CULTE ET RELIQUES DE SAINT VALERY
Après sa mort, la communauté qu'il dirigeait, obligée de fuir devant d’injustes oppresseurs, se dispersa, et Leuconaüs redevint un aride désert. Alors Berchond, affligé que le corps du Saint ne fût plus entouré des honneurs qui lui étaient dus, forma le projet de le transporter dans sa cathédrale d'Amiens. Mas on essaya vainement de l'enlever de son tombeau : une puissance irrésistible paralysa tous les efforts; on ne put venit à bout de le soulever de terre : le bienheureux
Valery témoignant par là qu'il voulait encore habiter après sa mort les lieux qu'il avait honorés par ses vertus.
Cependant, quelques années après, l'orage étant passé, Blitmond, autrefois miraculeusement guéri par le Saint, et retiré à Bobbio depuis la mort de son maitre, demanda à l'abbé Attale la permission de revenir à Leuconaüs. Celui-ci résista longtemps. À la fin, averti par une vision que {elle était la volonté du ciel, il permit à son disciple d'exécuter son projet. Blitmond revint done à Leuconaüs vers l’an 627, et y vécut une année en simple ermite. Puis il obtint du roi Clotaire et de l’évêque d'Amiens la permission d’y construire un vaste monastère et une magnifique église, qui devint bientôt le but de nombreux pèlerinages. Héritier du zèle de son maitre, il combattit et détruisit les restes du paganisme dans ces contrées, et mérita d'être le second abbé de Leuconaüs. Qu ignore combien de temps il dirigea ce monastère; mais ses vertus l'ont mis au rang des Saints, et une localité voisine a perpétué son nom. Ainsi, l’œuvre de notre Bienheureux ne périt point; pendant bien des siècles, son intercession et son souvenir enfantèrent des Saints à l'Eglise.
Le nom de Valery devint bientôt populaire; on a recueilli le souvenir de quelques-uns des. nombreux miracles opérés à son tombeau. Une ville se forma même autour, qui prit le nom du Saint 1. Vers l’an 980, Arnoul le Vieux, comte de Flandre, désireux d’avoir des corps saints, fit enlever violemment celui de saint Valery, que l’on déposa d’abord à Montreuil, puis à Sithiü. Mais le duc Hugues (plus tard roi de France) le fit rendre aux moines de Leuconaüs. C’est même depuis ce temps-là que le monastère de Leuconaüs prit le nom de Saint-Valery.
Peu après, Ingelramme, abbé de Saint-Riquier, composa des chants en l'honneur de notre Saint et de l’archevèque Ulframme. Un auire monastère du nom de Saint-Valery existait aussi en Auvergne. Un chroniqueur, antérieur au x11e siècle, en écrivait : Là repose le corps du saint confesseur, et les habitants du pays attribuent à sa présence d'être souvent délivrés des dangers. Mais il est probable que ce monastère est celui où Valery entra dans la vie religieuse, ou simplement un monument élevé à sa mémoire; car il est certain que ses reliques n’y ont jamais été transférées.
En 4497, le roi Richard, instruit que des vaisseaux sortis d'Angleterre portaient des vivres à ses ennemis et les déposaient à Saint-Valery-sur-Somme, s’en vengea en mettant le feu à la ville, en dispersant les moines et en faisant transporter les reliques du Saint en Normandie, probablement dans la Bourgade qui, depuis, a pris le nom de Saint-Valery-en-Caux, entre Dieppe et Fécamp. Mais plus tard elles furent rapportées au monastère de Saint-Valery-sur-Somme, dévolu dans la suite à la congrégation de Saint-Maur, et s’y sont conservées jusque dans ces derniers temps.
Il parait, du reste, probable que saint Valery a évangélisé le pays de Caux et tout le littoral de la Manche : telle est du moins la tradition 2.
Avant la Révolution de 4793, le corps de saint Valery était renfermé dans une chässe magnifique, de la forme et de la grandeur d’un tombeau. Cette châsse était entièrement recouverte d’une lame d'argent qui lui donnait une certaine valeur intrinsèque. C’élait plus qu'il n’en fallait pour provoquer la cupidité et l’impiété des sacriléges révolutionnaires de cette lamentable époque. Aussi cette châsse fut-elle enlevée, et les reliques du Saint brûlées et réduites en cendres au milieu même du chœur de l’église.
Le pavé sur lequel s’est accompli cet acte de sauvage impiété en garde encore les traces et a êté soigneusement conservé jusqu'à ce jour.
Toutefois, un ossement assez considérable, grâce à la piété courageuse d’une femme, a échappé à la destruction. Cette relique, la seule qui reste, avait été distraite du reste du corps et placée dans le soc du buste du corps de saint Valery, recouvert d'argent, comme était autrefois sa châsse, pour être honorée et'vénérée dans la chapelle dédiée au Saint, et où il avait été inhumé, La place du tombeau est soigneusement marquée dans ladite chapelle.
La dévotion à saint Valery est toujours bien vive dans le pays. La chapelle, qui est hors des murs de la ville, reste ouverte tous les jours depuis le matin jusqu’au soir, et il est rare de n’y pas rencontrer des personnes en prière. On y vient en pèlerinage des pays voisins et autres plus éloignés. On aime à faire célébrer le saint Sacrifice de la messe sur le tombeau de notre Saint, et on y fait brüler un grand nombre de cierges.
Saint Valery est le patron de toute la ville. Sa fête se célèbre du rit de première classe, le 12 de décembre. Depuis le Concordat, la solennité en est renvoyée au troisième dimanche d’Avent, quand la fête ne tombe pas ce jour-là 3. ‘
Saint Valery est mentionné dans le martyrologe romain (1er avril) et dans ceux d'Usuard et d'Adon. Trithemius, du Saussay, H. Menard, Bucelin, Molanus, Chatelain, etc., lui donnent unanimement place dans leurs calendriers. Les mariniers le considèrent comme leur patron. Près du monastère qui portait son nom, est une chapelle où il aimait à se retirer pendant sa vie, et où il fut