‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 143 sur 229 · SAINT EUSTATHE, PATRIARCHE D'ANTIOCHE · texte numérisé non relu

SAINT EUSTATHE, PATRIARCHE D'ANTIOCHE

De retour à Antioche, il y tint un concile pour rétablir la paix dans son Eglise, qui était déchirée par diverses factions. A cette assemblée se trouvèrent saint Jacques de Nisibe, saint Paul de Néocésarée et plusieurs autres évêques, au nombre de vingt-cinq, des provinces de l'Orient soumises au patriarcat d’Antioche. Saint Eustathe se montra fort sévère dans l’examen de ceux qu’il recevait parmi le clergé. Il rejetait toutes les personnes dont la foi ou les mœurs étaient suspectes. Plusieurs de ceux qu’il avait refusés embrassèrent depuis l’arianisme, ce qui justifia la conduite qu’il avait tenue à leur égard. Il n’oublia jamais, au milieu des fonctions du ministère, qu’il devait principalement s'appliquer à sa propre sanctification; car, après avoir orné son âme de toutes sortes de vertus, il était plus en état de répandre sur les autres de sa plénitude. Il envoya aussi dans les diocèses de la juridiction de son patriarcat, des hommes capables d’instruire et d'encourager les fidèles. Eusèbe, archevêque de Césarée, en Palestine, dont l'Eglise était jusqu’à un certain point soumise à celle d’Antioche, ayant favorisé l’hérésie d’Arius, Bustathe en conçut une vive douleur, et son zèle en fut extrêmement alarmé ‘ ; ce zèle fut la cause de l’orage violent qui se forma contre lui,

Le saint patriarche d’Antioche attaqua vigoureusement Eusèbe de Césarée, et l’accusa de porter atteinte à la doctrine de Nicée. Sur cette accusation, Eusèbe de Nicomédie, arien déclaré, résolut, avec plusieurs de ses amis, de perdre Eustathe à quelque prix que ce fût. Il feignit d’avoir envie de voir Jérusalem, où l’on avait fait de nouveaux embellissements ; il se rendit donc dans cette ville, accompagné de Théognis, de Nicée, son confdent. Il y trouva Eusèbe de Césarée, Patrophile de Scythopolis, Aëtius: de Lydde, Théodote de Laodicée, et plusieurs autres évêques qui étaient, comme lui, partisans de la doctrine d’Arius ; et ils s’en allèrent tous ensemble à Antioche, où ils s’assemblèrent comme en concile pour exécuter leur dessein. Une prostituée qu'ils avaient subornée se chargea du soin de servir leur aveugle passion ; elle vint à l'assemblée, tenant dans ses bras un enfant dont elle assura qu'Eustathe était le père. Le Saint protesta qu’il était innocent du crime dont on l’accusait, et représenta que l’Apôtre défendait de condamner un prêtre, à moins qu'il n’ait été convaincu par la déposition de deux ou trois témoins. La calomnie fut enfin découverte. La prostituée, étant tombée dans une longue maladie dont elle mourut, rentra en ellemême et prit la résolution de se rétracter. Elle fit venir plusieurs clercs, et déclara en leur présence que le patriarche était innocent; elle ajouta que les Ariens l’avaient engagée par argent à intenter l’accusation dont il s'agissait ; que, toutefois, le serment qu’elle avait fait n’était point un parjure, qu’effectivement l’enfant était fils d’un nommé Eustathe, ouvrier en cuivre, de la même ville. Cette excuse, quoique frivole, n’empêchait pas la

“vérité de paraître dans tout son jour.

Les Ariens accusèrent encore Eustathe de sabellianisme. C'était une calomnie qu'ils employaient contre tous ceux qui professaient la doctrine orthodoxe. Le patriarche et les évêques catholiques, qui étaient présents, crièrent inutilement à l'injustice ; on ne voulut point les écouter, et l’on prononça une sentence de déposition contre le Saint ; après quoi, Eusèbe de Nicomédie et Théognis se hâtèrent d’informer l’empereur Constantin de ce qui venait de se passer. Les évêques ariens invitèrent Eusèbe de Césarée à passer de son siége à celui d’Antioche ; mais il refusa de le faire, alléguant qu'une pareille translation était contraire à la discipline de l'Eglise. L’em-

1, Voir après la vie de saint Eustathe, la notice de la vie et des écrits d'Eustbe de Césarée.

pereur fit l’éloge de sa modestie dans une lettre que nous avons encore et qu'Eusèbe a lui-même insérée dans la vie de Constantin. On aurait été plus édifié de la modestie de l’évêque de Césarée, s’il eût laissé aux autres le soin de rapporter cette circonstance.

La nouvelle de la déposition de saint Eustathe ne se fut pas plus tôt répandue, qu’il s’éleva une sédition à Antioche. Il n’en fallut pas davantage pour achever de persuader à Constantin qu’il était coupable des crimes qu’on lui imputait ; il lui envoya donc un ordre de se rendre à Constantinople, d’où il devait le faire partir pour le lieu de son exil. Le saint pasteur, avant de quitter Antioche, assembla les fidèles et les exhorta fortement à rester inébranlables dans la doctrine de l'Eglise. Ses exhortations produisirent leur effet, en préservant un grand nombre de ses diocésains du malheur de tomber dans l’hérésie. Nous apprenons de saint Jérôme et de saint Chrysostome, qu’il fut banni dans la Thrace avec plusieurs autres, tant prêtres que diacres. Théodoret assure qu’on l’exila de la Thrace dans l’Illyrie. C'était vers l’an 331.

Saint Eustathe mourut à Philippes, en Macédoine, vers l’an 338. On lit dans Théodore, lecteur, que son corps fut reporté à Antioche, vers l’an 482, par Calandion, patriarche de cette ville.

Saint Jérôme appelle saint Eustathe une trompette retentissante, et dit qu’il fut le premier qui prit la plume pour combattre les Ariens ; il admire en lui une vaste étendue de connaissances, et assure qu'il était parfaitement versé dans les lettres sacrées et profanes. Saint Chrysostome lui donne les mêmes louanges dans le panégyrique qu’il a composé en son honneur. Selon Sozomène, il était universellement admiré pour la sainteté de sa vie et pour l’éloquence de ses discours. Saint Fulgence le compte parmi les plus grands évêques de l'Eglise, tels que les Athanase et les Hilaire. Saint Anastase le Sinaïte lui donne le titre de divin et dit qu'il le regarde comme un pasteur consommé dans les voies de Dieu, comme un sage prédicateur, un saint martyr, un maître qu’il veut suivre avec respect, comme son père et son protecteur, comme un homme en qui Dieu parle.

Page 1