‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 96 sur 339 · SAINT RICHARD, ÉVÊQUE DE CHICHESTER · texte numérisé non relu

SAINT RICHARD, ÉVÊQUE DE CHICHESTER

1253. — Pape : Innocent IV. — Roi d'Angleterre : Henri LT.

Si vous ouvrez un livre, pensez aussitôt à cet homme juste, le vieillard Siméon, prenant dans ses bras l'enfant Jésus pour le baiser; et quand vous aurez lu, fermez le livre, en rendant à Dieu des actions de grâces pour le trésor caché que vous avez trouvé dans son champ.

Thomas à Kempis, Doct. juv., ©. v,

La Providence divine, qui est admirable dans le gouvernement de l’univers, a fait éclater d’une manière visible sa sagesse dans la vie de saint Richard ; et les différents revers de sa fortune ont bien fait voir que si cette vie est sujette à mille changements, elle est néanmoins conduite par une main qui ne peut errer. Ce Saint était second fils de Richard et d’Alice de. Wiche. Il naquit au château de Wiche, lieu connu par ses salines, à quatre milles de Worcester. La première condition de ses parents était assez heureuse selon le monde, mais ils tombèrent enfin dans une si grande misère, qu'après leur mort, leur aîné, appelé aussi Richard, et surnommé Bachedène, fut longtemps en prison pour leurs dettes. Notre Saint travailla avec beaucoup de courage à sa délivrance, et voyant ensuite que sa pauvreté était extrême, et qu’it n'avait pas le moyen de faire valoir son bien, il se consacra de son plein gré à son service, et s'employa dans sa maison et à la campagne aux plus humbles ministères des valets et des mercenaires.

Dieu donna sa bénédiction à cette charité et releva en peu de temps les affaires domestiques de l’aîné Richard. Il reconnut bien qu’il en était obligé à son frère ; c’est pourquoi, pour le reconnaître libéralement, il lui fit donation de tous ses biens et l’en mit même en possession, n’ayant point alors d’autres vues que de vivre paisiblement avec lui. Cette cession enrichit le cadet et fit que peu de temps après on lui présenta en mariage un parti fort avantageux, auquel il était prêt de donner son consentement ; mais cette bonne fortune tenta son frère et le fit repentir de la donation qu’il lui avait faite ; notre Saint, s’en apercevant, alla Le trouver, et, préférant la bonne intelligence avec lui à tous les avantages de la terre, il lui remit volontiers sa donation entre les mains, lui fit rétrocession de ses biens, et consentit même à ce qu’il épousât la jeune fille qui lui était offerte, si celle-ci y consentait.

Ce fut pour lui une occasion favorable d’embrasser une meilleure condition et de s’adonner aux études. Il les commença à Oxford, célèbre univerversité d'Angleterre, et les vint continuer à Paris. Il s’y logeæ en chambre avec deux autres écoliers ; mais ils étaient tous trois si pauvres, que, n’ayant qu'un manteau à eux trois, ils n’allaient prendre leurs leçons que l’un après l’autre. Ils n’avaient du pain et du vin qu’en petite quantité, et pour de la Chair ou du poisson, ils n’en mangeaient que les dimanches. Cependant il assurait depuis qu’il n'avait jamais été si content, et que l'affection qu'il avait pour l'étude lui ôtait toute réflexion sur cette misère. Comme son esprit était beau, subtil et pénétrant, il fit en peu de temps de très-grands progrès; de sorte qu'étant revenu en son pays et à l’université d'Oxford, il y fut déclaré maître-ès-arts avec beaucoup d’applaudissements, et y enseigna les lettres humaines, ,

Page 1