Vie de Plotin, par Porphyre, x1v
2. Pancgyrique d'Origène, par Grégoire le Thaumaturge, 1x, x, XI. 8. Eusèbe, H. E., vi, 8. — 4. Ep. aux Rom., xt, 8,
entrainements d’un zèle peu réfléchi ; mais il y aurait encore moins d'équité à ne pas voir une circonstance atténuante dans la pureté des intentions. Origène était jeune, et sa fonction de catéchiste l’obligeait à instruire les femmes aussi bien que les hommes dans les vérités de la foi. Voulant donc ôter aux infidèles toute occasion de calomnier sa conduite, il prit trop à la lettre ces paroles du Sauveur : « Il y a des eunuques qui se sont rendus tels pour le royaume des cieux » ; et il en vint à l'exécution réelle. Le fait ne tarda pas d'arriver à la connaissance de Démétrius, évêque d'Alexandrie, qui, sans approuver cette ferveur exagérée, ne put s'empêcher d'admirer la hardiesse du jeune homme et la sincérité de sa foi; loin de sévir contre lui, le prélat l’exhorta vivement à prendre courage et à poursuivre, avec d'autant plus d’ardeur, l’instruction des catéchumènes 4. Nous verrons plus tard comment le même évêque, inspiré par d’autres motifs, prendra texte de là pour accuser Origène auprès de l’épiscopat du monde entier. Quant à l’auteur de cet acte inconsidéré, il n’hésitera pas, dans la suite, à condamner l'erreur de sa jeunesse ; et, pour prémunir fes fidèles contre une interprétation si grossière de l'Evangile, il ne craindra pas de se réfuter lui-même en donnant, aux paroles du Sauveur, un sens métaphorique.
« La conclusion, qui doit ressortir pour nous du fait d’Origène, c'est que l’Ecriture sainte, sans une autorité vivante qui l'explique et l'interprète, peut conduire aux plus étranges méprises.
Sous le pontificat de saint Zéphirin, vers l’an 215, Origène fit un voyage à Rome, « poussé », nous dit Eusèbe, « par le désir de voir l'Eglise romaine, la plus ancienne de toutes ». C’est à ce voyage que nous devons le premier des écrits du grand apologiste : le Commentaire sur saint Jean dirigé contre les adversaires de la Sainte-Trinité qui, alors, faisaient grand bruit autour de la chaire de saint Pierre. « Les paroles du grand Alexandrin, non moins que son ardent désir de voir l’église de Rome, montrent qu’il reconnaissait en elle, avec tous les auteurs chrétiens des trois premiers siècles, l'Eglise « qui préside à toute l'assemblée de la charité », comme le disait saint Ignace d’Antioche ; « l'Eglise avec laquelle toutes les autres doivent s’accorder dans la foi à cause de sa souveraine principauté », ajoutait saint Irénée ; « l'Eglise dans laquelle », reprenait Tertullien, « Pierre et Paul ont scellé toute la doctrine avec leur sang, et dont l'autorité s'étend jusqu’à nous ? ». Quand, plus tard, son orthodoxie paraîtra suspecte à quelques-uns, c’est, avant tout, au pape Fabien qu’il écrira pour se justifier, sachant bien que Pierre est le fondement sur lequel repose l'Eglise du Christ, ainsi qu’il le dira au premier livre de son Commentaire sur l’évangile de saint Matthieu 3%. Nous pouvons donc ajouter le témoignage du catéchiste alexandrin à celui des principaux écrivains de cette époque primitive, qui ont tous proclamé à l’envi la suprématie du Saint-Siége, dans les Gaules, en Afrique et dans l’Asie-Mineure, au sein des églises de l'Orient non moins que dans les contrées de l'Occident chrétien ».
La controverse, soulevée au 1110 siècle par les hérétiques qui combattaient le dogme chrétien de la Sainte Trinité, fit éclore un grand nombre d’écrits et, entre autres, le livre des Philosophumena ou Réfutation de toutes les hérésies qui a été apporté d'Orient, en 1841, et qu’on a attribué à Origène, mais à tort. Cet ouvrage est au fond une diatribe contre le pape saint Calliste. Voilà pourquoi les dissidents ont fait tous leurs efforts pour trouver dans Origène un adversaire de la papauté. Les manuscrits portent bien en inscription le nom d’un Origène quelconque ; mais «ce n’est pas au génie le plus libre et le plus indépendant de l’antiquité chrétienne, qu'on pourrait attribuer, avec la moindre apparence de raison, une œuvre si peu originale, une compilation toute formée de morceaux appartenant à divers auteurs. Déjà, au xvire siècle, bien que les éléments d'appréciation lui manquassent en grande partie, le docte évêque d’Avranches, Huet, ne retrouvait pas le style abondant et facile d’Origène dans le premier livre des Phïlosophumena, le seul que l’on connût alors.
«Rappelons-nous l'éloge de l'astronomie que Grégoire le Thaumaturge prête à l'illustre catéchiste, et mettons en regard les invectives de l’écrivain anonyme contre te représentant le plus élevé de cette science dans l’antiquité païenne :
« O frivole labeur qui ne fait qu’enfler l’âme ! 6 foi vaine qui n’est pas une foi ! Que ceux-là considèrent Ptolémée comme un homme sage, qui cultivent la même sagesse # ». Ce dédain, pour les sciences naturelles ou exactes, est tout ce qu’on pourrait imaginer de plus contraire aux tendances d'Origène et à l'esprit de son enseignement. Du reste, il ÿ a, dans le document dont je parle, quelques détails personnels qu’on ne saurait appliquer au chef du Didascalée. L'auteur se rangé expressément au nombre de ceux qu'il appelle « grands prêtres, successeurs des Apôtres, docteurs et gardiens de l'Eglise, chargés de veiller sur le dépôt de la foi 5 ». Or, sans compter que, après son retour de Rome, Origène resta encore douze ans au rang des laïques, un tel langage eût été plus qu’étrange dans la bouche d’un simple prêtre : moins que tout autre, Origène se le fût permis ; sa grande modestie aurait reculé devant une pareille usurpation de titres. Enfin, il est une dernière considération qui suffirait à elle seule pour écarter le nom du docteur alexandrin, malgré l'inscription que portent les manuscrits. D’après son propre témoignage, l’auteur des PAi-