‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 71 sur 339 · Jérém., 1x · texte numérisé non relu

Jérém., 1x

concilier avec Dieu les pécheurs que ces exhortations avaient touchés. On ne peut assez parler de son humilité : quoiqu'il procurât des biens infinis à tous les Ordres de son diocèse, aux ecclésiastiques, aux religieux et aux laïques, néanmoins il ne chercha toute sa vie que l’occasion de se défaire de sa prélature, comme s’en jugeant très-indigne. Et, en effet, il fit pour cela de grandes instances auprès des papes Gélase IT, Calixte II et Honoré IT :il pria surtout ce dernier, prétextant sa vieillesse et ses maladies continuelles; mais ce Pape lui fit réponse qu’il l’aimait mieux vieux et malade, pour le bien de son peuple, que tout autre qui serait plus jeune et en pleine santé. Hugues n’en continua pas moins ses démarches : il alla lui-même à Rome pour faire agréer sa démission. Ce fut néanmoins encore sans succès, parce que le pape Honoré persista courageusement à lui refuser cette démission, qu'il croyait devoir être préjudiciable à son Eglise. Cest ce que fit aussi Le pape Innocent IT, son successeur.

Si la vigilance de saint Hugues fut si utile à l'Eglise de Grenoble, elle ne le fut pas moins à l'Eglise universelle. Il fut l’un de ceux qui, l’an 1142, dans le concile de Vienne, procurèrent le plus ardemment l’excommunication de l’empereur Henri IV, pour s’être saisi, par trahison, du pape Paschal et de tout le clergé de la sainte Eglise romaine. Et dans le schisme de Pierre Léon, qui voulait être reconnu pape en la place d’Innocent IL, et qui se faisait appeler Anaclet IT, il se trouva avec les autres prélats au concile du Puy, en Velay, ei l’excommunia comme schismatique. Ce saint Evêque est d'autant plus louable en cela, qu’il était étroitement obligé à cet antipape et à son père qui l'avait favorisé en plusieurs rencontres ; mais, fidèle serviteur de Dieu, il renonça généreusement à tous ses intérêts en une affaire où il y allait de l'intérêt général de l'Eglise catholique, épouse de Jésus- Christ.

A cette occasion, la tentation de blasphème se dissipa entièrement, en sorte qu'il ne lui en demeura pas même le souvenir ; mais ses maladies s’augmentèrent si fort, qu'il ne lui resta plus de vigueur, ni même de mémoire que pour les choses spirituelles. Dans cet état, il agissait avec tant de douceur, qu’il ne demandait jamais rien à ceux qui le servaient, que par forme de supplication ; et, lorsqu'ils lui avaient rendu le service, il les en remerciait par ces paroles : « Mon frère, Dieu vous veuille récompenser de la charité que vous m'avez faite». S'il se trouvait quelqu'un qui fit paraître du dégoût à faire ce qu'il demandait, ou qui se plaignit de lui, il se frappait la poitrine, et s’accusant comme s’il en eût été coupable, il demandait pénitence. Il récitait continuellement, tout languissant qu’it était, des psaumes, des litanies et des hymnes ; et on remarqua qu’en une nuit, il dit trois cents fois l’oraison dominicale. Les religieux qui l’assistaient craignaient que cette assiduité à prier ne l’incommodât; mais il leur dit, avec son humilité ordipaire, que bien loin d'augmenter ses misères, elle en était un remède trèsefficace. Souvent il pleurait amèrement et jetait de profonds soupirs ; et comme on lui demandait pourquoi il se lamentait si fort, puisqu'il n'avait jamais commis ni parjure, ni meurtre, ni adultère, ni aucun crime: « Qu'importe », répondit-il, « puisque la seule convoitise et la seule vanité sont capables de nous perdre sans la miséricorde de Dieu ! »

Gomme l’évêque de Die, qui avait été doyen de son église, souhaitait de recevoir l’habit religieux de ses mains, il sauta joyeusement de son lit et fit cette cérémonie, après quoi il se prosterna le visage contre terre pour remercier la Bonté divine d’avoir inspiré ce dessein à son disciple. Un seigneur, nommé Guy, étant venu demander à genoux sa bénédiction, le Saint

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le reprit sévèrement d’un impôt qu’il avait mis sur ses vassaux, et le menaca de la colère de Dieu s’il ne le levait. Ce seigneur reconnut que c’était Dieu qui lui avait révélé cette affaire, et lui promit de supprimer l'impôt dont il n’ayait encore rien reçu. F

Enfin, l’an 11392, le 1% avril, qui était le vendredi avant les Rameaux, il plut à Dieu de couronner son serviteur et de l’appeler à l’éternité bienheureuse. Il était âgé de quatre-vingts ans : il en avait passé cinquante-deux dans la prélature. On garda son corps sans sépulture jusqu’au mardi de la semaine suivante; et, quoiqu'il eût été consumé de maladies, il n’exhala point de mauvaise odeur. Il fut inhumé par trois évêques en l’église de Notre- Dame, à Grenoble, où Dieu a rendu son sépulcre illustre par plusieurs miracles : le pape Innocent II fit le décret de sa canonisation à Pise, Le 22 avril 1134, deux ans après son décès.

On représente saint Hugues confessant, parce qu’il rétablit dans son diocèse l'usage des Sacrements, qui n'étaient presque plus fréquentés, et qu’il s’adonnait lui-même avec beaucoup de zèle, de modestie et d’humilité au ministère de la confession.

Quelquefois on l’a représenté en costume de Chartreux, pour montrer que son plus grand bonheur était de partager la solitude de ces religieux, qu'il avait lui-même établis dans son diocèse.

On lui attribue aussi le cygne silencieux pour signifier son amour de la solitude et les instances qu'il fit auprès du Saint-Siége pour obtenir de quitter sa chaire et de se retirer dans l’abbaye de la Chaise-Dieu.

Puis on le montre encore examinant un plan de construction pour indiquer qu’il fut comme le fondateur de la Grande-Chartreuse.

Il y a un autre emblème par lequel on veut signifier à peu près la même chose. Saint Hugues voit tomber à ses pieds sept étoiles : ce sont les compagnons de saint Bruno qui viennent le supplier de les accueillir dans son diocèse.

On le voit encore représenté en groupe avec saint Bruno, saint Hugues de Lincoln et sainte Roseline, parce que, visitée à sa mort par les trois serviteurs de Dieu, cette bienheureuse les vit tous en habits de Chartreux.

Souvent on l’a montré aussi versant des larmes, pour marquer la douleur qu'il éprouvait de voir le triste état où son Eglise avait été réduite par l'incurie de son prédécesseur et pour rappeler la piété si tendre avec laquelle il vaquait à tous les exercices de son saint ministère.

Saint Hugues était grand et bien fait, mais d’une timidité extraordipaire. Il est spécialement honoré à Grenoble, sa ville épiscopale, et à la Grande- Chartreuse, dont il est considéré comme le fondateur, avec saint Bruno.

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