‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 129 sur 229 · SAINT HENRI IT, EMPEREUR DES ROMAINS ET CONKESSEUR · texte numérisé non relu

SAINT HENRI IT, EMPEREUR DES ROMAINS ET CONKESSEUR

tique, qui prit le nom de Grégoire, traversa son exaltation, et le poursuivit si cruellement, que, ne trouvant pas de sûreté pour lui en Italie, il fut contraint d’avoir recours à l’empereur et de passer en Allemagne. Henri le prit sous sa protection, et marcha aussitôt pour le venir placer lui-même sur le trône de saint Pierre par la force de ses armes. Grégoire, effrayé de cette résolution, céda toutes ses prétentions au Saint-Siége, et chercha son repos dans la retraite. Ainsi Benoît rentra dans Rome, où il fut reçu avec joie et reconnu pour le légitime successeur du Prince des Apôtres. Henri le suivit avec son armée, et Sa Sainteté sortit de la ville au-devant de lui, et lui présenta un globe d’or, enrichi de pierres précieuses et surmonté d’une croix; ce que l’on a, dans la suite, mis entre les mains des empereurs, ses successeurs, comme marque de leur souveraineté.

Le lendemain de leur arrivée, l’empereur et l’impératrice Cunégonde; sortant de leur palais, furent conduits avec grande pompe à l’église du Prince des Apôtres, suivis des douze sénateurs romains qui représentaient la majesté de cet auguste sénat, qui a été autrefois l’arbitre et la terreur de toutes les nations de la terre. Le Pape les reçut à l’entrée de la porte, et, ayant fait jurer à Henri fidélité aux successeurs de saint Pierre, il les introduisit tout à fait dans le temple. Ensuite, il consacra Henri empereur, et mit à l’un et à l’autre la couronne impériale sur la tête. L'empereur, qui n’oublia jamais sa première piété, au milieu des plus grands honneurs, voulut que la couronne, qui avait servi à la pompe de son sacre, fût mise sur l’autel du Prince des Apôtres, pour lui faire hommage de toute sa grandeur et de tout l’éclat de sa majesté impériale. Il confirma et renouvela, par reconnaissance, les donations faites au Saint-Siége par ses prédécesseurs et par Pépin le Bref.

Après quelques jours passés dans la capitale de la chrétienté, il se rendit à Pavie, où il resta jusqu'aux fêtes de Pâques. Comme la Lombardie ne présentait plus de signe de rébellion, l’empereur retourna dans ses Etats par les Alpes et visita l’abbaye de Cluny. Il donna à cette maison le globe et la couronne d’or enrichis de pierreries, dont le Pape lui avait fait présent. Il visita de même plusieurs autres monastères qui se trouvaientsur sa route, et laissa partout des marques de sa libéralité, Il passa par Liége et Trèves et arriva enfin à Strasbourg. Il convoqua, le 23 juin 4014, une assemblée générale des grands de son vaste empire, et publia plusieurs lois pour maintenir la police dans ses Etats. Plusieurs de ses lois, dans lesquelles respire une profonde sagesse, sont encore en vigueur en Allemagne.

Le célèbre Werner, évêque de Strasbourg, était alors occupé à réunir les matériaux nécessaires pour bâtir son église cathédrale. Cette église, qui datait encore du sixième siècle, avait été détruite en 1002 par les troupes de Hérmann, compétiteur de Henri, comme nous l’avons dit, et par le feu du ciel en 1007. Le chœur que Charlemagne, d’après une tradition constante, avait fait bâtir, étant construit en pierres, résista à la violence des flammes et les chanoines purent y continuer les offices. En 1012, Henri, qui y avait assisté et avait été frappé de la modestie et de la piété avec lesquelles ces derniers Célébraient les saints mystères, du bel ordre qui s’y observait et de la majesté qui régnait dans le sanctuaire, demanda à l’évêque à être reçu parmi les chanoines. Werner, qui savait combien était nécessaire à l'empire un homme comme Henri, lui fit de vives remontrances pour le faire revenir de son projet; mais le monarque revint à plusieurs reprises au dessein qu’il nourrissait et pressa vivement l’évêque de le recevoir : alors Werner, feignant d'entrer dans ses vues, lui dit de se présenter le lende-

main au grand chœur devant le maître-autel : Henri obéit; l’évêque parut. et lui demanda : « Votre majesté est-elle disposée à m’obéir en toutes choses ? » Henri le promit. « Eh bien !» reprit Werner, « je vous ordonne, en vertu de cette obéissance que vous venez de me promettre, de continuer à gouverner l’empire, comme vous avez fait jusqu'ici; car le Seigneur vous & destiné à être monarque et non pas chanoine ».

A ces paroles Henri fut comme frappé de la foudre : il fallut obéir; et. voyant que Pévêque n’élail nullement disposé à céder à ses désirs, et voulant cependant avoir quelque part aux prières des chanoines, il fonda une prébende, dotée d’un riche revenu, pour un ecclésiastique qui ferait en son nom le service divin : cette fondation à subsisté jusqu’au moment de la révolution. Lorsqu'au commencement dw treizième siècle, les chanoines nobles se séparèrent d'avec ceux qui ne l’étaient pas, et établirent ainsi les premiers la distinction entre le grand chapitre et le grand chœur, le: canonicat fondé par saint Henri devint une des prébendes du grand chœur, sous le titre de prébende du rot du chœur. Les empereurs d'Allemagne ÿ nommèrent jusqu'au treizième siècle; mais depuis cette époque le g grand prévôt en eut la collation. Celui qui la possédait avait la première pièce au grand chœur, aux processions et dans les cérémonies publiques; mais dans les assemblées capitulaires il n’avait rang que selon son ancienneté. Il présidait autrefois à la place du doyen, ve celui-ci n’assistait pas aux assemblées, et avait le droit de faire l’office à eertains jours de fête. Depuis la canonisation de saint Henri, lorsque cette fête tombait au dimanche, elle était solennisée avec une grande pompe par le roi du chœur : eeci ne s’observait plus depuis la réunion de Strasbourg à la France.

Henri ne borna pas à ce seul acte ses libéralités envers la cathédrale de Strasbourg ; il lui assigna en outre de grandes sommes pour mettre l’évêque à même d’en continuer la construction; 1 augmenta les revenus de tous les chanoines, ce qui le fit nommer, par quelques historiens, le restaurateur de l'évêché de Strasbourg.

Les largesses qu’il fit aux églises provoquèrent des murmures de la part de ses parents, et Brunon, son frère, évèque d’Augsbourg, désapprouva hautement l'usage qu'il faisait de ses revenus. Le duc de Bavière et quelques autres seigneurs prirent les armes contre l’empereur; mais Henri les défit en bataille rangée et pardonna, avec une admirable générosité, aux princes révoltés en leur rendant même leurs domaines, dont il s'était emparé momentanément. Attentif à tout ce qui intéressait le bonheur de ses sujets, il réprimait avec force les désordres et volait au secours de ses peuples lorsqu’ils étaient menacés par quelque ennemi.

Après son sacre, Henri fut appelé empereur et nommé le premier de ce nom, parce que l’autre Henri, qui Pavait précédé, n’avait pas été couronné à Rome, ce qui fait que plusieurs historiens, comme Baronius, ne lui donnent pas le titre d’empereur, et c’est aussi pour cette raison que l’on ne commence à compter l’empire de notre Saint que du jour de son couronnement, quoique, pour ne point confondre l'ordre des temps, les meilleurs Chronologistes lappellent Henri Il, pour le distinguer de ce premier.

Ce grand prince eut pourtant deux soupçons qui troublèrent son repos. Le premier qu’il conçut fut contre Héribert, évèque de Cologne, l’un des plus grands et des plus vertueux personnages de son siècle, et que l'Eglise reconnait et honore comme Saint au 46 mars. Comme la vertu à toujours des ennemis, disent des envieux qui rendirent à ce prélat de mauvais offices auprès de son prince, ils le décrièrent si fort, qu'Henri, les croyant trop

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