‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 113 sur 229 · LE B. JACQUES DE VORAGINE, ARCHEVÊQUE DE GÊNES · texte numérisé non relu

LE B. JACQUES DE VORAGINE, ARCHEVÊQUE DE GÊNES

son diocèse. Son ministère fut couronné d’éclatants succès dans plusieurs circonstances importantes, et son éloquence persuasive remporta de beaux triomphes. Il fit, à force de zèle, cesser les divisions dont, ainsi que toutes les républiques italiennes du moyen âge, Gênes était alors déchirée; il réconcilia les Guelfes et les Gibelins. Cette paix, qui lui avait coûté trois ans d'efforts, fut conclue en 1295 ; malheureusement elle dura peu ; les dissentiments recommencèrent bientôt de plus belle ; pendant deux mois entiers, les rues de la capitale de la Ligurie furent de vrais champs de bataille, et pour apaiser de telles semences de discorde il fallut tout le dévouement du prélat, qui se précipita, au risque de sa vie, entre les combattants.

L’archevêque de Gênes menait au milieu des grandeurs une vie mortifiée et pénitente ; sa charité était inépuisable, le luxe des aumônes étant le seul qu’il ne se fût pas interdit. Exemple remarquable de détachement et de religion sincères pratiqué à une époque où certains princes de l'Eglise, oublieux de leur caractère, préféraient souvent aux soins de l’épiscopat des intrigues politiques, quelquefois même se trouvaient mêlés à d’étranges scandales.

Le bienheureux Jacques était regardé et vénéré comme un père, et il montra qu'il l'était en effet dans une famine qui désola le pays; il se dépouilla de tout ce qu’il possédait pour nourrir les pauvres qui étaient dans un besoin extrême et pour fournir aux besoins de l'hôpital; par ses discours il encouragea les riches à suivre son exemple, et leur empressement à répondre à ses invitations pressantes fut pour lui un sujet de consolation dans cette calamité publique. Il aimait les pauvres comme s'ils eussent été ses enfants et, quand ils étaient malades, il les soignait de ses propres mains.

L'activité de ce saint archevêque était telle que, quoiqu'il donnât tous ses soins à son troupeau, il trouvait encore le temps de composer des livres qu'il croyait propres à entretenir la piété des fidèles ou à conserver le souvenir des événements qui intéressaient son église. On lui attribue une version italienne de l’Ecriture sainte ; la légende des saints, dite légende dorée, dont nous parlerons dans notre Ælistorique de l'hagiographie , au tome dix-septième; des Sermons pour le Carème, les dimanches et les principales fêtes de l’année; une Table des histoires contenues dans la Bible ; un livre Sur les ouvrages de saint Augustin ; un abrégé de La somme des vertus et des vices, de Guillaume Pérault, dominicain ; un 7raité des louanges de la sainte Vierge ; un traité de morale, ou La décision des cas de conscience ; une Chronique de la ville de Gênes, qui s’étend jusqu’à l’an 1277 ; l'Histoire des archevôques de Gênes, ses prédécesseurs; et les Actes du synode qu’il tint en 1293, pour la réformation du clergé.

Le pieux archevêque enrichit les églises de Gênes de nombreuses reliques apportées de Constantinople, lors de la prise de cette ville par les croisés, en 1203.

Après avoir occupé, durant sept ans, le trône archiépiscopal, le saint Pontife mourut le 18 juillet 1298, à l’âge de soixante-huit ou soixante-neuf ans ; il fut inhumé, ainsi qu'il l'avait demandé, dans l’église Saint-Dominique, à Gênes, du côté gauche du maître-autel, où il demeura jusqu’en 1798, époque à laquelle il fut transféré dans l’église des Frères Prêcheurs, où il est l’objet de la vénération des fidèles. En 1816, le pape Pie VII approuva son culte et permit à l'Ordre de Saint-Dominique, ainsi qu’au clergé des diocèses de Gênes et de Savone, d’en célébrer la fête.

Tiré de sa vie par M. G. B. — Cf. Godescard.

VIiES DES SAINTS. — TOME VIII. 9

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