LAPS
Ja cassa par sa seule parole, et la partagea en mille morceaux; le juge, surpris, changea aussitôt sa sentence, et donna le droit à celui à qui il appartenait.
Cependant, l'évêché de Nisibe étant devenu vacant, le clergé et le peuple élurent unanimement notre Saint pour leur évêque. L’éminence de cette dignité, qu’il n’accepta qu'à regret et par une pure soumission aux ordres de la divine Providence, ne lui fit point changer de conduite ; il ne diminua rien de ses jeûnes ni de ses veilles : sa table fut toujours pauvre, ses habits humbles et abjects ; et il n’eut jamais d'autre lit que la terre couverte d’un sac. À toutes ces rigueurs, il ajouta un soin tout particulier du troupeau que Dieu lui avait confié. Ses plus chères occupations étaient de consoler les affligés, de secourir les veuves et les orphelins, de mettre la paix dans les familles où il trouvait quelque altération, de soulager les misérables ; en un mot, de faire du bien à tout le monde.
Une si grande bonté suggéra à quelques pauvres l’idée de tirer de lui de l’argent par fraude. S’étant présentés à lui sur le chemin, ils lui firent croire qu’un de leurs compagnons venait de mourir, et que, n'ayant pas de quoi le faire enterrer, ils avaient besoin d’une aumône pour lui pouvoir rendre cet office de la charité chrétienne. Le saint évêque, qui jugeait des autres par lui-même, prit cette imposture pour une vérité sincère, et après avoir prié Notre-Seigneur de pardonner au défunt les offenses qu’il avait commises durant sa vie, et de le recevoir dans le sein de sa gloire, il donna aux autres ce qui était nécessaire pour faire mettre son corps en terre et continua ensuite son chemin. Il n’était pas encore à dix pas, que ces fourbes, étant retournés à leur compagnon, pour le réveiller de son faux sommeil et partager avec lui le fruit de leur mensonge, trouvèrent qu’il était effectivement mort. Un accident si imprévu les saisit d'horreur ; ils reconnurent la grandeur de leur faute, et la pleurèrent amèrement; et, n’y trouvant point d'autre remède que d’avoir recours au Saint même qu'ils avaient trompé, ils coururent vers lui, se jetèrent à ses pieds, lui découvrant leur stratagème et le mauvais effet qu'il avait produit ; puis, lui en ayant demandé pardon, protestant que la seule nécessité les avait contraints d'en user ainsi, ils le supplièrent de ressusciter leur mort. L’admirable saint Jacques, qui était une colombe sans fiel, se rendit favorable à leurs vœux, el, imitant encore la bonté ineffable du Sauveur, il ressuscita ce coupable.
On ne sait pas ce qu'il souffrit dans la persécution de Maximien-Galère, héritier de la cruauté de Dioclétien et de Maximien-Hercule, et gendre du premier ; mais le martyrologe romain nous apprend qu’il est l’un des confesseurs qui furent l’objet de sa fureur, et qu’il endura quelques tourments durant son empire, pour la profession du Christianisme. Quelque temps après, l'impie Arius, faisant d’étranges ravages dans l'Eglise, par ses blasphèmes contre la divinité du Fils de Dieu, l’empereur Constantin, qui avait établi le Christianisme dans tout l’empire romain, se vit obligé de faire convoquer un Concile général dans la fameuse ville de Nicée, en Bithynie ; | s’y trouva des évêques de toutes les parties du monde, même de Perse, de Scythie et de Gothie, jusqu’au nombre de troïs cent dix-huit, pour déterminer ce point fondamental de notre religion; et saint Jacques de Nisibe, comme un des plus zélés pour la défense de la vérité, ne manqua pas d'y assister. Aussi il s’y fit admirer par sa doctrine, par sa piété et par son Courage, el contribua de toutes ses forces à confondre les impiétés d'un si dangereux ennemi de la foi. Mais ce qu’il y a de plus glorieux sur