SAINT ARMOGASTE, COMTE ET PATRON DES PATRES
En 460, Genséric, renouvelant toutes les horreurs de la persécution de Dioclétien, forçait les prêtres et les ministres du Seigneur à livrer aux hérétiques les saints livres et les ornements sacrés. Valérianus, évèque d’Abbenza (dans la Zeugitane), et Archininus 1, né à Mascula, en Numidie, signalèrent leur constance entre tous les autres. Le premier, qui refusa invinciblement de livrer les choses saintes, fut chassé de la ville par ordre du roi, sans que personne püt le laisser entrer dans une maison ou même lui permettre de rester sur ses terres. Ainsi, ce vieillard plus qu'octogénaire se trouvait réduit, dans un dénüment complet, à n’avoir pour lit que la voie publique ; et le fait nous est attesté par Victor de Vite, qui avait été le saluer dans ce misérable exil d’une espèce nouvelle. Le second, sollicité d’abord par les belles paroles et les promesses du roi, tint ferme à confesser la vérité catholique. En le condamnant à mort, on ordonna secrètement à l’exécuteur de ne le frapper que s’il le voyait trembler au moment de recevoir le coup mortel; mais il fut convenu qu’on le laisserait en vie s’il demeurait calme sous la menace du glaive. Conduit par le bourreau, il ne fit nulle résistance, et s’agenouillant il présenta sa tête sans broncher plus qu'une colonne. Sa fermeté donc lui sauva la vie sans lui ôter le mérite 2.
L'année suivante, Armogaste, qui appartenait à la cour de Théodoric, second fils de Genséric, avait résisté aux offres et aux menaces des perfides ariens, lorsqu'il vit venir les bourreaux qui lui serrèrent violemment les jambes avec des cordelettes, et les tempes avec des nerfs de bœuf. Le saint homme, au milieu de cette angoisse, élevait les yeux au ciel en invoquant le Seigneur Jésus- Christ ; cependant les liens se brisèrent à plusieurs reprises, au grand étonnement des ariens, qui firent doubler les cordes et répéter la torture. Mais leur surprise fut bien plus grande quand ils virent sur son front, non pas des marques profondes ni la peau entamée, mais de simples rides. On le suspendit par un pied, la tête en bas ; mais sans réussir ni à l’ébranler, ni, ce semble, à le faire souffrir : car, soutenu par l’aide de Dieu, il paraissait dormir tranquillement comme s’il eût été sur un lit moelleux. A cette nouvelle, Théodoric ordonna qu’on lui tranchät la tête ; mais Jocundus, prêtre arien, fit observer au prince que, en Ôtant la vie à cet homme, il allait donner lieu aux Romains (c’est-à-dire aux catholiques) de l’honorer comme martyr. En conséquence, changeant d'avis, il fit reléguer Armogaste dans la Byzacène, le condamnant à des travaux de terrassement. Plus tard le saint Confesseur fut ramené dans la campagne de Carthage et, pour l’exposer au mépris de tous, réduit à être bouvier. Il supporta cette ignominie avec la même constance qu'il avait montrée dans ses premières épreuves; puis, sachant que le jour de sa mort approchait, il fit venir Félix, catholique sincère quoique intendant de la maison de Théodorie, et lui montra l'endroit où il désirait que son corps fût inhumé sous un arbre. Son ami répugnait à lui en faire la promesse, disant qu'il prétendait bien l’ensevelir dans une des basiliques de la ville ; mais le saint homme insista si fort qu’il obtint la parole de Félix. À quelque temps de là, Armogaste fut délivré par la mort ; et Félix, fidèle à son engagement, se mettait en devoir de faire creuser la terre dans le lieu marqué pour lui rendre les derniers offices, lorsqu'il trouva dans l’excavation commencée à ce dessein un sarcophage de marbre comme on en aurait à peine fait un pour un roi. Joyeux de cette découverte, il déposa dans ce merveilleux sépulcre le corps du courageux athlète de la foi. Quant à Théodoric et à son ami Jocundus, leur zèle arien leur fut compté pour peu de chose sons le règne suivant,
Souvenirs de l'Eglise d'Afrique.
1. Morcelli écrit Archinimus; mais ce nom représenterait une origine semi-grecque et semi-insignifiante. D'ailleurs Ninus étant un nom qui se représente souvent dans les monuments d'Afrique, il semble qu'on puisse lire comme à coup sûr Archininus.
2. Vict. Vit., z : « Efsi martyrem invidus hostis noluit facere, confessorem tamen nostrum non potuit violare ».