‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 95 sur 339 · TROT NEC LES AENEES · texte numérisé non relu

TROT NEC LES AENEES

garder en face. L'empereur, averti de ce bon accueil que Zacharie faisait au saint Confesseur, envoya Nicétas en exil dans une île fort éloignée, sous le commandement d’un très-impie magicien, Anthime, surnommé Caïphe à cause de sa vanité. Ce méchant homme, pour se maintenir dans les bonnes grâces des hérétiques et de l’empereur, jeta le bienheureux Nicétas dans un obscur et profond cachot où le Saint était privé de la lumière du jour et du commerce de tous les hommes ; il lui donnait pour toute nourriture, par jour, quelque morceau de pain bis et tout moisi, qu’il lui faisait jeter par le soupirail de la basse-fosse où il était, et, pour sa boisson, il ne lui donnait que de l’eau corrompue. Cet impie croyait gagner par là quelque chose sur l'esprit du saint Confesseur, et l’obliger à se rendre aux volontés du prince ; mais Nicétas, qui avait compris quelle était la gloire et le bonheur de ceux qui souffrent la persécution et la mort même pour les vérités de la foi, demeura inébranlable ; il était plus résolu que jamais à donner de bon cœur sa vie, plutôt que d'approuver des hérésies.

L’invincible Confesseur resta cinq ou six ans dans cette captivité, supportant des peines inconcevables ; mais si son corps était dans la gêne en son cachot, son esprit jouissait d’une liberté souveraine : car, outre le haut degré d’oraison où il fut élevé, Dieu le favorisa encore du don des miracles ; il délivra, par ses prières, son ami Zacharie, qui avait été pris par les barbares lorsqu'il allait en la province de Tharse ; et trois jeunes frères, qui connaissaient son insigne mérite, furent encore sauvés d’un naufrage évident en invoquant son nom. Mais enfin Dieu se contentant de la volonté sincère que Nicétas avait de répandre son sang et de donner sa vie pour sa gloire, le rendit vainqueur de la malice de ses ennemis ; car l’empereur Léon, ayant été massacré au pied même des autels, le jour de Noël l’an 820, la paix fut rendue à l'Eglise ; et Nicétas, jouissant du privilége accordé à tous les autres Confesseurs, sortit de sa prison, moins content de cette liberté, que si on lui eût fait souffrir la mort pour la cause qu’il défendait.

Ce généreux Confesseur, ne se voyant plus soumis à la cruauté des tyrans, et n'ayant plus d’ennemis qui lui livrassent de combats, devint luimême son persécuteur, et s’arma contre son propre Corps, pour achever, par le glaive de la pénitence, le sacrifice qu’il aurait souhaité consommer dans la persécution par le martyre. Il chercha donc une solitude où il pût accomplir son dessein ; ilen trouva une qui était un peu éloignée de la ville de Constantinople; il s’y bâtit une petite retraite où il menait une vie plus angélique qu'humaine ; mais les nouvelles austérités qu’il y pratiquait, ajoutées aux extrêmes duretés qu’on lui avait fait souffrir pendant l’espace de six ans dans la basse-fosse où il avait été jeté, le conduisirent bientôt au tombeau. 11 tomba extrêmement malade, et après plusieurs jours de langueur, pendant lesquels il s’était disposé au dernier passage commun à tous les hommes, il rendit paisiblement son esprit à Dieu, le 3 avril 824.

On ne sut pas plus tôt son décès dans la ville de Constantinople, que tout le monde témoigna de la douleur et du respect : on implorait en toute rencontre le secours de ce vénérable personnage, qui avait fait voir une constance apostolique pour la défense de la foi. Théophile I, archevêque d’Ephèse, et Joseph, archevêque de Thessalonique, assistèrent à ses funérailles, et conduisirent son saint corps en son monastère de Médice. Lorsque ce dépôt sacré fut arrivé à ce monastère, on le mit dans le sépulcre de saint Nicéphore, que saint Nicétas avait fait bâtir lui-même de son vivant.

Surius et les Bollandistes.

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