‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 125 sur 229 · SAINT JACQUES, ÉVÊQUE DE NISIBE · texte numérisé non relu

SAINT JACQUES, ÉVÊQUE DE NISIBE

pire romain et du royaume de Perse, ce qui la rendait très-célèbre et était le sujet ordinaire des guerres entre ces deux grands Etats. Aujourd’hui elle est encore un siége épiscopal, bien que sous la domination des Turcs. Ce fut là que naquit notre Saint. Il semblait, dans son enfance, que la piété fût née avec lui, tant il avait d’aversion pour tout ce qui est contraire à la vertu et d’inclination pour le service de Dieu et les exercices de la perfection chrétienne. Ayant passé ses premières années dans l’étude, il se retira dans un désert, qui était sur une montagne voisine, pour y passer sa vie dans le silence, la prière et la contemplation des vérités éternelles. Dans les beaux jours de l’année, c’est-à-dire au printemps, en été et en automne, il demeu- : rait dans les bois, où il n’avait point d'autre toit que le ciel ; mais, pendant l'hiver, il se retirait dans une caverne qui lui servait de maison et d'oratoire. Il n’avait pour nourriture, en cette solitude, que des fruits sauvages et des herbes que la terre produit d'elle-même. Ses habits n'étaient point de laine, mais seulement de poil de chèvre ; en le couvrant, ils le piquaient continuellement et lui servaient de cilice. En affligeant son corps, il fortifiait son âme de l’aliment spirituel de la parole de Dieu, qu’il méditait sans cesse, et dont il faisait son mets le plus délicieux.

A mesure qu'il avançait en âge, il avançait aussi en vertu et en zèle pour la gloire de Dieu. Ainsi, sachant que le paganisme régnait encore dans toute la Perse, et qu’à côté d’un petit nombre de personnes qui sy maintenaient dans la foi, la multitude des idolêtres y était presque infinie, il résolut d’y faire un voyage, pour voir s’il ne pourrait pas apporter quelque remède à un mal si digne de larmes, et, par la force de sa parole, changer le culte des démons en-celui du vrai Dieu tout-puissant. Passant auprès d’une ville, il aperçut des jeunes filles qui lavaient des draps dans un ruisseau, et qui, pour les rendre plus nets, Les foulaient dans l’eau avec leurs pieds. Bien loin d’avoir quelque honte à la vue d’un homme aussi vénérable, ces jeunes filles se mirent au contraire à le regarder avec impudence sans couvrir leur tête, ni devenir plus modestes. Le Saint, transporté d’une juste colère, et touché en même temps du désir de la conversion de ces pauvres aveugles, donna sa malédiction à la fontaine qui servait à leur lessive : ce qui la fit tarir sur-le-champ. Il prononça aussi contre elles une exécration qui fut si efficace que leurs cheveux blanchirent à l'heure même, et devinrent semblables à des feuilles d'arbres qui ont essuyé toute la rigueur de l'hiver. Un châtiment si surprenant les ayant remplies de confusion, elles coururent promptement à la ville pour apprendre leur malheur à leurs parents. Tous les habitants, étonnés de cet accident, et surtout touchés de la perte de leur fontaine, vinrent en foule au-devant du Saint, et, se jetant à ses pieds, ils le prièrent avec instance de révoquer la sentence qu’il avait fulminée, promettant que leurs filles seraient plus modestes à l'avenir, Il se laissa vaincre par leurs larmes, et, avec la même facilité qu’il avait tari cette source et blanchi les cheveux, il fit couler l’eau comme auparavant et reprendre aux cheveux blancs leur première couleur. À ce propos le savant Théodoret remarque que, s’il avait imité le zèle du prophète Elisée, en châtiant sévèrement ces filles coupables, il montra par son indulgence envers elles qu’il n’agissait pas par l'esprit de la loi ancienne, qui élait un esprit de rigueur; mais par celui de la loi nouvelle, qui n’est autre que la charité et la mansuétude de Jésus-Christ.

Une autre fois, se trouvant devant un juge qui rendait un jugement inique, il lui fit voir, par une action étonnante, le châtiment que méritait son crime : il donna sa malédiction à une grosse pierre qui était proche,

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