Grég. de Tours, Aist., 1. virr
2. Le souvenir de ces te se trouve consigné dans un fragment d'inscription tumulaire, décou-
vert à Viviers.
grands évêques qui furent des prodiges de charité et de dévouement apostolique. Après saint Eucher, vers la fin du vi siècle, nous voyons le siége occupé successivement par saint Firmin, saint Aule, saint Eumachius et saint Longin. Saint Firmin était le chef de l’une de ces nobles familles gallo-romaines, autrefois l’ornement de la province, quise faisaient gloire encore de cultiver la vertu et les lettres, et de conserver les restes brillants d’une civilisation prête à disparaître au milieu des ténèbres toujours croissantes de la barbarie. Il était marié au moment de son élévation à l’épiscopat; il avait un fils, enfant de bénédiction, appelé Aulus' du nom de sa mère Aula, qui devint plus tard son successeur, et une fille nommée Macédonia, qui épousa le patrice Alcinius. En montant sur la chaire de saint Venance, Firmin céda la plus grande portion de ses biens pour accroître la dotation de son église ; il fit cette libéralité d’un commun accord avec Aula; celle-ci, avant de dire adieu au monde, s’estima heureuse de contribuer à enrichir l’épouse spirituelle qui devait désormais prendre sa place dans l’esprit et le cœur du pontife Firmin. Les enfants eux-mêmes, dans ce beau combat de générosité, ne voulant pas se montrer indignes de leurs parents, Macédonia et Alcinius, fondèrent sur les bords du Rhône, au territoire de Bergoïata, l’église de Notre-Dame-de-Cousiniac, et, après l’avoir richement dotée, ils en firent hommage à Dieu et à saint Vincent, patron de la cathédrale.
Quant à saint Aule, dès les années de son adolescence, il s'était distingué par une angélique piété, faisant ses délices de passer de longues heures, et souvent les nuits entières, à prier seul au pied des autels. Son esprit avait été cultivé avec soin ; il était versé dans la connaissance des lettres humaines et nourri des saintes Ecritures et de l’enseignement des Pères. A l’étendue de la doctrine, saint Aule joignait une rare éloquence, relevée en lui par une voix douce et mélodieuse, par un extérieur plein de grâce et de dignité. Tel était l'air de majesté répandu sur toute sa personne, qu’à sa vue seule on se sentait pénétré d’un respect involontaire. Les grands et les princes eux-mêmes le vénéraient comme leur seigneur, tandis que, par sa tendre bonté et l’affabilité de son accueil, il se faisait chérir des petits et du peuple comme un pasteur et un père. Auprès de lui, les pauvres étaient sûrs de trouver toujours un secours et des consolations; la veuve et l’orphelin, un appui ; le voyageur et l'étranger, une place à sa table frugale et l'hospitalité sous son toit. Mais le trait dominant, caractéristique, nous pourrions dire la passion de ce grand cœur, était son zèle à procurer l’émancipation des esclaves et le rachat des captifs. S'il ne pouvait à lui seul abolir partout l’esclavage, cette plaie hideuse de la société antique, il s’efforçait du moins de le restreindre dans ses propres domaines, sur les terres de l’église, et de remédier, selon la mesure de son pouvoir, aux abus de la force brutale, si communs en ces temps de barbarie et d’oppression : il est impossible, disent les chroniqueurs, de supputer le nombre des esclaves qu’il rendit à la liberté, ou des captifs dont sa main libératrice brisa les fers. Et pendant que sa charité semblait s’épuiser de sacrifices dans un si noble but, il donnait encore à pleines mains pour l’embellissement de son église et de sa ville épiscopale. Modèle des évêques par ses vertus comme par ses œuvres, après avoir consumé sa vie dans les jeûnes, les austérités, les studieuses veilles et les travaux apostoliques, saint Aule s’endormit dans le Seigneur. Doit-on s’étonner si, à la nouvelle de sa mort, il y eut une explosion de regrets et
1. Aulus, selon l'étymologie romaine, signifiait : « qui naît nourri par les dieux ». — Valer. Maxim Frag. de nomin. ralione. ;