RELIQUES DE SAINT HUGUES. — SES HISTORIENS
Il nous reste peu de chose des reliques de saint Hugues; la main des hommes, encore plus que celle du temps, a tout détruit. Au xvi siècle, quand Grenoble fut prise par le baron des Adrets, à la tête de ses Huguenots, toutes les églises furent livrées au pillage; on descendit sur la place publique le corps du saint Prélat qui était conservé dans une châsse d'argent, et on le brüla.
Saint Hugnes n’a laissé aucun ouvrage, soit que tous ses moments fussent remplis par les travaux de son ministère, soit qu'accablé toute sa vie d’intirmités, il Jui fût impossible de se livrer à des études assidues. Nous n'avons de son épiscopat que trois cartulaires ou recueils de chartes qu'il fit rédiger sans doute pour éviter à ses successeurs l’embarras où il s'était trouvé. Déposés aux archives nationales pendant la Révolution, ces cartulaires ont été restilués à l’évèché de Grenoble. Du reste, la Bibliothèque de cette ville en possède deux copies. Nous disions dans notre dernière édition : « On devrait publier ces précieux documents et tous ceux de ce
genre, afin, si l’on peut employer ce langage, d'assurer l’histoire contre l'incendie; car quelle perte irréparable n'est-ce pas quand une seule copie où de rares copies existent, et qu’un sinistre s’abat justement sur le lieu qui leur sert de dépôt, comme naguère à Bordeaux ? » Aujourd'hui nous apprenons que ces cartulaires ont été publiés par M. Jules Marion, in-40, 1869.
Des lieux qui ont vu naître saint Hugues à Châteauneuf, il ne reste sur une éminence dominant le bois, que les ruines d’un vieux château appelé encore aujourd'hui Cadeau de saint Hugues. Au-dessous de ces ruines, du côté de l'Isère est une fontaine à laquelle on attribue des propriétés miraculeuses; on l'appelle aussi fontaine de saint Hugues.
Sa vie a été composée sur l'ordre du pape Innocent II, par le R. P. Jacques Guigues, cinquième prieur de la Grande-Chartreuse. Outre ce document original, outre Baronius et les autres histoires générales, on peut utilement consulter M. Nadal, kagiologie de Valence, et surtout M. Albert du Buys qui a traité le sujet ex-professo.
Ce Guigues était uni par les liens d’une sainte amitié au grand Bernard de Clairvaux. Celui-ci ayant pris le chemin de la Chartreuse pour y aller visiter ses amis de la montagne, ne manqua pas de présenter en passant à Grenoble, ses hommages à saint Hugues. Or, quelle ne fut pas la pieuse surprise du vénérable abbé, quand il vit un prélat couronné de cheveux blancs, dont la renommée publiait partout la vertu, se prosterner à ses pieds et lui demander sa bénédiction ? Jamais sans doute acte d'humilité ne fut mieux apprécié que par un aussi illustre visiteur : depuis, ajoute l'historien de saint Bernard, ces deux enfants de lumière ne furent qu'un cœur et qu'une âme. Mais pour en revenir à Guigues, historien de notre Saint, son travail est remarquable surtout au point de vue de la piété et de l’ascétisme.
Les Bollandistes ont reproduit la vie originale écrite par le vénérable Guigues.