‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 69 sur 339 · Cf. Danses d’'Yvelot, par le savant abbé Cochet · texte numérisé non relu

Cf. Danses d’'Yvelot, par le savant abbé Cochet

8. M. Colanaire, curé-doyen de Saint-Valery-sur-Somme, à bien voulu nous transmettre ces rensei= gnements.

SAINT HUGUES, ÉVÈQUE DE GRENOBLE. Aa

enseveli : c’est là que les marins vont se mettre sous sa protection, avant de s’embarquer. Guillaume le Conquérant, sur le point de partir pour l’Angleterre, fit porter hors de la chapelle et exposer au grand jour le corps du Saint, afin d'obtenir par son intercession un vent favorable. Le ciel exauça ses vœux au rapport de Guillaume de Malmesbury et de Matthieu de Paris.

Les Saints de Franche-Comté, Besançon, 1854; et notes locales.

1053-1132. — Papes : Léon IX; Grégoire VII; Innocent Il, — Rois de France : Henri Ier; Louis VI, le Gros.

La sagesse qui vient d’en haut est avant tout chaste, amie de la paix, modérée, équitable, portée au bien, pleine de miséricorde et de fruits de bonnes œuvres. Jacques, x11, 17.

Saint Hugues naquit en 1053, à Chateauneuf-d’Isère, à deux lieues de Valence. Son père, marié en secondes noces, eut de sa nouvelle épouse plusieurs enfants. Notre Saint fut du nombre, et devint une source de bénédictions pour lui et toute sa famille.

Pendant que sa mère le portait dans son sein, il lui sembla qu’au moment où elle le mettait au monde, saint Pierre accompagné de plusieurs autres saints, le prenait dans ses bras et l’élevait au ciel. Frappé de ce prodige, Odillon, père de l’enfant, résolut de donner les plus grands soins à son éducation.

Odillon était un brave officier qui avait passé sa jeunesse dans les camps et avait toujours su allier les devoirs du chrétien à ceux du soldat. Ses mœurs étaient pures, et sa piété surpassait celle de beaucoup de religieux, ses contemporains.

Plus tard, il quitta le monde et tous ses avantages matériels, pour aller finir ses jours à la Grande-Chartreuse, sous la conduite de saint Bruno. Il mourut là, âgé de 100 ans, entre les bras de son fils devenu évêque, entouré de bénédictions, muni du viatique, de tous Les secours et de toutes les consolations que Dieu réserve à ses élus, dans ce moment suprême.

Retenue dans le monde par les soins qu’elle devait à ses autres enfants, la digne épouse d’Odillon y vécut comme si elle n’y fût pas, dans la pratique continuelle du jeûne, de la prière, de l’aumône et de toutes les vertus chrétiennes.

Elle eut aussi le bonheur d’être assistée par saint Hugues, à l'heure de la mort. Comme son digne époux, elle reçut de la main de son fils tous les sacrements qui préparent le chrétien au terrible passage de cette vie dans l’autre.

Né de parents aussi vertueux, Hugues ne tarda pas à se manifester et à répondre fidèlement aux desseins que Dieu avait sur lui. Dès ses plus tendres années, il avait la sagesse de l’âge mûr. Il fit ses études avec succès, au collége de Valence ; son goût pour les lettres et toutes les sciences divines et humaines était si grand, qu’il n’hésita point à quitter son pays pour aller se perfectionner dans les universités étrangères. Après quelques années il revint avec beaucoup d’expérience et de savoir, et sans avoir rien perdu de sa pureté et de sa foi.

Durant son éloignement, notre Saint n’eut pas seulement à supporter les douleurs de l’absence, il dut, faute d'argent, s'imposer beaucoup de privations qu'il n’osait, par modestie, découvrir à ses amis ; mais dans son admirable patience, il souffrait avec joie pour l'amour de Jésus-Christ qui a lui-même tant souffert pour les hommes.

Etant de retour à Valence, il y fut pourvu d’une prébende de chanoine en l’église cathédrale ; il s’y comporta si prudemment et avec tant d’édification, que le célèbre Hugues, d’abord évêque de Die, ensuite archevêque de Lyon, ayant été nommé légat en France par le pape Grégoire VII, le prit en affection, le fit son conseiller et Le pria de partager avec lui les travaux de sa légation. Il suivit donc le légat à Lyon, et de là à Avignon, où, durant la célébration d’un Concile, des députés vinrent, de la part du clergé de Grenoble, le demander pour évêque (1080). Le légat consentit avec joie à leur demande, mais le Saint en fut épouvanté et saisi de douleur ; frémissant de tout son corps, il se mit à crier qu’il n'avait ni l’âge, ni la science, ni la vertu nécessaires pour une si grande charge, et qu’il ne souffrirait jamais qu’une dignité éminente comme l’épiscopat fût souillée par la consécration d’un sujet aussi indigne : sentiment d'humilité qu’il a conservé jusqu’à la fin de sa vie: car malgré ses miracles et sa très-sage administration, qui lui conciliaient le respect et l'admiration de tout le monde, il ne se regardait toujours que comme le plus incapable de tous les évêques, et fut toujours prêt à quitter l’épiscopat. Mais le légat qui, selon le témoignage d'Yves de Chartres, était un des plus grands hommes et des plus saints personnages de son temps, n'eut point d'égard à ses larmes ; ravi de voir que non-seulement il ne recherchait point les honneurs qui ne lui convenaient pas, mais qu'il refusait même ceux dont ses mérites le rendaient digne, et qui lui étaient offerts à l’âge de vingt-sept ans, il fit si bien par ses remontrances, qu’il apaisa ses craintes, triompha de son opiniâtreté et le décida enfin à accepter cette charge, trop pesante pour les plus forts, s'ils ne sont soutenus de Dieu ; mais qui ne l’est pas trop pour les plus faibles, lorsque son esprit les anime et que sa vertu les fortifie. Ainsi il lui conféra tous les Ordres jusqu’à la prêtrise, et lui persuada de venir avec lui à Rome, pour recevoir du Pape même la consécration épiscopale ; car Hugues n’eut eu garde de la recevoir des mains de Varmond, archevêque de Vienne et son métropolitain, qui passait publiquement pour simoniaque.

Pendant qu'il attendait à Rome le jour de son sacre, le démon commençait à le travailler par une tentation importune de blasphème sur la Providence, qui fut, jusqu’à sa dernière maladie, l'épreuve de sa vertu et le sujet de ses victoires. Dieu permit que cette tentation lui arrivât, afin que, comme il devait faire dans sa vie un grand nombre d'actions héroïques et de choses prodigieuses, qui lui attirèrent l’estime et les applaudissements d’une infinité de personnes de toutes sortes d'états et de conditions, il eût continuellement en lui-même, non pas un aiguillon de la chair, comme saint Paul, mais une peine, une croix spirituelle, qui l’avertit de ce qu'il était et le tint dans la vue de son néant et un humble sentiment de sa bassesse. Mais ce qui est tout à fait surprenant, c’est que, durant un si long espace de temps, il fut tellement sur ses gardes, surveilla si fidèlement tous les mouvements de son cœur, que le démon ne put jamais obtenir de lui, je ne dis pas un consentement aux pensées de blasphème qu'il lui suggérait, mais une négligence même et une lächeté à les repousser.

| Cependant, ce grand homme se voyant attaqué par ce nouveau genre de peine, voulut se servir de celle occasion pour se dispenser du poids de la

charge pastorale qu’on lui allait imposer. 11 en parla d’abord au légat Hugues, qui l'avait amené à Rome, et, lui ayant ouvert son cœur et ce qui s’y passait, il lui dit qu’il appréhendait que cette tentation ne lui fût venue en punition de ce qu’il avait trop facilement consenti à son élection : mais, qu’en tous cas, il ne devait pas se charger de la conduite d’un diocèse, parce que c’était une occupation suffisante pour lui de repousser les tentations dont il lui était impossible de se défaire. Le légat le consola et l’encouragea le mieux qu’il put ; mais afin de lui ôter tout sujet de peine, il lui conseilla de se découvrir entièrement au Pape, dans la disposition de se soumettre ensuite aveuglément à tout ce que Sa Sainteté en ordonnerait. Saint Hugues le fit avec beaucoup de sincérité et de franchise; mais comme le Saint-Père était parfaitement éclairé, il pénétra aussi les desseins de Dieu sur son serviteur, et reconnut que, d’un côté, le démon ne lui avait suscité cette guerre que pour empêcher les grands services qu’il devait rendre à l'Eglise, et que, de l’autre, Dieu ne l’avait permise que pour l’affermir davantage et le rendre un plus digne instrument de ses volontés. Ainsi, l'ayant merveilleusement consolé et fortifié, il lui imposa les mains et le sacra évêque de Grenoble. La comtesse Mathilde, qui était alors trèspuissante en Italie, et qui assistait généreusement le Saint-Siége en tous ses besoins, fournit tout ce qui était nécessaire pour la cérémonie de ce sacre, et présenta à ce nouvel évêque une crosse, ou bâton pastoral, avec le Livre des Offices de saint Ambroise et les psaumes accompagnés des Comimentaires de saint Augustin. C'était un don précieux en ce temps-là que celui d’un psautier. ‘ Saint Hugues, après sa consécration, partit de Rome avec la bénédiction du Pape, et se rendit au plus tôt à son diocèse ; mais il le trouva en un état déplorable et presque entièrement corrompu par l’usure, la simonie, la débauche, l’impureté, les concubinages, les mariages incestueux et sacriléges, et mille autres vices qui n'étaient pas moins communs parmi les prêtres et les clercs inférieurs que parmi les laïques, sans que, pour cela, ni les uns ni les autres s’abstinssent d'approcher des autels et de recevoir les saints Mystères, tant leur ignorance et leur aveuglement étaient grands. Les revenus de l’évêché avaient aussi été dissipés ou vendus à des laïques, par quelquesuns des prélats qui avaient occupé le siége ; de sorte qu’à peine restait-il à notre Saint de quoi subsister, parce qu’il ne voulait pas, comme plusieurs autres, profiter des grâces spirituelles et de la collation des Sacrements qu’il savait devoir se donner gratuitement. Il n’est pas possible de décrire ici ce qu’il fit dans ces commencements pour remédier à de si grands maux. Il employa tous les moyens que la prudence, le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, le désir ardent de s’acquitter de son devoir et la lumière du Saint-Esprit lui purent suggérer. I joignit à ses remontrances, aux foudres de la prédication et des menaces, à ses prières et à ses larmes, le jeûne, l’oraison, l’aumône et tout ce qui était capable d’attirer la grâce et la miséricorde de Dieu sur son peuple ; mais comme il reconnut, par une lumière céleste, que le fruit de ses travaux n’était pas encore mûr, et que le moment de l’entière rénovation de son diocèse n’était pas encore arrivé, il se retira, après deux ans d’efforts continuels dans le monastère de la Chaise-Dieu, de l'Ordre de Cluny, où il prit l’habit de saint Benoît (1084). Ce n’est pas qu’il voulût abandonner son diocèse ; mais considérant qu’il était encore jeune, et surtout se persuadant, par cette humilité qui l’a accompagné toute sa vie, qu'il avait une infinité d’imperfections à Corriger, il crut qu’une retraite de quelque temps, dans ce monastère, lui servirait extrêmement VIES DES SAINTS. — TOME IV. 8

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