‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 325 sur 339 · ÉES SAINTS FÉLIX, FORTUNAT ET ACHILLÉE · texte numérisé non relu

ÉES SAINTS FÉLIX, FORTUNAT ET ACHILLÉE

nation infamante, a été enseveli selon la commune condition des hommes. Et vous dédaignez encore, par vos pratiques sacriléges, la puissance auguste de nos dieux ; vous méprisez avec une audace criminelle les décrets de nos princes invincibles ; et ce peuple, jusqu'ici attaché aux antiques cérémonies de nos temples, vous l’entraînez à sa ruine par les séductions d’une erreur nouvelle ».

Félix, fort de la puissance du nom qu'il allait confesser, répondit avec une foi vive et généreuse : « Les âmes livrées à une doctrine impie, et pour cela réservées à une affreuse damnation, sont ensevelies dans les ténèbres d’une profonde ignorance, parce qu’elles ne veulent pas recevoir les trésors des mystères célestes, et qu’elles n’ont pas même pour lumière un rayon de la vérité. C’est donc aux splendeurs de la foi qu’il faut que les âmes s’éclairent, plutôt que de rechercher la lumière matérielle ; car il faut comprendre que ces faux dieux dont tu exaltes les louanges avec tant d’assurance, ne peuvent pas être appelés dieux, puisqu'ils sont, comme on le sait, les ouvrages de vos mains. Dis-moi quel secours, quel remède ils pourront accorder aux supplications de ceux à qui tu ne peux nier qu'ils doivent leur origine ? Si ceux qui leur ont donné l’être succombent sous les coups incessants de la mort, comment eux-mêmes trouveront-ils l’éternité dans leur divinité empruntée ? Dieu, en effet, c’est l’Etre tout-puissant qui a donné au passé l'existence, dirige le présent et dispose l’avenir. Après avoir créé l’homme à son image et à sa ressemblance, il lui a donné pour loi de le servir. C'est pourquoi il est indigne qu’une créature, se faisant l’esclave d’une autre créature, ignore son auteur. Que si tu reçois avec foi ce Dieu que je t’annonce, cessant d’honorer des dieux à qui tu ne dois que le mépris, alors tu pourras facilement mériter les récompenses de la vie éternelle, et parvenir aux joies ineffables de la demeure céleste ».

Mais Cornélius, obstiné à sa damnation, dit aux bienheureux martyrs : « T1 vous serait plus salutaire de suivre le conseil que je vous donne; vous recevrez de ma libéralité de l’or et de l’argent, en même temps que vous assurerez votre salut, plutôt que de vous souiller par un crime affreux qui attirera sur vous la mort dans d’horribles tourments. N’exposez point vos corps à la honte d’une sépulture vulgaire ». Félix, Fortunat et Achillée répondirent : « Ceux qui par une trahison damnable renient la puissance du Christ, périront victimes de la mort éternelle. Pour nous, les promesses de ta générosité trop crédule ne nous tentent pas, et les menaces de tes longues tortures ne sauraient nous effrayer ; car Dieu donne toujours à ses serviteurs le courage de la foi devant les tribunaux, la force dans le combat, et la victoire dans la consommation du sacrifice. Il est plus glorieux d’obtepir une vie éternelle, que de succomber par une crédulité funeste aux erreurs d’une séduction diabolique ; et quiconque, au milieu d’une navigation bien commencée, abandonne le gouvernail, a mérité de faire naufrage et de se briser contre les rochers ».

Cornélius, enflammé de colère, ordonna aux licteurs de les soumettre à une dure flagellation, à coups de nerfs de bœuf. Mais les martyrs, heureux au milieu de ces supplices, chantaient la prière du Prophète : « Que les orgueilleux soient confondus, parce qu'ils ont dirigé contre nous les œuvres de l’iniquité; pour nous, nous serons éprouvés dans la pratique de vos commandements ». Cornélius leur dit : « Voilà que nos dieux, dont vous avez refusé d’adorer la puissance avec un mépris sacrilége, préparent contre vous les supplices de leur juste vengeance, Où est maintenant votre Christ? Sa force ne vous a point secourus dans la souffrance, et son bras puissant

ne vous a point arrachés de nos mains ». Félix répondit : « Si l’aveuglement d’une erreur mortelle n’était pas comme un voile sur ton âme, tu verrais que nos corps ne portent pas même la trace des fouets dont tu les crois déchirés ». Cornélius, étonné et confondu de cette vertu divine qui assistait les martyrs, leur dit : « Puisque, malgré le supplice d’une longue flagellation, vous continuez à injurier nos invincibles dieux, vous allez être enfermés dans un noir cachot, en attendant que j'aie trouvé pour satisfaire à leur vengeance, un genre de mort plus cruel ».

Les bienheureux martyrs furent donc jetés dans les ténèbres d’une sombre prison, et là, comme toujours, ils nourrissaient leur courage par le chant des divins cantiques, lorsque vers le milieu de la nuit un ange descendit vers eux, au grand effroi de leurs gardiens ; il brisa les lourdes barres qui fermaient les portes, et par l'éclat céleste d’une vive lumière, dissipant l’affreuse obscurité de ces lieux, il dit aux saints martyrs : « Allez maintenant, fidèles confesseurs de Dieu; vous avez pour défense non le casque ou le bouclier d’un bras de chair, mais la confiance en la vertu divine qui vous revêt comme d’une armure. Détruisez donc promptement, renversez et brisez, par l’énergie et la sincérité de votre foi, ces simulacres muets qu’un art de perdition a façonnés ». Aussitôt, pleins d’une ardeur généreuse, ils s’empressent d'accomplir les préceptes du ciel ; ils sortent de la prison, parcourent la ville, et, ouvrant les portes des temples, ils réduisent en poussière, à coups de marteau, la statue de Jupiter, formée d’un ambre riche et brillant, et brisent de même les idoles de Mercure et de Saturne.

A cette nouvelle, la fureur de Cornélius ne connut plus de bornes ; il donna l’ordre d’arrêter de nouveau ces soldats du Christ et d’épuiser sur eux tous les genres de tourments. Quand on les eut amenés devant lui, il leur parla en ces termes : « Dites-moi, quelle est donc la puissance de votre Christ, pour que vous ayez mis en lui une si aveugle puissance, au point d’oser briser nos dieux ? » Les martyrs de Dieu répondirent tous d’une voix: « Quoique que tu sois indigne d’entendre le mystère de la divinité, cependant, à cause du peuple fidèle qui attend avec respect la prédication de Dieu, nous te parlerons du Christ, qui est la Vérité. Le Christ est le Fils de Dieu, la vertu de Dieu, la sagesse de Dieu; par lui tout a été fait, et rien n’a été fait sans lui. Et la perte d’une de ses brebis l’a affligé ; il l’a cherchée dans les déserts, et, quandil l’a eu trouvée, il l’a prise sur ses épaules et l’a reportée au troupeau ; et plein de joie il a dit à ses amis et à ses voisins : « Félicitez-moi, parce que j'ai retrouvé la brebis que j'avais perdue ». Toi aussi, si tu veux croire en lui, tu apprendras à connaître sa puissance. Elle est si grande qu’il a rappelé à la vie Lazare, dont le corps depuis quatre jours était livré à la corruption du tombeau; il a marché sur les eaux à pied sec ; avec cinq pains et deux poissons il a nourri cinq mille hommes, et les a renvoyés rassasiés des mets immortels qu'en même temps il leur donnait ; à sa parole, qui commande avec calme et sérénité, les vents et les tempêtes furieuses ont été enchaïînés. C’est donc avec justice qu’on adore l’auteur de ces admirables prodiges ; il a rendu l’ouie aux oreilles que la damnation fermait comme d’un mur épais; aux yeux voilés par les nuages de l’endurcissement, il a de même rendu la jouissance d’une nouvelle lumière ; par le secours de sa divine miséricorde, il a redressé les pas que la faiblesse avait égarés; il a fait revivre avec tout l'éclat de leur première jeunesse des corps envahis par la lèpre, et que cette hideuse maladie couvrait comme d’écailles putrides. C’est là celui auquel nous croyons comme

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