‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 147 sur 229 · Pape : Agathon.— Roi de Neustrie : Thierry II · texte numérisé non relu

Pape : Agathon.— Roi de Neustrie : Thierry II

Quam mirandi generis mors est, cui parum fuit non esse in pænis, nisi esset insuper in delicüs !

Oh ! l'admirable mort que celle qui est non-seulement la fin de tous les maux, mais encore le commencement de tous les biens.

S. Aug., Tract. Lxv sup. Evang. Joan.

Dans les dernières années du vu siècle, des bandes de barbares, auxquels les peuples effrayés ont donné le nom de Huns, déjà si terrible dans l'histoire, mais qui étaient plutôt des Frisons, se jetèrent sur les provinces du Nord des Gaules et causèrent de grands ravages dans le Hainaut, le Brabant, et jusque dans la Morinie, le Ponthieu et la Picardie. C’est de la main de ces idolâtres que la noble vierge sainte Reinelde, patronne de Condé, sa patrie, reçut la couronne du martyre.

Elle avait pour père le bienheureux Witger, et pour mère sainte Amalberge, dont il a été déjà parlé : son frère, saint Emebert, succédera bientôt à saint Vindicien, sur les siéges de Cambrai et d’Arras, et sainte Gudule, sa sœur, après avoir imité fidèlement ses exemples, méritera un jour comme elle l’auréole des élus. Ainsi toute cette illustre et sainte famille était appelée à embellir nos contrées par le spectacle de ses vertus, et sainte Reinelde, à l’arroser de son sang virginal.

Dès ses premières années, elle donna de grandes espérances qui devaient pleinement se réaliser. Aussi ses parents l’environnaient-ils de leurs soins et de leur sollicitude, afin de faire croître dans son cœur innocent les germes de vertu que Dieu y avait déposés. Lorsqu'elle fut arrivée à l’âge de l’adolescence, elle se vit recherchée, à cause de sa naïssance et de ses brillantes qualités, par un grand nombre de jeunes seigneurs, qui tous ambitionnaient l'honneur d’avoir pour épouse une personne si accomplie.

Reinelde sut décliner avec prudence toutes ces prétentions, et déclara ouvertement qu’elle ne vivrait que pour Dieu, à qui elle voulait consacrer ses biens, sa virginité et toute son existence. Déjà même elle se préparait à laccomplissement de ce généreux sacrifice, par la pratique des bonnes œuvres. Les jeûnes, les veilles et les prières faisaient ses délices ; elle soulageait les pauvres, les malades, les infirmes, et leur procurait tous les secours qui étaient en son pouvoir. Sa présence rappelait partout la joie, la paix et la confiance en Dieu. Elle parlait sans cesse de lui avec un sentiment de bonheur qui se trahissait dans ses traits, et qui pénétrait le cœur de tous ceux qui l’entendaient. Dans sa demeure, on la voyait toujours soumise aux volontés de ses parents, et pleine de douceur et d’affabilité envers les serviteurs, à qui elle rendait même plus de services qu’elle n’en recevait.

Lorsque Witger et son épouse, déjà avancés en âge, se retirèrent chacun

Page 1