‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 97 sur 339 · SAINT RICHARD, ÉVÊQUE DE CHICHESTER · texte numérisé non relu

SAINT RICHARD, ÉVÊQUE DE CHICHESTER

Le désir de devenir plus savant lui fit entreprendre un voyage en Italie. Il s'arrêta à Bologne, y employa sept ans à la jurisprudence, et s’y rendit si habile en l’un et en l’autre droit, que son professeur étant tombé malade, il le choisit pour tenir sa chaire, et pour enseigner en sa place ses propres condisciples. La réputation qu’il s’acquit pendant les six mois de son emploi fit désirer au même professeur, après sa convalescence, de le retenir dans son université, Mais quoiqu'il lui offrît sa fille unique en mariage, et la propriété de tous ses biens après sa mort, il ne put y réussir.

A peine fut-il retourné à Oxford, que sa modestie, sa chasteté, sa douceur et sa dévotion lui attirant le respect et l’amour de tout le monde, il fut élu chancelier de l’université. Saint Edme, ou Edmond, archevêque de Cantorbéry, et saint Robert, évêque de Lincoln, le voulurent aussi avoir pour leur église ; mais saint Edme prévint saint Robert et l’emporta. Il lui mit donc ses sceaux entre les mains et lui donna l’intendance de toutes ses affaires. Richard s’acquitta de tous ces emplois avec beaucoup de sagesse et de fidélité, et s’attacha à ce saint archevêque, non-seulement dans sa prospérité, mais aussi dans son adversité, le suivant dans son exil en France, et ne le quittant point qu’à sa mort, qui arriva dans l’abbaye de Pontigny, en 1240.

Ce fut un grand sujet de douleur pour Richard d’être privé d’un si bon maître ; mais il en tira d’ailleurs un grand avantage : car se voyant dégagé de la conduite d’un diocèse, il résolut de s'appliquer sérieusement à l’étude de la théologie ; ce qu'il fit à Orléans, dans l’école des Pères Jacobins. Après y avoir suffisamment étudié et reçu l’ordre de prêtrise, il retourna en Angleterre pour y desservir une cure, dont saint Edme l'avait pourvu. Mais comme sa vertu jetait continuellement de nouvelles splendeurs, le siége de Chichester étant venu à vaquer par le décès de Raoul de Nevil (1244), l’archevêque de Cantorbéry, Boniface, successeur de saint Edme, etses suffragants, après avoir cassé l’élection des chanoines qui avaient nommé un de leurs confrères, homme de cour, dénué des qualités nécessaires pour une dionité de cette importance, mirent sur ce siége notre saint Richard. Le roi Henri III fut extrêmement indigné de cette nomination, d’abord parce qu’elle s'était faite à l'exclusion d’une personne qui lui était chère, et dont il avait favorisé lui-même l’élévation, ensuite, parce qu’il n’aimait point le prêtre Richard, sachant qu’il avait toujours suivi le parti de saint Edme contre lui. Il envoya même à Rome, vers le pape Innocent IV, pour le faire casser, et pour faire confirmer l’élection de son courtisan. Mais le Saint s’y étant aussi rendu pour soutenir son droit, il en fit si bien voir la justice, que Sa Sainteté lui donna gain de cause, et le sacra de ses propres mains. Il revint donc avec ses bulles, et avec un ordre pour son diocèse de ne reconnaître point d’autre évêque que lui. Le roi, plein de fureur, fit saisir tout le temporel de son évêché ; ses maisons furent occupées, ses fermes pillées, et tous ses biens dissipés par les ministres de la vengeance du prince ; de sorte que le pauvre Evêque fut obligé de loger dans une maison empruntée, et de manger à la table d'autrui.

Néanmoins, toutes ces entraves ne lempêchaient pas de s'acquitter fidèlement des devoirs de sa charge, et quoiqu'il n’en eût pas les revenus, il ne laissait pas d’en prendre toutes les peines. Il visitait ses paroisses, prêchait son peuple, lui administrait les Sacrements, et faisait ce qui était de l'obligation d’un bon pasteur. La persécution dura deux ans, après quoi, le roi, vaincu d’un côté par les menaces du Pape, et de l’autre par les remontrances des évêques de son royaume, et par les humbles prières de Richard,

le mit en paisible possession de tout le temporel de son Evêché, comme il l'avait lui-même prédit à ses chanoines, les voyant tout consternés à cause des violences des officiers de ce prince.

Lorsqu'il se vit en pleine liberté, il redoubla sa ferveur envers Dieu, sa. sévérité contre lui-même et sa miséricorde pour les pauvres. Lorsqu'il allait dans les bourgs et les villages de son diocèse, il s’informait des malades et des pauvres qui s’y trouvaient; pour les premiers, il les honorait de sa visite, afin de les animer à la patience et de les disposer à la mort, si leur maladie était dangereuse ; et, pour les seconds, il leur faisait distribuer de grosses aumônes. Son frère aîné, dont nous avons déjà parlé, sur qui il s’était déchargé du soin de son temporel, lui remontra que son revenu ne pouvait pas suffire à une si grande profusion ; mais il lui répondit qu'il valait mieux vendre son cheval et sa vaisselle d'argent, que de souffrir que les pauvres, les membres de Jésus-Christ, fussent dans la misère. Il ne se contentait pas de faire l’aumône à ceux qui la demandaient ; il prévenait même ceux qui ne la demandaient pas ; et comme on lui demandait pourquoi il en agissait ainsi, il répondit, parce qu’il est écrit : « Seigneur, vous l'avez prévenu des bénédictions de votre douceur » ; et que, d’ailleurs, c’est acheter une chose bien cher que de la solliciter. Il fit aussi bâtir un hôpital pour retirer les vieillards, les estropiés, et les autres personnes incapables de gagner leur vie, surtout les ecclésiastiques qui étaient dans la nécessité ; et il eut un grand soin qu'il ne leur manquât rien des choses nécessaires à la vie. Cela ne se passa pas sans miracle, car, un jour, distribuant un pain qu'il avait bénit, il en eut assez pour contenter trois mille pauvres, et il lui en resta encore suffisamment pour cent autres qui survinrent après cette première distribution. Son historien assure qu'il a fait plusieurs fois de semblables miracles.

Tels étaient les sentiments de miséricorde de ce bon pasteur ; mais, d’ailleurs, il ne laissait pas d’être juste et sévère dans le châtiment de ses ecclésiastiques scandaleux. Jamais il ne put être fléchi, ni par les prières de l’archevêque de Cantorbéry et de plusieurs autres prélats et seigneurs du royaume, ni par les instances du roi même, pour une sentence portée contre un clerc convaincu d’avoir enlevé et violé une personne sacrée. Il en priva trois autres de leurs bénéfices, pour tenir des femmes suspectes chez eux. Il avait un soin extrême de recommander à ses sénéchaux et à ses baïllis, de rendre fidèlement la justice et de ne rien exiger injustement de ceux qui étaient de leur ressort. Un jour, le feu ayant consumé une de ses maisons, avec beaucoup de biens qui lui appartenaient, il n’en fut nullement troublé, mais il consola, au contraire, ses gens, leur disant qu’ils avaient encore de quoi vivre, et que cet accident était arrivé pour n’avoir pas fait assez d’aumônes ; il commanda donc de les redoubler.

I1 ne voulut jamais conférer de bénéfices à aucun de ses parents, quoiqu’ils en fussent capables : « Parce que », disait-il, « le prince des pasteurs, Jésus-Christ, n’a pas donné les clefs du ciel à saint Jean, son cousin, mais à saint Pierre, qui ne lui était point parent ». Il honoraït les bons religieux et les embrassait ordinairement, disant pour raison : « Qu'il est bon de baiser les lèvres qui exhalent l’agréable encens des saintes prières offertes à Dieu avec dévotion ».

Il ne serait pas aisé d’écrire les divers voyages et les pénibles travaux que ce fervent Prélat entreprit, non-seulement pour le bien de son diocèse, mais aussi pour celui de l'Eglise universelle, principalement dans la guerre qui fut faite dans le Levant, vers le milieu du xmf siècle, pour le recouvre-

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