pépin. On lui donne aussi la crosse abbatiale, soit parce qu'elle fut la première abbesse du monastère de Denain, soit parce qu’on la considère comme la principale fondatrice.
Les reliques de sainte Reine furent transportées plusieurs fois dans la Saxe, où le monastère de Denain avait des biens qu’elle lui avait laissés, et que d'injustes ravisseurs cherchaient à enlever. Cet usage était assez fréquent au moyen âge, et tout à fait conforme aux idées religieuses de cette époque. Molanus place la fête du bienheureux Aldebert au 21 avril, celle de sainte Reine au 4er juillet ; quant à sainte Renfroie, on l’honore le 8 octobre.
On trouve dans les Bollandistes un office propre de sainte Reine, à qui on donne le nom de fondatrice du monastère de Denain. Cet office se faisait le 4er juillet, jour de sa fête, et le 11 mars en mémoire de la translation de ses reliques au pays des Saxons.
L'abbaye fondée par sainte Reine fut le noyau de la ville de Denain, laquelle reconnait cette famille de Saints pour ses patrons et ses protecteurs.
Vies des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes.
ORIGÈNE, S. LÉONIDES, son rère, et S. AMBROISE, son mécène (185-254),
Nous laisserons ici la parole à Mgr Freppel. Les lecons qu'il a consacrées, en Sorbonne, à Origène, nous semblent l'étude la plus impartiale et la plus complète qui ait été faite sur le grand écrivain du 1r1e siècle.
« Si nous jetons », dit l’auteur du Cours d’éloquence sacrée, « un coup d'œil rapide sur sa vie si laborieuse et si agitée, aous ne pourrons qu'être frappés d’étonnement à la vue d’une telle carrière. On peut dire de cet homme, avec Eusèbe, qu’il n’a jamais eu d’enfance et qu'il ne connaîtra pas de vieillesse. Chef de l’école catéchétique d’Alexandrie à l’âge de dix-huit ans, il devient à l'instant mème le centre du mouvement intellectuel dans cette grande cité. Chrétiens et païens, orthodoxes et hérétiques, tous viennent se grouper autour de sa chaire et écouter ses leçons. Il instruit les catéchumènes, discute avec les philosophes, assiste les Martyrs qu’il accompagne sans crainte jusqu’au lieu du supplice; et, bien que poursuivi dans toute la ville par la haine des persécuteurs, il fait de chaque maison qui le recueille, une école où l’on accourt pour l'entendre. Une fois la paix rendue à l'Eglise, il profite d’un répit qui lui permet de donner libre cours à son zèle dévorant pour les sciences divines et humaines. Maitre lui-même, il se fait le disciple des philosophes paiens afin de connaitre à fond leurs doctrines, étudie l’hébreu sans relâche, passe les jours à enseigner et une grande partie des nuits à écrire. Vingt-huit années s’écoulent au milieu de ce rude labeur. Puis commencent les voyages, les courses apostoliques. Pendant l’espace d’un quart de siècle, nous le voyons tour à tour à Rome, à Antioche, à Césarée de Palestine, à Athènes, à Césarée de Cappadoce, à Nicomédie, à Bostra, à Tyr, enseignant, prêchant, fondant des écoles, fouillant les bibliothèques, rassemblant des manuscrits, ouvrant des conférences avec les paiens, ramenant les hérétiques dans le sein de l'Eglise. Car on s’adressait à lui de toutes les parties du monde: ici, c’est Maméa, mère de l’empereur Alexandre Sévère, qui l'appelle à Antioche pour s’instruire auprès de lui dans la religion chrétienne ; là, c’est l’empereur Philippe l’Arabe et son épouse Sévéra, qui entretiennent avec lui, dans le même but, une correspondance épistolaire ; plus loin, c’est Jules Africain, un des meilleurs esprits de l’époque, qui lui demande des éclaircissements sur l’authenticité d'un fragment de Daniel... Et au milieu des préoccupations, des soucis, des fatigues d’une vie traversée par tant d'épreuves, il trouve le loisir et le moyen de composer six mille ouvrages, dit saint Épiphane 1, c’est-à-dire plus de mille homélies, des scolies et des commentaires sur toutes les parties de l’Ecriture sainte, depuis la