SAINT JACQUES, ÉVÉÈQUE DE NISIBE
ce point pour notre saint Prélat, c’est que, onze ans après, se trouvant à Constantinople, au temps que le de Constantin, trompé par une fausse confession de foi d’Arius, avait résolu de le faire recevoir à la communion des fidèles dans la grande église de cette ville royale, il servit beaucoup, avec saint Alexandre qui en était évêque, à empêcher un si grand scandale; car, voyant qu’on ne pouvait aborder l’empereur, pour le dissuader d’un dessein si pernicieux, il conseilla à Alexandre de passer le reste du jour, qui était un samedi, et toute la nuit suivante, en jeûne, en prières et en larmes, avec tout le peuple catholique, aux pieds des autels, pour détourner ce malheur. Le lendemain, lhérésiarque se mit en chemin avec une grande troupe de ses partisans et une compagnie de soldats, pour entrer en triomphe dans Constantinople : lorsqu'il fut arrivé sur la place publique, il y mourut honteusement. Après avoir remporté cette victoire sur l'erreur, saint Jacques s’en retourna plein de joie dans son diocèse, pour y reprendre le soin de son troupeau.
Il fut le sauveur de sa ville épiscopale, ce qui l’a surtout rendu célèbre dans la postérité. Sapor IF, roi de Perse, qui avait mutilement tenté de prendre cette ville en 338, l’assiégea de nouveau en 350. Après avoir mis en usage toutes sortes de machines pour y faire une brèche, il imagina de faire arrêter le cours du fleuve Migdonius, qui passe au travers, et, quand il fut bien enflé, à cause des grandes chaussées qu’on avait élevées exprès, il le fit lâcher avec impétuosité contre les murs de la ville ; ceuxci, ne pouvant soutenir un si grand effort, s’écroulèrent en plusieurs endroits, et Sapor, voyant que les brèches étaient trop grandes pour être réparées ou défendues, résolut de donner le lendemain un assaut général à la place, si on ne la lui rendait la nuit à discrétion. Mais il ne savait pas qu’elle était sous la protection d’un évêque plus puissant à lui seul que toutes ses armées. En effet, saint Jacques passa toute cette nuit en oraison ; les brèches se trouvèrent le lendemain parfaitement réparées : elles ne pouvaient être renversées ni escaladées. Le persan fut bien étonné de ce prodige ; ce qui le surprit encore davantage, c’est que, regardant de loin sur les murs, il y aperçut un homme qui avait tout l'extérieur d’un roi et dont la pourpre et le diadème jetaient un éclat extraordinaire. Il crut que c’était l’empereur Constance et menaça de mort ceux qui lui avaient dit que ce prince était à Constantinople. Mais il connut bientôt qu'ils ne Pavaient pas trompé, et quele Dieu des chrétiens lui faisait voir, par là, qu’il entreprenait lui-même la défense de Nisibe. Dans un accès de rage impie, il lança un javelot contre le ciel, comme pour se venger de la divinité ennemie. Saint Ephrem, qui était pour lors à Nisibe, pria saint Jacques de monter sur les murs et de lancer contre l’armée ennemie ses justes imprécations, que Dieu ne manquerait pas d’exaucer. Le saint évêque, qui ne désirait la perte de personne, se contenta de prier Dieu de délivrer la ville des malheurs d’un si long siége. Etant monté sur le haut d’une tour, -d’où il découvrit la plaine toute couverte d'hommes et d'animaux, il dit, le visage tourné vers l’ennemi : « Seigneur, qui pouvez par les plus faibles moyens bumilier l’orgueil de vos ennemis, défaites cette multitude que je vois, par une armée de moucherons ». Cette prière fut exaucée, et l’on vit houvéler le prodige que Moïse avait autrefois opéré en Eg eypte pour 14 délivrance du up d'Israël. À peine le Saint eut-il cessé de parler, qu’un horrible essaim de mouches vint s'attacher aux trompes des éléphants ainsi qu'aux oreilles et aux narines des chevaux. L’aiguillon de ces insectes rendit ces animaux furieux ; ils renversèrent par terre ceux qui les montaient
et mirent en désordre toute l’armée des Perses. Une grande partie de ces peuples fut emportée par la famine et par la peste qui survint bientôt après. Sapor, outré de désespoir, mit le feu à ses machines, abandonna le siége qui durait depuis plus de trois mois, et prit la route de Perse avec les débris de son armée.
Saint Jacques mourut peu de temps après (l’an 350). Les habitants de Nisibe rendirent toutes sortes d’honneurs à son saint corps. L'empereur Constance, quoique arien, ordonna de l’enterrer dans l’enceinte de la ville, ce qui était contraire aux lois. L'empereur Jovien ayant été obligé de céder aux Perses la ville de Nisibe, le corps de saint Jacques en fut retiré. Il fut transféré à Constantinople en 970.
Le nom de saint Jacques de Nisibe est célèbre dans les Eglises d'Orient et d'Occident. Les Latins font sa fête le 45 juillet; les Grecs le 43 janvier et le 31 octobre ; les Syriens le 48 janvier, et les Arméniens, un samedi du mois de décembre. Saint Jacques est mis, comme saint Ephrem, au nombre des plus célèbres docteurs de l’Eglise de Syrie.
Il est des tableaux ou des images, où l’on voit saint Jacques de Nisibe, implorant du haut des murailles de sa ville épiscopale le secours du ciel contre les Perses. Ces images rappellent le fait si remarquable que nous venons de raconter où Dieu montre sa toute-puissance d’une façon si visible et si éclatante et le pouvoir que les saints ont sur son cœur.