SAINT GÉNÉREUX OU GÉNÉROUX, ABBÉ
Le président Cousin a donné une bonne traduction française de ces histoires ecclésiastiques ; Paris, 1673, 4 vol. in-40 ; réimprimée en Hollande en 1686, 5 tomes en 6 vol. in-12.
Eusèbe est un des plus doctes prélats de l'antiquité. Il avait une étendue prodigieuse de connaissances ; mais il ne s’est point appliqué à la politesse du style, défaut assez ordinaire aux érudits.
Godescard et Dom Ceillier.
SAINT GÉNÉREUX OÙ GÉNÉROUX, ABBÉ DE SAINT - JOUIN DE MARNE, AU DIOCÈSE DE POITIERS vie siècle,
Tunc dignissime prælatus abbas vocatur quando vita et doctrina suos subditos antecedit.
Un supérieur porte dignement le titre d'abbé lorsqu'il surpasse ses inférieurs par sa science et sa sainteté.
Joan. Trith., in cap. 11 Reg. S. Bened.
Généreux, appelé plus vulgairement Généroux, était romain de naissance. On ignore quels motifs lui firent abandonner l’Italie. Il en sortit peut-être comme tant d’autres qui, à une époque de rénovation sociale, quittaient leur pays agité par les incessantes révolutions du monde, afin de trouver ailleurs un repos dont leur patrie ne jouissait point. Quoi qu’il en soit, après avoir parcouru une partie du Poitou, il arriva jusqu’au monastère d’Ansion, dans le voisinage de Thouars, que saint Jouin avait fondé vers la fin du v* siècle. On était alors au commencement du vi; la réputation de la sainte demeure resplendissait encore de l’éclat que lui avaient donné les vertus et les miracles de son fondateur. Généroux n’eut pas besoin d’un long examen pour apprécier ce qu’il venait de trouver, et il résolut d’arrêter là ses recherches. Le premier abbé gouvernait encore, après avoir succédé à saint Jouin. C'était Léonégisile, autre étranger que la soif de la perfection évangélique avait jadis attiré aussi vers les lieux embaumés de la réputation de saint Hilaire. Il ouvrit à Généroux les portes de la communauté, et peu de temps après celui-ci y prit l’habit religieux.
De telles vocations ne manquent pas de se prouver bientôt par une fidèle observance de la règle, par l'amour de l’obéissance, par la pratique du silence et du recueillement habituels, marques certaines dans une âme religieuse de cette vie de foi qui la mène rapidement à sa perfection. Tant de précieuses qualités se développèrent dans Généroux de la manière la plus édifiante, si bien que Léonégisile étant mort, celui dontil avait guidé les premiers pas dans la carrière monastique fut élu d’un consentement unanime pour continuer son œuvre et guider à son tour ces âmes d’élite vers le ciel. Dans cette tâche toujours difficile et fort souvent très-délicate, où les supérieurs ont besoin de chercher avant tout l'esprit de Dieu, le nouvel abbé se comporta tout d’abord avec une discrétion et une prudence qui ne se démentirent jamais ; modérant par beaucoup de réflexion et de maturité l’ardeur naturelle de son zèle, et s'appliquant à ne pas sortir, dans la con-
duite de ses frères, des limites assignées par la règle aux austérités de leur vie pénitente.
Sous son gouvernement le monastère s'enrichit des vertus de saint Paterne et de son bienheureux ami Scubilion, qui vinrent y cacher des vertus dont le monde n’était pas digne. Mais il leur avait fallu, après quelque temps d’essai, une solitude plus profonde ; et les deux amis, profitant de la liberté laissée, en ces premiers siècles, à tout religieux de changer de communauté selon que lui inspirait le désir d’une plus grande perfection, ils s’étaient retirés, après trois ans à peine de séjour à Ansion, sur les côtes de la Normandie, où la sainteté de leur vie n’éclata pas moins que dans le Poitou. Ils y habitaient depuis peu de temps, et déjà, s’étant séparés pour vivre dans une plus grande union avec Dieu, Paterne s’adonna à des austérités plus dures. Sa nourriture consistait uniquement en une faible portion journalière de pain et d’eau : c'était à peine si quelquefois il y joignait quelques légumes mêlés d’un peu de sel. Pour vêtement il n’avait qu’un cilice qu’il portait nuit et jour. Généroux apprit ces rigueurs excessives, et sa charité s’en émut : il craignit que le Saint ne portât trop loin le zèle de la pénitence et ne perdit ainsi des forces dont le service de l'Eglise avait besoin. T1 quitta donc ses frères pour quelques jours, se dirigea vers la solitude ha: : bitée par son disciple, et ne revint à la sienne qu'après lui avoir fait promettre qu’il modérerait la rigueur de ses mortifications en les conformant à la règle qu’il avait suivie jusqu'alors.
Saint Généroux mourut plein de bonnes œuvres, moins âgé que ses historiens ne l’ont cru jusqu'ici, et longtemps avant la fin du vr° siècle.
Une église paroissiale, devenue plus tard prieuré de Saint-Jouin de Marne, avait été d’abord construite par saint Généroux à une courte distance de l’abbaye. Son corps y fut porté après sa mort, par les disciples qu’il y avait laissés. Comme tant d’autres, ces restes vénérés ont disparu, profanés et dispersés par la guerre ou l’impiété. Mais Dieu a gardé le monument qui porte encore, après treize siècles, le nom béni de son fondateur, et reste aux yeux du chrétien, qui y voit un de ses titres de gloire, le plus ancien témoin de sa religion dans cette religieuse partie du Poitou.
L'abbé Auber, Vies des Saints de l'Eglise de Poitiers. — Cf. De Chergé, Vies des Saints du Poitou, et le Propre de Poitiers.
SAINT TENENAN OU TINIDOR,
ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÉGE DE LÉON ET CONFESSEUR ET NOTRE-DAME DE LESQUELLEN, AU DIOCÈSE DE QUIMPER 635. — Pape : Honoré Ier. — Roi de France : Dagobert Ier,
Les parents de saint Tenenan habitaient la Grande-Bretagne. Chrétiens et craignant Dieu, ils le firent régénérer à la vie éternelle par le baptème aussitôt après sa naissance ; et dès qu’il put parler, ils eurent soin de le ‘faire instruire des principes de la piété chrétienne et de lui donner une éduca-
SAINT TENENAN OU TINIDOR, ÉVÊQUE. 361
tion soignée. Prévenu de la grâce du Saint-Esprit, il préféra, quand sa raison se fut mûrie, la science des Saints à toutes les sciences profanes. Il s’étudia, dès les premières années de sa jeunesse, à conserver son corps et son cœur exempts de souillure, s'appliquant à l’abstinence, à l’aumône et à l’oraison ; ses paroles, sa démarche, tout son extérieur, montraient au dehors la modestie et l'humilité qui réglaient son âme; il était assidu à l’église et auprès des ministres sacrés ; et tout ce qu’il apprenait des saintes Ecritures et des lois divines, il le gravait dans son cœur, et s’en occupait sans cesse. Une jeunesse si sainte et si pure lui mérita la faveur. d’être élevé au sacerdoce. Alors il méprisa entièrement le monde, où il eût pu vivre dans l’abondance et les délices. Il considéra que les plaisirs du siècle n’ont ni solidité ni durée, et qu’ils finissent par l’amertume ; il observa que l’ambition promet beaucoup, mais qu’après nous avoir longtemps et vainement occupés, elle nous abandonne à la douleur d’avoir consumé sans fruit un temps précieux que nous aurions pu employer à nous assurer une gloire plus réelle et plus solide ; il fit aussi réflexion au malheur de quelques personnes distinguées par leur science, ou par le rang où leur mérite les avait élevées, qui avaient abandonné la voie de Jésus-Christ pour se laisser entraîner dans les précipices de la perdition. Toutes ces considérations le déterminèrent à quitter sa maison, sa patrie, ses biens et ses parents; à se rendre pauvre pour l’amour de Jésus-Christ et à passer la mer, afin de n’être connu de personne dans le lieu que la Providence lui marquerait pour sa retraite.
Il passa dans la Bretagne armoricaine, chercha un lieu désert; et l’ayant trouvé, y bâtit une cellule dans l’ancien diocèse de Léon, sur les bords de la rivière d’Elorne, dans le lieu qu’on a depuis appelé de son nom Zan-Tinidor ou Lan-Derneau. Il y vécut plusieurs années, connu de peu de personnes, parce que le lieu était inaccessible, à cause de l’épaisseur de la forêt de Benzic, au milieu de laquelle ïl avait choisi sa demeure. De l’autre côté de la rivière, il y avait une autre forêt aussi épaisse, appelée alors la forêt de Thalamon. Malgré le soin que le serviteur de Dieu mettait à se cacher, sa réputation perça ces sombres forêts, et, se répandant de tous côtés, lui attira un nombre prodigieux de personnes, qui venaient de toutes parts lui demander la santé de l’âme et du corps.
L'église de Léon ayant perdu son évêque, le clergé et le peuple s’assemblèrent dans la cathédrale pour procéder à l'élection d’un nouveau pasteur ; et le Saint-Esprit, qu’ils invoquaient, leur inspira de choisir saint Tenenan, et de le préférer à tous ceux auxquels l’on avait cru pouvoir penser, pour les élever à l'honneur de l’épiscopat. Tous les sentiments se réunirent aussitôt qu’on eut proposé Tenenan, et tout le monde s’écria qu’il était seul digne d’occuper le siége de saint Paul. Il fut le seul à désapprouver ce choix unanime, et il se servit de toutes les lumières de son esprit et de toute la force de son éloquence pour se rendre méprisable, pour persuader de son indignité prétendue, et pour se soustraire au fardeau dont on voulait le charger. Il ne donna enfin son consentement que quand la volonté de Dieu, pleinement connue, ne lui laissa plus la liberté de ne pas obéir. Il fut sacré évêque, et l’onction sainte lui donnant des grâces plus abondantes, donna aussi à ses vertus un nouveau lustre , et le fit paraître comme un autre homme, aussi élevé par la sublimité de sa perfection au-dessus de Tenenan solitaire, que le solitaire Tenenan avait paru élevé au-dessus des autres hommes. On présume qu’il fréquentait souvent l’église de Ploa-Bennec, qu'il avait bâtie pendant son séjour dans la forêt,
On ne saurait dire précisément où il est mort ; le Père Albert le Grand assure que ce fut à Saint-Paul de Léon. Les leçons du Saint, publiées par les Bollandistes, le disent également. Les Actes que nous avons suivis nous portent à croire que ce fut à Ploa-Bennec, où ses reliques ont été gardées pendant quelque temps. Elles en furent ôtées pendant les guerres (on ne dit point lesquelles), et cachées dans l’étang de Meloüet avec une cloche. La cloche est restée dans l'étang, mais les reliques en furent retirées et portées dans l’église. Il y a de l'apparence que les Actes entendent par là celle de Ploa-Bennec. I] paraît que le saint évêque termina sa carrière vers l’an 635; c’est au moins cette date qu’indique le Propre de Léon. Cependant, nous ne pouvons dire bien au juste en quel temps a vécu saint Tenenan. L’ancien Bréviaire de son église marque sa fête au 16 juillet, avec office de neuf leçons.
Il y a plusieurs paroisses dans l’ancien diocèse de Léon dont les églises sont dédiées à ce saint évêque.
Près de Locmaria (diocèse de Quimper) est Notre-Dame de Lesquellen, œuvre de saint Tenenan, qui ne crut pouvoir mieux commencer son ministère, qu’en élevant une chapelle à la Vierge sur la hauteur, à côté du chàteau de Lesquellen, en même temps qu’il construisait à l’extrémité de la forêt, l’église de Plabennec. Informé, par inspiration divine, de l’approche des barbares qui venaient piller cette dernière église, il emporta tout ce qu’elle contenait de précieux à Notre-Dame de Lesquellen ; et là, il se mit en prière, demandant à Marie qu’elle préservät de la profanation la maison de son divin Fils. Il fut exaucé ; les portes et les fenêtres résistèrent à la rage des barbares. Furieux de voir leurs efforts impuissants, ceux-ci montèrent à Lesquellen pour s’en venger sur saint Tenenan ; mais au moment où ils se précipitaient sur l’homme de Dieu, la plaine leur apparut couverte d’une armée nombreuse, commandée du sommet de la colline, où, depuis lors, on vient souvent invoquer Marie, par un cavalier monté sur un cheval d’une blancheur éblouissante, habillé de blanc lui-même, et l’épée à la main, encourageant ses soldats d’une voix terrible. Effrayés, ils s’enfuirent
et quittèrent le pays pour n’y plus revenir. Devenu plus tard évêque de Léon, saint Tenenan reçu la visite d’un de ses prêtres, qui ne pouvait se consoler d’avoir laissé tomber la sainte hostie en la portant aux malades, sans qu'il pût savoir où ce malheur était arrivé. Le saint évêque recourt à Marie, son refuge habituel, et la conjure de lui indiquer où était le corps de son Fils, pour le soustraire à la profanation. Peu d'heures après, pendant qu’il assistait à l’office, une colombe vient déposer sur son prie-Dieu up rameau de chêne verdoyant, portant dans ses branches un petit tabernacle en cire, fabriqué par un essaim d’abeilles qui l’entouraient encore : il ouvre ce tabernacle, trouve dedans l’hostie et va la déposer avec joie dans le ciboire en rendant grâces à Dieu.
Les Saints de Bretagne, par Dom Lobineau.— Tiré de l'ancien Bréviaire et du Propre de Léon. Voyez les Bollandistes au 16 juillet, — Cf. Notre-Dame de Franse.