Alias : Ernelle, Renelle, Reinilde
dans un monastère, pour y terminer tranquillement leurs jours, sainte Reinelde, et sa sœur sainte Gudule, qui était animée des mêmes sentiments, se disposèrent à faire à Dieu le sacrifice de leurs biens, et à les consacrer en bonnes œuvres. Après avoir pris toutes les mesures que la prudence commandait, elles se rendirent à l’abbaye de Lobbes, où leur père était mort depuis peu, et où leur vénérable mère sainte Amalberge, alors au monastère de Maubeuge, devait bientôt après faire transporter sa dépouille mortelle. ,
Les religieux leur ayant dit que ce lieu, d’après leur règle, était interdit aux personnes du sexe, et que jamais aucune d'elles n’y était entrée, sainte Gudule se retira et alla vivre presque aussitôt dans le monastère de Morselle, sur les rives de la Meuse. Pour Reinelde, pleine de confiance en Dieu qui sans doute lui inspirait cette résolution, elle demeura trois jours et trois nuits près de l’abbaye, ne cessant de conjurer le Seigneur d’exaucer ses prières et de lui faire connaître sa sainte volonté. Au milieu de la troisième nuit, tandis que tous les religieux reposaient, les portes de l’église s’ouvrent tout à coup, sans que personne y porte la main, et la cloche du monastère se fait entendre. Réveillés par ce bruit étrange, les frères accourent de toutes parts pour en connaître la cause. Quelle n’est pas leur surprise de rencontrer sainte Reinelde, en prière et les bras étendus devant l'image du Sauveur ! Is lui demandent aussitôt la raison du bruit qu’ils ont entendu, et comment elle a pu pénétrer dans l’église. « Si vous n’avez point voulu y introduire une pécheresse comme moi », répond l’humble servante de Jésus-Christ, « Dieu, dont la miséricorde est infinie, la lui a ouverte malgré ses péchés, et c’est par sa puissance que vous m'y voyez entrée ». En entendant ces paroles, le supérieur du monastère et ses religieux reconnurent la haute sainteté de la Vierge de Condé et l’étonnant prodige que Dieu venait de faire en sa faveur : tous alors se prosternèrent devant elle, la suppliant d'adresser au ciel des prières pour leur commurnauté. Sainte Reinelde, à son tour, leur demanda de la recommander au Seigneur, afin qu’en toutes choses elle accomplit son adorable volonté.
Après avoir rendu à Dieu ses hommages el fait à l’apôtre saint Pierre, patron du monastère, l’offrande d’une partie de ses biens, sainte Reinelde, accompagnée seulement d’un serviteur et d’une servante d’une vertu éprouvée, entreprit le pèlerinage de la Terre Sainte. Les différentes particularités de ce lointain voyage ne sont point connues ; on voit seulement qu’à son retour, elle rapporta un grand nombre de reliques précieuses, entre autres, un morceau du saint Sépulcre, du bois de la vraie Croix et de l’habit de la sainte Vierge.
Rentrée au milieu des siens, Reinelde continua la vie édifiante et mortifiée qu’elle avait menée jusqu'alors. Tous les habitants de la contrée l’appelaient la Sainte et lui témoignaient le profond respect dont son éminente piété les pénétrait. L’humble Vierge rapportait fidèlement à Dieu ces hommages, et en profitait pour attirer les âmes à lui et faire fleurir partout auprès d’elle Les vertus chrétiennes.
Ce fut pendant qu’elle se livrait à l'exercice de toutes sortes de bonnes œuvres, que des tribus barbares fondirent tout à coup sur le pays et y causèrent d’ épouvantables ravages. A l’approche du danger, un grand nombre d'habitants s'étaient retirés dans des cavernes, des forêts et dant lieux inaccessibles, pour y mettre leur vie en sûreté. Pour sainte Reinelde, se confiant en Dieu et remettant son sort entre ses mains, elle resta dans l’église avec deux personnes, un clerc appelé Grimoald ou Grimold et un ser-