‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 319 sur 339 · Eusèbe, H. E., vi, 15. — 4. Ibid · texte numérisé non relu

Eusèbe, H. E., vi, 15. — 4. Ibid

5. Voir sur ce Saint, les Bollandistes ot Tillemont, t. 111, p. 267. 6. Periarchon, præf. 2.

sur la question de savoir si tel ou tel détail rentrait dans l’objet précis de cet enseignement ; mais ce sont là des erreurs de fait, des fautes purement matérielles, qui ne suffisent pas pour constituer une hérésie dans le sens complet du mot. Aussi peut-on affirmer que, au milieu de ses pius grandes témérités, Origène n’a jamais mérité la qualification d’hérétique : car, en n'admettant pour vrai que ce qui est conforme à la tradition de l'Eglise, il a désavoué, par avance, tout ce qu'il aurait pu imaginer de contraire à la foi ».

Mgr Freppel résume, en ces termes, son appréciation du Periarchon :

« En soutenant que la création est une conséquence logique des attributs de Dieu, que la puissance, la bonté et l’activité divines exigent la production d’une série indéfinie de mondes, l’audacieux penseur nous avait préparés à ses hypothèses ultérieures. Dès lors il s'agissait de déterminer quelle avait été la condition des créatures raisonnables dans les mondes antérieurs au nôtre. Créées, à l’origine, dans un état d'égalité parfaite, les intelligences n’ont dû qu’à leur libre arbitre d’être devenues, les unes, des anges ; les autres, des démons ; celles-ci, des esprits sidéraux ; celles-là, des âmes humaines. L'idée platonicienne de la préexisténce des âmes découlait de cette cosmologie comme un corollaire inévitable. Origène ne croyait pas qu'il fût possible d'expliquer autrement les inégalités de naissance, de condition et d’aptitudes qu’on remarque parmi les hommes. Partant de là, il admet une chute des âmes dans les corps, chute par suite de laquelle notre monde a pris son origine, et qui est le résultat des fautes commises dans une vie précédente. C’est ainsi que La notion du péché originel s’altère dans son esprit, en se mêlant avec des conceptions puisées à une source étrangère. Certes, les dogmes de l’Incarnation et de la Rédemption conservent toute leur haute signification dans la synthèse du catéchiste alexandrin ; il ne laisse pas néanmoins d'y porter une grave atteinte, en supposant que l’âme de Jésus-Christ avait mérité, par les actes d’une vie antécédente, son union avec le Verbe de Dieu : opinion singulière, mais entiè= rement conforme à l'hypothèse de la préexistence des âmes. Là où il décrit les conditions de l'épreuve que l’homme subit ici-bas, Origène n’a rien négligé pour maintenir la réalité du libre arbitre et la nécessité de la grâce ; il est vrai de dire cependant que sa théorie de la liberté le porte à méconnaître la gratuité absolue de la grâce et la priorité de l’action divine sur la coopération humaine. Cette lutte entre des éléments contraires devait se prolonger dans sa doctrine concernant les fins dernières de l'homme. Tandis que la théologie l’oblige d'admettre la résurrection de la chair, ses idées philosophiques le poussent à insinuer l’anéantissement final de toute nature corporelle. Il affirme par intervalle l'éternité des récompenses et des peines ; mais comment cette affirmation aurait-elle pu garder toute sa fermeté dans un système qui débute par la préexistence des âmes ? Admettre une épreuve antérieure à celle-ci, c'était ouvrir une issue à des épreuves postérieures. La vie future perd par là tout caractère de stabilité pour se réduire à une alternative perpétuelle de rechutes et de conversions. Il est vrai que, par une contradiction formelle, l’auteur du Periarchon suppose une restauration finale, un rétablissement complet de toutes les créatures raisonnables dans leur état primitif ; mais, à moins de renoncer à toutes ses idées sur le rôle du libre arbitre dans les mondes à venir, il lui est impossible d’exclure l'éventualité d’une nouvelle déchéance. En résumé, on ne peut pas dire qu'Origène ait pleinement réussi dans sa tentative de construire une philosophie de. la religion sur les bases du symbole catholique. Le Periarchox restera comme un témoignage incontestable du génie de son auteur ; c’est un puissant effort pour parvenir à l'intelligence des vérités révélées et pour reculer les limites de la science théologique. Mais ni la hardiesse, ni la profondeur des vues ne sauraient nous faire oublier les erreurs répandues dans l'ouvrage. Ces erreurs, nous l’avons dit, trouvent leur excuse dans les difficultés d’une voie à peine frayée; dans l’absence de décisions rigoureuses sur certains points de doctrine pendant les trois premiers siècles ; et, enfin, dans l’intention que révêlent ces exercices de l'esprit, travail de pure spéculation où n'entre aucunement le dessein de vouloir donner des solutions certaines et définitives. On est heureux, lorsque, après avoir porté une juste sévérité dans l'appréciation d’une doctrine, on peut rendre un hommage mérité à la bonne foi de l'écrivain et mettre ses aberrations sur lé compte d’une raison toujours faillible, sans se voir forcé de faire là part d’une volonté coupable. Ainsi en est-il à l'égard du célèbre alexandrin : son caractère moral n’a pas souffert des défauts de son système, et, malgré les erreurs qui déparent son Periarchon, il nous est permis de blâmer l'ouvrage sans être obligé de condamner l’auteur ».

« À l’époque où nous sommes arrivés, il avait déjà commencé sa fameuse édition des livres saints à plusieurs colonnes, entreprise qu’il poursuivit pendant vingt ans, et dont nous parlerons plus tard. On est vraiment surpris de voir combien d’occupations diverses il menait de front; car ses études étaient sans cesse entrecoupées par les devoirs de la vie pratique. Sa renommée toujours croissante l’obligeait à étendre le cercle de son activité bien au-delà de l’église d'Alexandrie. C’est ainsi que, après son retour de Rome, il avait été appelé en Arabie par le gouverneur de cette province, désireux de s’instruire dans la doctrine auprès d’un maître si distingué. Bien que le succès rapide de sa mission lui permit d’abréger son absence, il dut en résulter néanmoins une interruption de quelques semaines dans ses travaux habituels 1, Peu d’années après, nous le trouvons à

1. Eusèbe, H. E., vi, 19. Ces mots: Dux Arabiæ, © rüs ’Apabius #youmévos, ne peuvent s'entendre que du gouverneur de l'Arabie.

Antioche où l'avait fait venir Maméa, mère d'Alexandre Sévère, dans le buk de mieux connaître là religion chrétienne vers laquelle cette princesse se sentait attirée. Origène demeura quelque temps dans cette ville ; et, d’après le témoignage d'Eusèbe, son voyage produisit d’heureux effets 1. S'il faut attribuer à l'influence de Maméa les dispositions bienveillantes d'Alexandre Sévère À l'égard du christianisme, nul doute que les leçons du catéchiste alexandrin n’aient puissamment contribué à créer une situation si favorable pour l'Eglise. Dans l'intervalle qui sépare les deux voyages en Arabie et en Syrie, ses plans d'étude avaient été traversés par un événement d'un autre genre. lrrité contre les habitants d'Alexandrie, Caracalla avait ordonné de massacrer les principaux d’entre eux. Origène, ne se croyant plus en sûreté à Alexandrie ni dans le reste de l'Egypte, passa en Palestine et s'établit à Césarée. Un incident, qui se rattache à ce séjour, fut la première occasion de ses démêlés avec Démétrius, son évêque.

« Quoique Origène diriget, depuis plusieurs années, l’école d'Alexandrie, il n’en était pas moins resté dans le rang des laïques. Ce fait ne laisse pas que de surprendre, lorsqu'on réfléchit à l’austérité de ses mœurs, et au ministère qu'il exerçait avec tant de fruit. Faut-il admettre que, dès lors, son talent, ses succès, sa grande réputation avaient excité quelque jalousie parmi les prêtres d'Alexandrie, peut-être même dans l'esprit de l’évèque ? L’acharnement avec lequel on le persécuta plus tard n'autorise que trop cette conjecture. Toujours est-il que, à son arrivée en Palestine, il fut reçu avec la plus grande distinction par les évêques de la contrée. Bien qu’il n’eût pas encore été ordonné prêtre, ils le prièrent d'expliquer l’Ecriture sainte au peuple en pleine église. Démétrius s’en plaignit, dans la pensée que ses collègues voulaient lui donner par là une leçon indirecte. Mais Alexandre, évêque de Jérusalem, et Théoctiste, évêque de Césarée, lui répondirent pour ‘justifier leur conduite. ;

« Démétrius ne se tint pas pour satisfait, Il rappela Origène par lettre, et lui envoya même des diacres d'Alexandrie pour hâter son retour. Docile aux injonctions de son évêque, le chef du Didascalée revint à Alexandrie pour y reprendre ses études et ses occupations ordinaires ; mais il est évident que ce fâcheux épisode avait fait naître en eux un premier germe de mésintelligence ; et, comme nous le verrons dans la suite, les amis qu'Origène comptait en Palestine devaient pousser un jour ce relâchement des liens d'amitié jusqu’à une rupture complète.

« Cependant, loin de se décourager par ces indices d’une hostilité naissante, Origène redoubla d'ardeur dans l'exercice de ses fonctions. Parallèlement à ses travaux sur les livres saints, à commença cette série décrits dogmatiques dont le Periarchon forme le résumé et le couronnement. Nul doute qu'on ne doive chercher également dans ces diverses productions, la substance des leçons orales qu’il donnait au Didascalée. Nous avons vu quels étaient l'esprit et le caractère de son enseignement. Montrer l’accord de la science avec la foi, de la religion chrétienne avec ce que la philosophie grecque a de vrai et de légitime, voilà le but constant des efforts d'Origène, et le sens daus lequel il dirigeait les études de ses disciples. En cela il ne faisait que suivre l'exemple de Clément, son maître. Aussi donna-t-il à son tour le nom de Séromates aux dix livres où, comme le dit saint Jérôme, « il comparait entre eux les sentiments des chrétiens et ceux des philosophes, en confirmant tous les dogmes de notre religion par des extraits de Platon et d’Aristote, de Numénius et de Cornutus 2 ». Cette œuvre était donc analogue à celle de Clément, ce qui n’en rend la perte que plus sensible ; car il eût été intéressant d'observer en quoi les deux alexandrins se rapprochaient l'un de l’autre et par où ils différaient.

«Nous sommes arrivés à l’année 228. Des sectes nombreuses agitaient les Eglises de l’Achaïe 5. Pour réduire les hérétiques au silence, on ne crut pas pouvoir mieux faire que de s’adresser à un homme réputé le plus savant théologien de l'Orient. Origène partit donc pour Athènes, peut-être à la prière d'Ambroise, son ami, qui séjournait dans"cette ville #. En quittant Alexandrie, il emportait avec lui une lettre testimoniale de l'évèque Démétrius 5. Chemin faisant, il voulut revoir ses amis de Palestine, et, dans ce but, il s'arrêta quelque temps à Césarée. Là s’accomplit l'acte qui allait. devenir pour lui-même une source de persécutions et causer tant de troubles dans l'Eglise d'Orient. Ne pouvant se faire à l’idée qu'un docteur dont la vertu égalait la science dût reste: indéfiniment au nombre des laïques, Théoctiste, évêque de Césarée, et Alexandre, évêque de Jérusalém, lui conférèrent le sacerdoce par l'imposition des mains. Nous verrons tout à l'heure ce qu’il faut penser de cet acte et quelles en furent les conséquences pour le prêtre nouvellement ordonné. Sans perdre de vue l'objet principal de son voyage, Origène prit congé de ses amis pour se diriger vers la Grèce. Il y resta plus d’un an, conversant avec les philosophes, réfutant les hérétiques, et ne négligeant rien pour rendre son séjour aussi fructueux que possible, Comme il travaillait

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