SAINT VINEBAUT, BERGER EN CHAMPAGNE
C’est au pied de cet arbre que saint Valery fut enterré en l'an 622. Trois ans après, les reiigieux de Leuconaüs ayant été dispersés par la guerre, Berehond voulut transférer à sa cathédrale les restes vénérés de saint Valery : mais tous les efforts restèrent impuissants, on ne put exhumer le corps ni même le soulever. Il était réservé à saint Blitmond d’en faire la pierre angulaire du monastère qu’il devait reconstruire.
On ne connait pas l’époque précise de la mort de saint Berehond. L'auteur anonyme de la Vie. de saint Valery l’a fixée à l'an 627, Lamotte, à l’an 640, et de Court à l’an 644,
L'auteur des mémoires pour servir à l’histoire de saint Acheul conjecture que le tombeau de Berehond est l’un des cinq qui ont été découverts en 1697, dans l’ancienne catacombe de Faustinien, église de Saint-Acheul, où tous les évèques ses prédécesseurs avaient été inhumés.
La qualification de Saint est donnée à Berehond par l’auteur de la Vie de saint Valery, qui vivait au x1e siècle, par les litanies du diocèse que nous trouvons dans nos manuscrits liturgiques des x1e et x11e siècles, et par plusieurs catalogues des évèques d'Amiens.
L'église d'Amiens ne-célèbre plus sa fête. On suppose que saint Berehond est l’un des six évêques qui sont sculptés au portail Saint-Firmin de la cathédrale d'Amiens, On voyait son portrait imaginaire à la chapelle de l'évêché.
Hagiographie du diocèse d'Amiens.
On n’a que peu de détails sur la vie de saint Leuçon. Elu évèque de Troyes vers 6514, il fut, durant cinq années, le Pasteur zélé et vigilant du troupeau qu'il avait en garde.
Saint Leucon peut être considéré comme le restaurateur de l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains. Sans toucher aux priviléges de ce monastère, il y introduisit une régularité plus parfaite et plus conforme au véritable esprit de la religion. Plusieurs femmes, perdues de mœurs, ayant été converties, dans le cours de ses prédications, par la force de sa parole et la vertu de ses exemples, il leur ouvrit les portes de cette maison sainte où elles purent, à l'abri des séductions du monde, se livrer eftièrement au service de Dieu.
Saint Leuçon mourut le 4er avril 656, et fut inhumé dans l’église de Notre-Dame-aux-Nonnains, qu'il avait dédiée lui-même et dans laquelle il a été depuis honoré d’un culte spécial, sous les noms glorieux de Père, de Docteur et de Patron,
SAINT VINEBAULT, BERGER EN CHAMPAGNE (vir siècle).
Il existe, dans l’église de Villeneuve, au diocèse de Châtons-sur-Marne, un pèlerinage très-célèbre, celui de saint Vinebault, pour obtenir la guérison de la fièvre. On vient en foule, surtout de la Brie, le dimanche du Bon-Pasteur ; on y compte jusqu’à quinze cents personnes,
On emarque dans l’église une infinité d'ex-voto, en reconnaissance des guérisons qu’on a obtenues. Malgré le refroidissement de la foi, les peuples conservent une grande confiance dans l’intercession des Saints, et cette confiance n'est pas trompée.
Voici, en abrégé, la légende populaire de saint Vinebault.
Vinebault habitait sur le territoire de Villeneuve-la-Lionne, et gardait les bœufs. Comme il désirait beaucoup s’instruire, il allait à l’école de la Ferté-Gaucher, qui est à une distance de deux lieues. Un jour, pendant son absence, ses bœufs commirent quelques dégâts dans les champs du Vézier. Les habitants appelèrent à grands cris Vinebault pour qu’il vint surveiller ses bœufs. Vinebault entend leur voix et dit à son maitre :
1. Ce monastère occupait l'emplacement de la préfecture actuelle de l'Aube. La date de l'origine de l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains, dit M. l'abbé Coffinet, dans l'Annuaire du Clergé pour 1841, se perd dans la nuit des temps. Dès le principe, il existait sur son emplacement une réunion de vestales chargées d'entretenir le feu sacré d'un temple païen. Elles étaient très-nombreuses, et avaient à leur tête une princesse de sang royal qui possédait de grands biens dans la ville de Tricasses, De vieilles chroniques racontent qu'elles furent les premières à embrasser l'Evangile, lorsque saint Savinien vint prêcher la foi dans notre pays, et que, depuis ce moment, elles se livrèrent ensemble aux exercices de la vie religieuse.
« Les gens du Vézier m'appellent ; laissez-moi partir ».
Son maitre lui répond : « Mais je n’entends rien. Au surplus il y a une trop grande distance d'ici au Vézier pour pouvoir entendre la voix des habitants ». Vinebault ajoute : « Vous allez voir que je ne me trompe pas ».
En même temps il posa son pied sur le sien ; le maître alors entend comme lui et le laisse aller. Mais quand Vinebault arrive sur le territoire du Vézier, les habitants, furieux contre lui, le saisis= sent et le fouettent rudement avec du genièvre. Il supporte ce mauvais traitement sans se plaindre; seulement il déclare qu'il ne croitrait jamais du genièvre sur le territoire des Grands-Bayeux, du Vézier et de Villeneuve-la-Lionne.
En effet, depuis cette époque, on ne peut y en trouver un seul pied, tandis qu'il y en a en abondance dans tous les pays circonvoisins.
On raconte encore un autre trait remarquable de Vinebauit. Il descendait la côte de Villeneuvela-Lionne pour mener ses bœufs boire à la rivière. Il rencontre une femme qui rapportait de l’eau de la rivière, et, voulant l’éprouver, il lui demande d’en donner à ses bœufs; mais elle lui répond qu’elle n'était pas allée la chercher si loin pour la donner à ses bestiaux, et qu'il pouvait bien les conduire lui-même jusqu’à la rivière, où ils en auraient tant qu'ils voudraient. Vinebault ne dit rien, et continue son chemin. Il rencontre à mi-côte une autre femme, et lui fait la mème demande ; plus complaisante que la première, elle donne de l’eau aux bœufs. Alors Vinebault pique sa baguette dans la terre, et dit à cette femme : « Vous n'irez plus chercher de l’eau plus loin, car voici une source ici ». Effectivement il jaillit à l’instant une eau abondante, très-saine, et qui a encore la verlu de guérir la fièvre. Mais saint Vinebault veut qu'on respecte cette fontaine.
Dans la grande révolution de 1793, où l’on profanait tout, on voulut y laver des linges d’enfants,et aussitôt la fontaine tarit. Elle reparut plus tard, quand on ne se permit plus de la souiller. Dernièrement encore, il y a deux ans, on se hasarda d’y faire la lessive, et elle tarit de nouveau. Alors on fit défendre d'y laver des linges, et l’eau revint. Maintenant on a construit un lavoir plus bas, et l’eau est toujours très-abondante.
Vinebault termina une vie de bonnes œuvres et de pénitence par une mort précieuse devant Dieu. Il fut enterré à Villeneuve-la-Lionne. Son tombeau devint célèbre par les miracles qui s’y opéraient. On construisit une chapelle sur sa tombe, et on y mit la statue du Saint : on n’en ferme jamais la porte pour y laisser entrer tous ceux qui le désirent. Quand on veut la fermer, le lendemain elle se trouve ouverte. On essaya plusieurs fois de transférer la statue du Saint dans l’église; mais quelques jours après, elle était dans le bas de la vallée, de sorte qu'on fut obligé de la laisser dans la chapelle qui est dans le cimetière.
Beautés de la Champagne.