SAINT AUBRIN, PATRON DE EA VILLE DE MONTBRISON
AU DIOCÈSE DE LYON (époque incertaine).
Le culte des habitants de Montbrison pour saint Aubrin remonte à une haute antiquité, et les preuves écrites de leur dévotion datent de plus de six cents ans. Une tradition des plus respectables fait naitre dans l’ancienne capitale du Forez l’évèque Albricius ou Albricus, en français Aubri, dont la prononciation locale a fait Aubrin et mème Aubrun.
Les historiens ne sont pas d'accord sur lépoque à laquelle vivait ce saint personnage. Suivant La Mure, dont l’opinion était généralement acceptée au xvire siècle, saint Aubrin aurait pris naissance à Montbrison vers le milieu du ve siècle, et aurait occupé le siége de Lyon après saint Etienne, mort en 500, et avant saint Viventiole, dont le premier acte connu est de l’année 5147. D'après les savants rédacteurs des Acta Sanctorum, saint Aubrin aurait vécu trois siècles plus tard et devrait être placé parmi les évêques d’Autun. Son nom se trouve en effet inscrit, sans aucun commentaire, dans le catalogue des prélats éduens, le septième après saint Léger, c’est-à-dire vers l’année 800 environ.
I est aussi fort possible que ce saint ait porté, dans le diocèse, le titre de chorévêque ou évèque rural. Ses mérites et ses vertus ont pu le faire élever ullérieurement à l'évêché d’Autun.
La vie de saint Aubrin fut illustrée par de grandes vertus, un zèle apostolique, et une science célébrée dans les anciens offices composés en son honneur.
Les derniers moments de sa vie se passèrent à Montbrison ; il y fut atteint d'une fièvre lente et se retira ans la maison d’un habitant située dans la paroisse de Saint-André.
On lit dans son office qu'il ne voulut jamais, au milieu de ses souffrances, quitter le cilice qu’il portait habituellement, et que, forçant ses membres brisés par la maladie à rester les esclaves de son âme, 1] altendit patiemment la mort dont il put prévoir et prédire le jour et l'heure.
J expira le 2 janvier, et son corps fut déposé, suivant les Bollandistes, derrière le grand autel
SAINT AUBRIN, PATRON DE LA VILLE DE MONIBRISSON. 3oi
de Saint-André. Les anciens calendriers lyonnais rappellent son nom au 2 janvier et au 45 juillet. Cette dernière date serait celle de sa révélation ou de sa canonisation.
La maison où il mourut, bien que plusieurs fois reconstruite, a conservé à travers les siècles le précieux privilège de recevoir chaque année, à la procession solennelle qui se fait le jour de la fête patronale, les reliques de son hôte bienheureux, comme le constatait une ancienne inscription aujourd’hui disparue,
À une époque que nous ne pouvons préciser, ces reliques furent transportées dans la chapelle du château construite en l'honneur de la sainte Vierge par les premiers comtes du Forez. Elle tombaït en ruines, lorsque Guy IV fonda l’église collégiale de Notre-Dame au milieu des marais du Vizezy ; il y fit transférer, en 4227, les reliques de l’ancienne chapelle seigneuriale et nommément celles de saint Aubrin,
Pour conserver la mémoire de leur séjour dans l’enceinte du château, on construisit, non pas sur l'emplacement de l’ancienne, mais un peu plus bas, auprès de la porte dite de Saint-Aubrin, sur la petite place qui joint les bâtiments actuels des prisons, une nouvelle chapelle qui subsista jusqu'à la Révolution.
Transportés, comme nous l'avons dit, dans l’église de Notre-Dame, les précieux restes de saint Aubrin furent d'abord renfermés dans une grande chässe suspendue à des poutres, suivant un ancien usage et afin d’être plus facilement exposés à la vénération publique, dans la chapelle qui servait de salle capitulaire aux chanoines, aujourd’hui chapelle de Saint-André. On les mit ensuite et à diverses époques dans des reliquaires spéciaux. En voici la nomenclature :
Les principaux ossements de saint Aubrin furent placés dans une nouvelle châsse de bois peint et doré en 1563 ; quelques fragments étaient contenus dans un reliquaire en forme de bras attaché au tronc de pierre qui se trouvait dans le chœur ; la tête ou chef de saint Aubrin, très-anciennement déposée dans un buste en argent doré, remplacé, en 4638, par un autre buste mitré en argent monté sur un piédestal d’ébène ; un morceau de sa crosse en ivoire ; des fragments de sa chasuble et un de ses souliers ; son gant épiscopal en peau sur lequel divers dessins en broderie figuraient une croix, enchâssé, en 4677, dans un bras de bois doré; son anneau d’or portant la légende : Albricus episcopus ; ce bijou renfermé dans une boîte d'argent s’est perdu dans le courant du xvI1e siècle ; sa ceinture, partie en cuir, partie en filet, avec une boucle de corne qui lui servait de fermoir, dans un coffret d'argent ; une autre ceinture de soie rouge à cordons.
Ces reliques échappèrent au vandalisme des Huguenots, en 1562, grâce au zèle des chanoïnes qui les retirèrent de leurs reliquaires. Avant de les réintégrer dans l'église, l'archevèque de Lyon, Pierre d’Apinac, leur fit, dit-on, subir l’épreuve du feu pour en constater l’authenticité.
À la suite des guerres de religion, la célébration solennelle de la fête de saint Aubrin fut suspendue pendant de longues années, mais, en 1665, les administrateurs et les habilants de la ville présentèrent une requête à Mgr Camille de Neufville-Villeroy pour en obtenir le rétablissement.
La ville de Montbrison a toujours regardé saint Aubrin comme son saint local et son patron spécial C’est à lui, après la glorieuse Vierge, Mère de Dieu, qu'elle a toujours eu recours ; et, dans de nombreuses circonstances, elle a ressenti les effets miraculeux de sa puissante protection.
Elle a toujours honoré saint Aubrin sous la qualité d'évèque de Lyon. Les titres de cette qualité sont dans la tradition immémoriale du pays, dans les calendriers des plus vieux bréviaires manuscrits de Lyon, dans les descriptions authentiques des reliques de l'église de Notre-Dame, enfin dans les rubriques du missel et du bréviaire de Lyon.
Nous avons extrait ce que nous venons de dire de saint Aubrin, d'une {Voice sur saint Aubrin, patron de la ville de Montbrison. Chez Lafond, libraire à Montbrison.