‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 315 sur 339 · Eusèbe, H. E,, vi · texte numérisé non relu

Eusèbe, H. E,, vi

qu'il n’allât s'offrir de lui-même aux persécuteurs ; mais les larmes et les supplications de sa mère parvinrent à l'arrêter. Sur ces entrefaites, le chef de la famille avait été signalé au gouverneur et jeté dans les fers. Alors l'enfant ne se contint plus : il demandait avec instance qu’on lui permit de partager le sort de son père. La pieuse mère lui représentait en vain que Dieu n'exigeait pas de lui un tel sacrifice ; qu’il devait se conserver pour elle et pour ses frères moins âgés que lui; enfin, se voyant à bout de prières, elle se vit obligée de lui cacher ses vêtements, pour l'empècher de sortir. Le jeune homme se résigna ; mais, voulant du moins faire tout ce qui était en son pouvoir, il écrivit une lettre à son père pour l’exhorter au martyre. Dans la crainte que la pensée de laisser après lui sept orphelins sans ressources ne püût ébranler la constance de Léonidès, il disait entre autres choses : « Prenez garde, mon père, et n'allez pas, à cause de nous, changer de résolution ! ». Trait sublime de générosité et de délicatesse! Voilà bien l'homme qui, plus tard, écrira de si belles pages sur les mérites et les gloires du martyre. On comprend l’enthousiasme avec lequel il célébrera le triomphe de la grâce sur la nature dans la mère des Machabées exhortant ses fils à mourir pour la foi de leurs pères : « Dans cette femme », dira-t-il, « la rosée de la piété et le souffle de la sainteté ne permettaient pas à la flamme de l’amour maternel d’étouffer l'amour de Dieu 2 »,

« On l’a dit bien souvent : il n’est pas pour l’homme de meilleure école que celle de l’adversité. Origène connut de bonne heure ces épreuves de la vie, qui servent si puissamment à exciter l’intelligence et à fortifier la volonté. Par un raffinement de barbarie, le despotisme impérial ne se contentait pas de frapper les Martyrs ; il les poursuivait jusque dans leurs familles par la confiscation de leurs biens. Lors donc que Léonidès eut eu la tête tranchée pour récompense de sa fidélité au Christ et à l'Evangile, sa veuve et ses enfants se virent réduits à la dernière indigence. Le jeune Origène se trouva seul avec sa mère et ses six frères encore en bas âge, sans abri ni ressources. Mais Dieu vint en aide à la famille du Martyr : une dame très-riche d'Alexandrie la recueillit dans sa maison, et cette généreuse hospitalité la sauva du besoin. Ici vient se placer un épisode que nous ne saurions passer sous silence, parce qu'il jette un nouveau jour sur le caractère et les dispositions d'Origène. Or, j'aime à recueillir ces premiers traits de sa jeunesse comme autant de lueurs qui s’échappent du passé pour éclairer l’avenir.

« La riche matrone, qui avait recueilli Origène dans sa maison, appartenait sans doute à la religion catholique, puisqu'elle témoignait tant de sympathie à la famille d'un martyr ; mais, comme il arrive trop souvent, elle ne joignait pas aux inspirations d’un cœur charitable les lumières d’une foi bien éclairée. Ainsi, tout en donnant asile à la veuve et aux enfants de Léonidès, elle ne laisgait pas de garder auprès d’elle un certain Paul, originaire d’Antioche, qu'elle traitait comme son fils adoptif, et qui était l’un des plus ardents soutiens de l’hérésie dans la capitale de l'Egypte. Cet homme avait la parole facile et entrainante :-c’en était assez pour attirer journellement autour de lui quantité d'hérétiques et même un certain nombre d’auditeurs professant la foi orthodoxe. Dans cette circonstance délicate; Origène, alors âgé de dix-sept ans, montra combien il avait profité des leçons paternelles et de l’enscignement du Didascalée. Obligé de se rencontrer avec Paul par les nécessités de sa position, il ne se refusait à aucune des relations de la vie civile ; mais rien ne put déterminer le jeune homme à communiquer avec le gnostique dans: la prière, ni à prendre part aux réunions que tenait ce dernier. Les canons de l'Eglise étaient sa ligne de conduite ; et, comme il le dit quelque part, il avait en horreur les doctrines des sectaires 5.

«Eusèbe a raison de relever dans la jeunesse d'Origène ce trait resté caractéristique pour toute sa vie. L'hérésie ne cessera de lui inspirer ces haines vigoureuses qui s'adressent à l’erreur et non aux personnes. La philosophie païenne pourra le trouver indulgent, peut-être même trop, parce qu'il verra une circonstance atténuante dans l'absence des lumières de la révélation ; mais la révolte d’un chrétien contre l'autorité du Christ et de l'Eglise dépositaire de la parole divine, Jui paraîtra toujours un acte des plus coupables.

« Après avoir profité, pendant quelques semaines, de l'hospitalité qui lui avait été offerte à la mort de son père, le fils de Léonidès se crut en état de pouvoir se suffire à lui-même. On conçoit, du reste, que son séjour dans une maison, devenue l’un des foyers de l’hérésie, ne dût pas lui être fort agréable. Grâce à l'instruction qu’il avait reçue de son père, et au soin avec lequel il s'était appliqué à l'étude des lettres humaines, il trouva, dans son travail, le moyen de se passer d’une assistance étrangère. Il se mit donc, continue Eusèbe, à professer la grammaire, ce qui lui fournit abondamment de quoi s’entretenir suivant les besoins de son âge #. Sous le nom de grammaire, on comprenait alors, outre l’étude des éléments de la langue, celle des chefs-d’œuvre de l’antiquité, ou la littérature. Alexandrie était le siége principal de ce genre d’érudition ÿ.

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